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Emploi - Formation
Face à la pénurie de candidats, la filière céréalière se prend en main

Pour recruter dans le secteur de la transformation des grains, les pourvoyeurs traditionnels de candidats que sont l’Ensmic ou l’Aemic ne suffisent plus face au manque d’attractivité du secteur. Toute la filière est en alerte pour y remédier.

Les effectifs de l'Ecole nationale supérieure de meunerie et des industries céréalières ont très nettement reculé
© L'Agriculteur charentais

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors que près de 80 étudiants sortaient de l’Ensmic (École nationale supérieure de meunerie et des industries céréalières) avec un BTS Industries céréalières à la fin des années 90, ils ne sont plus aujourd’hui qu’une douzaine inscrits en première année. 2021 a failli être synonyme de fermeture de l’unique classe de BTS Industries céréalières. Un constat qui en dit long sur la désaffection que rencontre la profession de meunier et qui explique en partie pourquoi le secteur de la meunerie française peine à recruter. Une situation partagée par la nutrition animale, et qui touche en fait l’ensemble des transformateurs de grains. Face à ce constat préoccupant, la filière – jusqu’ici assez passive – a décidé de réagir et, chose nouvelle, collectivement. 

Ce double constat s’auto-alimentant avec, d’une part, une méconnaissance profonde des métiers de la transformation du grain et, de l’autre, une attractivité très limitée de ces derniers, n’est pas nouveau mais l’année 2021 semble être celle de la prise de conscience collective de l’urgence d’agir. Près de 500 postes seraient en tension dans le secteur de la meunerie, avec une prépondérance pour les postes de conducteurs de cylindres et chefs meuniers, pour les techniciens et chauffeurs livreurs, selon l’ANMF.

Après une première amorce de l’ANMF qui en a fait son cheval de bataille pour les prochaines années lors de sa convention nationale en septembre à Bordeaux, l’Aemic (Association des anciens élèves de la meunerie et des industries céréalières) a organisé une table ronde lors des JTIC (Journées techniques des industries céréalières) en novembre dernier intitulée « Emploi, formation, carrière et attractivité de la filière de l’industrie céréalière ». Le début d’une nouvelle ère pour la filière ?
 

Communiquer pour sortir de l’ombre

Si le grand public a toujours bien identifié le boulanger, pour des raisons de proximité, ou l’agriculteur qui produit du blé en amont de la chaîne, la connaissance du meunier, maillon essentiel entre ces professionnels, est moins évidente. « Pendant des années, on s’en est bien arrangé. C’est aussi notre faute », reconnaît Lionel Deloingce, président du Moulin Paul Dupuis en Seine-Maritime et ancien président de l’ANMF. « Il est grand temps que ce métier créateur de valeur, de savoir et d’expertise, sache se faire reconnaître avantageusement », estime-t-il. L’ANMF a longtemps privilégié une communication sur le produit fini qu’est la baguette laissant un peu de côté la farine et le métier de meunier proprement dit. « Nous changeons notre façon de communiquer depuis quelque temps en insistant sur la farine, en tant que produit noble et essentiel, et sur le métier pour le faire sortir de l’ombre, en étant de plus en plus présent sur les réseaux sociaux notamment », explique Flavie Souply, directrice technique et durabilité à l’ANMF. Des petits films ont été diffusés sur les réseaux sociaux, marquant ce virage destiné au grand public. Et pour optimiser ces projets, l’organisme a recruté un responsable de communication en ce début d’année.

« Jean-François Loiseau, président de l’ANMF, a choisi le recours à un expert en communication qui interviendra aussi pour le compte du Syndicat des industriels de la nutrition animale, en cohérence avec les ponts existant entre ce secteur et la meunerie », précise Lionel Deloingce. Une campagne de communication grand public est en cours d’élaboration pour la meunerie.

