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Production agricole - L’avenir réside dans des systèmes alimentaires durables

La Coopération agricole a organisé, le 7 octobre, un webinaire de présentation de l’avis du Conseil national de l’alimentation (CNA) dédié aux "Nouveaux comportements alimentaires – Propositions d’actions pour une alimentation compatible avec des systèmes alimentaires durables".

Le Conseil national de l’alimentation (CNA) s’est autosaisi en juillet 2021 pour mener une réflexion sur les nouveaux comportements alimentaires.
© Gerd Altmann de Pixabay

Cette étude, réalisée auprès d’une cinquantaine de structures et d’une quinzaine d’experts entre septembre 2021 et juin 2022, avait pour objectif de décrypter les « tendances émergentes » en termes de comportements alimentaires, c’est-à-dire qui « se diffusent de manière accrue depuis une dizaine d’années », explique Pascale Hebel, présidente du groupe de concertation et directrice associée de C-Ways, cabinet en charge de la prospective et des tendances de consommation.

Certaines d’entre elles reflètent des « préoccupations fortes » quant à l’enjeu de la durabilité des systèmes alimentaires (en termes économique, social et environnemental), dans un contexte où l’alimentation représentait en 2019 un quart de l’empreinte carbone des Français, selon l’Ademe.

Moins de viande, plus de produits frais distribués en circuits courts

Les évolutions récentes des comportements alimentaires en matière de durabilité relèvent de « substitutions intra-catégories d’aliments » (c’est-à-dire la valorisation des modes de production, transformation et distribution plus « durables ») et de « substitutions inter-catégories d’aliments » (c’est-à-dire les changements quant aux quantités consommées des différents aliments), selon les travaux de Louis-Georges Soler, chercheur à l’Inrae. Il faut savoir que plus de trois Français sur quatre se disent prêts à diminuer leur consommation de protéines animales et privilégier des produits de meilleure qualité, tant environnementale que gustative, selon une enquête menée en 2021 par l’Ifop.

Produits locaux et circuits courts, produits frais, produits cuisinés maison et produits de saison sont les quatre principales nouvelles habitudes alimentaires des consommateurs au cours des trois dernières années, selon un sondage de l’Agence bio. D’après l’étude "Dans quelle mesure l’approvisionnement en circuits courts constitue-t-t-il un levier pour favoriser des comportements alimentaires plus durables ?" menée par l’Inrae, les circuits courts représentaient en 2020 15 à 20 % des achats alimentaires, contre 10 % en 2013, avec un profil de consommateurs de plus en plus jeune et ouvrier. Cependant, le prix, de même que la praticité et la disponibilité, reste un frein au développement de l’approvisionnement via des circuits courts en produit frais et locaux, voire bio.

De plus, si l’impact carbone est meilleur plus la distance est courte entre l’acheteur et le lieu de production, il n’est pas forcément moins bon que le circuit standard, selon l’Inrae. L’impact carbone des régimes alimentaires moyen en France a tout de même baissé de 14 % entre 2010 et 2019, en raison d’une moindre consommation de viande de l’ordre de 12 %, selon des données du Credoc. Ainsi les émissions de gaz à effet de serre sont passés en moyenne de 2 322 kg CO2eq/an à 2 042 kg CO2eq/an en neuf ans.

Cependant, dans un contexte actuel d’inflation galopante (les prix des produits alimentaires dans la grande distribution ont bondi de 9,6 % sur un an en septembre, selon l’Insee), les préoccupations actuelles des consommateurs sont plus pragmatiques. Ainsi les foyers envisagent, avant tout chose, de limiter le gaspillage alimentaire (pour 46 % d’entre eux) et de privilégier le fait maison (44 %), pour faire face à l’inflation, selon une étude de Kantar. « Si la baisse du pouvoir d’achat est un frein au développement des circuits courts et à la consommation de produits bio, limiter le gaspillage alimentaire, consommer des produits de saison et manger moins de viande vont dans le sens d’une baisse du budget alimentaire », explique Pascale Hebel, avant d’ajouter : « il y a toujours un décalage entre les souhaits et les actions des consommateurs. Mais, in fine, leurs attentes se concrétisent à plus ou moins long terme quand les contraintes de prix et/ou d’offre disparaissent ».

