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Nutrition animale : évaluer les impacts environnementaux

Evaluer les impacts environnementaux constitue le fondement de toute stratégie de décarbonation. La nutrition animale y travaille comme le montre Vincent Héral, responsable RSE du Snia. 

Vincent Héral, responsable RSE du Snia.
© Yanne Boloh

Le concept d’impact environnemental désigne l’ensemble des modifications qualitatives, quantitatives et fonctionnelles de l’environnement, qu’elles soient positives ou négatives, engendrées par un projet, un processus, un procédé ou une production, de sa conception à sa fin de vie. « L’évaluation d’un impact environnemental est quantifiée grâce à la mesure d’indicateurs de flux et d’indicateurs d’impact potentiel », rappelle Vincent Héral, responsable RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) du Snia (Syndicat national des industriels de l'alimentation animale). Il intervenait lors de la session Matières premières, organisée par l’Aftaa (Association française des techniciens de l'alimentation et des productions animales), le 21 mars dernier à Nantes. 

Lire aussi : "« La formation reste un besoin fondamental dans les entreprises de nutrition animale », insiste Valérie Moisan, présidente de l’Aftaa"

L’air, l’eau et les ressources sont concernées par cette définition qui s’appuie sur les travaux de l’Ademe. Que ce soit en France ou au niveau de l’Union européenne, l’objectif de neutralité climatique est fixé pour 2050. L’agriculture est actuellement responsable de 19 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES) dans l’Hexagone (dont 48 % imputés à l’élevage) et l’objectif gouvernemental est qu’elle réduise ses émissions de 16 % (-13 Mt éq CO2) d’ici 2030. La nutrition animale a déjà communiqué sur sa volonté de contribuer à la décarbonation de l’élevage

« Trois axes sont à prendre en compte pour la réduction des émissions de GES de l’élevage par la nutrition animale », rappelle Vincent Héral : l’impact carbone en formulation, la performance nutritionnelle et les impacts sur les rejets des animaux. L’achat des matières premières céréalières (27 %) et des autres matières premières (68 %) représentent l’immense majorité des émissions de GES du secteur, d’après les résultats préliminaires de l’Etude Carbone 4 réalisée par AgroSolutions pour Intercéréales et Terres Univia. D’où l’importance des travaux autour de l’éco-formulation. 

Lire aussi : "Alimentation animale : comment formuler des éco-aliments ?"

« Améliorer la performance des aliments composés comme cela a été fait ces vingt dernières années tant en porc qu’en poulet permet d’améliorer l’empreinte environnementale du cycle de l’élevage », pointe le responsable. L’indice de consommation moyen est par exemple passé de 3,10 kg d’aliments par kg de poids vifs à 2,86 en porcs et de 1,9 à 1,65 en poulet conventionnel. « Enfin, il faut aussi intégrer les réductions des émissions de GES permis par l’alimentation des animaux du côté des rejets », ajoute Vincent Héral. Les fabricants d'aliments pour animaux actionnent pour cela deux principaux leviers : pour les monogastriques, l’alimentation multi-phase et l’amélioration de la digestibilité limitent le volume d’effluents et, pour les ruminants, les solutions nutritionnelles et l’incorporation d’additifs réduisent les émissions de méthanes.

Bientôt des méthodes labellisées bas carbone en monogastriques et en ovins-caprins ?

L’agriculture dite « régénératrice » peut générer des crédits-carbone car elle permet de stocker du carbone durablement dans les sols ou d’éviter des émissions explique Thomas Fustier, responsable des partenariats chez France Carbone Agri, structure labellisant des projets agricoles Label Bas Carbone, lancée dès 2019. Il rappelle qu’ « un crédit carbone, c’est une tonne-équivalent de CO2 évitée ou stockée ». Onze méthodes ont déjà été approuvées par l’Etat pour les forêts, l’agriculture, le bâtiment, le transports et l’écosystème marin. C’est le cas avec la méthode grande culture visant à réduire les émissions de GES, qu’ils soient associés aux combustibles fossiles ou à la fertilisation, ou qu’ils soient liés à l’augmentation du stockage dans le sol : selon les scénarios explorés par Arvalis, l’économie pourrait aller jusqu’à 1,2 crédit carbone par hectare et par an. 

En productions animales, les élevages de ruminants ont déjà à leur disposition la Méthode Carbon Agri. Un millier d’exploitations sont déjà engagées avec chacune, en moyenne, un potentiel de 714 t de CO2 potentiellement évitées sur les cinq ans de leur engagement dans le projet. Les actions sont réparties par groupe de leviers : 21 % sur le paysage et les surfaces (haies, agroforesterie, prairies, production de légumineuses…), 13 % sur l’alimentation (l’autonomie protéique, l’amélioration de la qualité des fourrages et des mesures pouvant peser sur les marchés des matières premières comme la réduction des concentrés), 31 % sur les énergies et le bâtiment, 35 % sur la conduite du troupeau (à laquelle contribue aussi l’alimentation en tant que prévention de problèmes de santé). 

Les filières volailles, porcs, ovins-caprins devraient dès cette année disposer de leurs propres méthodes. La nutrition animale pourrait y trouver se place.

Lire aussi : "Alimentation animale - Le bien-être animal ne révolutionne pas la consommation de grains"

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