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Marché/Economie
[Covid-19] : Le secteur du bioéthanol français a moins souffert que prévu de la première vague, mais craint la deuxième

Sylvain Demoures, secrétaire général du Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA), explique que la hausse des importations de bioéthanol en Europe a été moins importante qu’attendu, après les craintes qui étaient apparues pendant le confinement.  Si les prix du bioéthanol se sont montrés fermes après le déconfinement, la deuxième vague pourrait peser sur les marchés. 

© planet_fox (Pixabay)

La pandémie de Covid-19 a durement touché le secteur des carburants/essences et par ricochet des biocarburants dont le bioéthanol, surtout lors de la période de confinement décidée en France au début de printemps, avec une baisse de 75% de la demande, rapporte le SNPAA (Syndicat national des producteurs d’alcool agricole). Le déconfinement de fin de ce même printemps laissait espérer un rebond de la consommation d’énergie. Et apparemment, cette reprise a été plus forte que prévue. « Nous avons connu une croissance de la consommation d’essence, et, par ricochet, du bioéthanol, de 2% entre juillet-septembre 2019 et 2020. Comme nous tablions à l’origine sur un chiffre de plus 7%, qui était la dynamique observée en février 2020, cela correspond à une perte de croissance de 5%, liée à la Covid-19. Mais nous nous attendions à des chiffres plus alarmants », se réjouit Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA.

 

 

La voiture préférée au train ou à l’avion

La crise économique faisant suite à la crise sanitaire a limité le pouvoir d’achat des automobilistes et donc la demande en essence. Le dispositif de chômage partiel et les craintes de contamination ont réduit les distances parcourues, pénalisant également les achats de carburant. Mais la consommation d’essence et de bioéthanol a tout de même été moins mauvaise qu’attendu cet été, étant donné que « beaucoup de déplacements prévus en avion ou en train ont été reportés sur la voiture, ce qui a été positif pour ces chiffres », précise Sylvain Demoures.

Autre constat, la hausse des importations d’éthanol en provenance du continent américain a été moins impactante que prévu. Rappelons que la filière française était très préoccupée en avril 2020 des énormes disponibilités en Amérique (Etats-Unis, Brésil surtout), craignant des importations massives. Les cours mondiaux étaient au plus bas, et l’offre débordait, compte tenu d’une demande à l’arrêt. Le SNPAA demandait ainsi une hausse des taxes sur les importations de bioéthanol américain, afin de protéger un marché européen déjà déprimé.

Des importations de bioéthanol états-unien et canadien

Mais finalement, bien qu’une forte hausse des importations UE ait effectivement été constatée, son impact sur le marché a été plus faible que prévu par les opérateurs. « Nous avons importé 2,7 Mhl de bioéthanol en provenance des USA entre janvier-juillet 2020, contre 1,2 Mhl sur les mêmes mois de 2019 (cf. graphe). C’est certes élevé mais nous craignions quelque chose de pire. Comme nous l’anticipions, nous avons aussi commencé à importer du Canada, l’accord CETA permettant au Canada d’exporter sans droits vers l’UE tout en continuant à s’approvisionner sans droits aux USA pour leur marché intérieur : nous passons de 0 Mhl à 0,5 Mhl sur la même période », détaille Sylvain Demoures.

 

Evolution des importations de bioéthanol dans l'UE

 

Des importations de bioéthanol sous surveillance

Pour faire face, la profession a demandé aux Etats membres de l’UE, dans le cadre des mesures de sauvegarde prévues par la règlementation européenne, de proposer à la Commission européenne la mise en place de mesures de surveillance des importations de bioéthanol. « Nous demandons de surveiller ce qu’il se passe. Si les importations devenaient trop importantes, le mécanisme de hausse des droits de douanes pourrait se mettre en place rapidement », commente Sylvain Demoures.

Demande dynamique de l’industrie pharmaceutique

Les prix européens de l’éthanol ont été fermes cet été, boostés à la fois par la reprise rapide de la consommation de carburants et par la demande élevée pour produire du gel hydroalcoolique : « le rebond plus fort qu’attendu de la demande en essence et de bioéthanol ainsi que le maintien de livraisons élevées d’alcool pour les désinfectants a quelque peu surpris certains opérateurs. Alors que les industriels avaient dû ajuster leur production pendant le confinement, pour ne pas saturer leurs capacités de stockage, certains opérateurs européens réalisent des achats sur le marché au-delà des contrats annuels, raison pour laquelle les prix spots ont été élevés cet été. Mais ce haut niveau ne représente pas réellement le marché : il représente un état ponctuel de l’offre pour répondre à des achats d’urgence, concernant de faibles volumes », explique Sylvain Demoures.

« L’offre reste abondante au global en Europe et dans le monde », rappelle le secrétaire général du SNPAA. Un recul des prix s’amorce déjà avec l’apparition d’une deuxième vague et les nouvelles mesures de restriction impactant les déplacements, précise-t-il.

Concernant l’avenir, le SNPAA se montre prudent. « Nous sommes satisfaits du fait que l’E85 (essence contenant 85% d’éthanol), représente en octobre 2020, 3,6% du marché des essences, contre 3% en octobre 2019. Ainsi, la demande est là. Mais le couvre-feu ou un nouveau confinement pourraient de nouveau pénaliser la consommation : trajets moins longs, moins de sorties, moins de départs en vacances ou en week-end… », prévient Sylvain Demoures. Sachant qu'un reconfinement total n'est pas à exclure. Réponse ce soir avec l'intervention du président de la république française Emmanuel Macron.

 

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