Pour une alimentation compatible avec des systèmes alimentaires durables

Au vu de ces tendances alimentaires émergentes, le Conseil national de l’alimentation (CNA) a identifié, dans son avis, quatre « objectifs communs partagés » pour développer une alimentation compatible avec des systèmes alimentaires durables, à savoir :

  • Favoriser le rééquilibrage entre la consommation d'aliments d'origine végétale et d'origine animale, en particulier à travers la modération dans la consommation de viande ;
  • Développer et faire connaître les modes de production et de logistique répondant aux attentes de la société en matière de durabilité et d’équité et limitant le gaspillage alimentaire ;
  • Encadrer le développement des outils numériques afin de favoriser des comportements alimentaires durables ;
  • Agir sur les contraintes limitant les possibilités de transition vers des systèmes alimentaires durables.
     

Afin de répondre à ces objectifs, le CNA a rédigé 49 recommandations, réparties en cinq « ambitions partagées » que sont :

  • Mieux éduquer et informer sur les pratiques alimentaires et les modes de production ;
  • Garantir l’information sur les qualités des produits et mieux informer les consommateurs ;
  • Accompagner et donner les moyens à la restauration collective d’être un levier des transformations des pratiques alimentaires ;
  • Promouvoir les pratiques de production, de transformation et de commercialisation des produits durables ;
  • Développer la recherche sur les dynamiques alimentaires en cours.
     

Avant toute chose, le CNA recommande de « redéfinir les repères nutritionnels officiels adaptées à chaque âge de la vie et à l’activité physique » et de « mettre en place un dispositif d’affichage environnemental pour les produits alimentaires […] en intégrant notamment l’indication du mode d’élevage » des produits d’origine animale.

Techniquement parlant, il faut « développer une banque de données sur les produits alimentaires encadrée par l’Etat » et « mettre en place un partage via un dépôt public (archives ouvertes) d’outils numériques développés par les acteurs du terrain ». Dans ce cadre, il serait intéressant, notamment, de « développer un outil numérique permettant un meilleur diagnostic et partage d’informations sur le gaspillage alimentaire pour les professionnels ».

Au niveau politique, un levier de transformation des pratiques alimentaires serait de « faciliter l’organisation de la commande publique pour l’achat de produits de qualité et locaux » en restauration collective, mais également de « favoriser le développement des circuits courts et locaux » par des « contrats directs » entre les producteurs et les acteurs de la restauration collective et de l’aide alimentaire. Un autre moyen consiste à « poursuivre et amplifier les politiques publiques allant dans le sens d’un rééquilibrage entre production animale et végétale », notamment en « renforçant les stratégies d’augmentation de la production végétale durable » et en travaillant sur « la transition agroécologique de l’élevage », le tout « en garantissant la juste rémunération et de bonnes conditions de travail pour les producteurs et salariés de la chaîne alimentaire ».

 

Les « grands points tendanciels » du Sial Innovation 2022

Le Salon international de l’alimentation (Sial) est l’occasion de mettre en avant les nouvelles tendances relatives au comportement alimentaire.

Si 63 % des Français considèrent que manger est un acte citoyen, 14 % des consommateurs ne veulent pas payer plus. Reste que, pour 70 % d’entre eux, se nourrir s’apparente à une recherche de plaisir.

Cette année, le plaisir est ainsi considéré comme une valeur phare. Les consommateurs sont de fait à la recherche de produits au bénéfice « expérientiel » marqué, offrants plus de sensations et d’intensité tant dans la texture que dans les goûts.
Le végétal entre également en force dans notre alimentation, avec les substituts et produits végétariens/végans à la viande, au poisson ou encore au fromage qui ont représenté en 2022 presque le quart des produits en lice pour les trophées du Sial Innovation. Au-delà des aliments Santé, qui intègrent des ingrédients naturels, « promesse d’immunité », c’est la RSE qui s’invite dans l’assiette, avec notamment le clean label ou l’emballage écologique.
Une autre tendance, relevée par le Sial 2022, est celle du « prix bas comme valeur ». Dans un contexte économique inflationniste, de plus en plus d’innovations mettent en avant leur « accessibilité prix pour le plus grand nombre ».

 

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