« Si on veut une campagne de communication efficace, en plus du régalien, il faut que cela passe par les territoires et les entreprises. Cette campagne doit être ambitieuse, ajoute Lionel Deloingce. Sachets baguette, affiches, vidéos, les supports sont nombreux. Cela dépendra du budget alloué. Mais nous aurons besoin de tous les acteurs du secteur pour être efficace, car le budget n’est pas sans fond. »
 

Les entreprises, clés d’une communication territoriale

« Si chaque meunier pouvait se rendre dans les lycées avoisinant pour parler du métier, avec une présentation ou un guide à cet effet, ce serait un bon début », proposait Karine Forest, dirigeante de Minoterie Forest, aux JTIC en novembre. Quatre mois plus tard, des kits de communication ont été mis à disposition de nombreuses entreprises par l’ANMF, notamment, à cet effet. « Les meuniers pourront rencontrer des élèves des lycées notamment, dès cet été », rapporte la meunière, interrogée le 26 mars au Salon de l’agriculture.

Yann Foricher, gérant du moulin du Courneau, présent lors de la table ronde des JTIC, va dans le même sens, mettant en avant le regain de visibilité des moulins pendant la période de Covid-19. « Nous avons vu arriver dans nos moulins un public surprenant en nombre, et on voit bien que l’image du meunier est un bon support », a-t-il remarqué, insistant sur la dimension « patrimoniale » du meunier au-delà du « transformateur ». « Nous pourrions apporter une dimension territoriale autour de ce type d’événement. Il existe une journée européenne des moulins, nous pourrions en profiter », a proposé le meunier.
 

Booster les rangs de l’Ensmic

« Toutes les occasions sont bonnes pour parler des métiers de la transformation des céréales, et dire qu’une formation existe », estime Patricia Darjo, directrice de l’Ensmic à Surgères. Parmi les initiatives de promotion que l’école met en place, la directrice a annoncé aux JTIC un partenariat avec le GIE Petits Moulins de France en lien avec le salon Europain qui se tiendra fin mars à Paris. Les vainqueurs de la coupe de France des écoles de boulangerie-viennoiserie-pâtisserie organisée pendant ce salon auront l’opportunité de passer une journée dans l’école Enilia-
Ensmic pour parfaire leur connaissance en meunerie notamment.

Plus récemment, sur le stand Intercéréales du Salon de l’agriculture, des étudiants se sont relayés autour d’un moulin miniature (électrique) présentant les étapes de la production de farine afin de faire découvrir les secrets de fabrication du produit, le métier de meunier et, bien entendu, son école dédiée. D’autres initiatives sont en projet comme une vidéo pour la chaîne YouTube « Jeviensbosserchezvous ».

Invitée à s’exprimer en tant que représentante de l’État, Sophie Robion, responsable animation des politiques et des réseaux-Draaf Nouvelle-Aquitaine, assure que « les collèges et lycées sont preneurs d’actions très concrètes, mais se heurtent à des problèmes parfois très simples. Par exemple, comment déplacer les étudiants ? Si nous répondons à leurs questions, nous pouvons être écoutés. Dans les lycées agricoles, il y a un public à intéresser car il est plus proche des métiers de la transformation ». Toujours dans le concret, des opérations de partenariat pourraient voir le jour comme la tenue de cours de sciences dans un moulin. « Les briques sont là », conclut la responsable de la Draaf… Reste à construire l’édifice.

 

 

La bibliothèque numérique de la meunerie
Outre les formations initiales ou en apprentissage dispensées par l’Ensmic, les entreprises ou actifs en recherche d’emploi peuvent recourir à différents types de formation. Le CQP (Certificat de qualification professionnelle) en est une. De plus l’ANMF, avec le concours de l’Aemic, a annoncé le 2 mars 2021, la création de « la première bibliothèque numérique dédiée au savoir-faire des meuniers ». Cette dernière donne accès à « deux solutions digitales.
La première est une application logicielle pour aider à la prise de décision dans les moulins et contribuer à la formation ou au perfectionnement ». La seconde propose une « solution d’e-learning avec la création de modules
et parcours de formations digitales », précise l’ANMF. « Les directeurs techniques de moulins de différentes tailles et des experts meuniers ont été interrogés afin de collecter un maximum de connaissances scientifiques, techniques et empiriques, essentielles à la prise de décision dans un moulin », souligne Flavie Souply, coordinatrice du projet et directrice technique et durabilité à l’ANMF.

 

 

 

 

 

 

 

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