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Perspectives de production
La récolte française de blé tendre 2021 ne dépasserait pas les 35 Mt

La tension sur les marchés mondiaux des grains s’accroît. En France, les meuniers doivent s’adapter à la forte hétérogénéité des qualités.

© Alois_Wonaschuetz-Pixabay

Le cabinet d’analyse Agritel estime, au 24 août, la récolte française de blé tendre 2021 à seulement 34,93 Mt, contre 36,7 Mt au 1er août selon Agreste. Les rendements tomberaient à 70,7 q/ha, contre 74 q/ha selon les prévisions d’Arvalis-Institut du Végétal et d’Intercéréales le 9 juillet, et 74,2 q/ha selon Agreste. « Les pluies sont passées par là, et ont dégradé les potentiels dans le Nord et la zone au bord de la Manche. […] Il reste 5 à 9 % de surfaces à couper », précise Nathan Cordier, analyste d’Agritel. « À début juin, les cultures étaient prometteuses. La récolte 2021 s’annonçait dans le top 4 des meilleures productions historiques à près de 38 Mt. À la fin des moissons, c’est une vraie déconvenue », ajoute Michel Portier, le directeur général du cabinet d’analyse.

Forte décote entre qualité meunière et fourragère

Selon Nathan Cordier, « si la part de blé meunier restera majoritaire, la part de blé fourrager cette année sera bien plus importante qu'en 2020 et les années précédentes ». L’expert confirme que les poids spécifiques (PS) constituent le principal souci qualitatif pour le moment. Les situations les plus problématiques se situent globalement dans le Nord, la Normandie, l’Est, incluant la Bourgogne. Un cas concret est évoqué : « le 20 août : un camion partant vers le port de Rouen à 235 €/t a subi finalement une décote de 30 €/t car le PS n’atteignait pas 76 kg/hl », rapporte Sébastien Windsor, président de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture).

Les temps de chute de Hagberg sous surveillance

Les experts contactés expliquent que si le temps de chute de Hagberg ne constitue pas encore un souci majeur, il faut encore attendre quelques semaines pour avoir une vision objective. « Nous n’aurons pas le recul nécessaire avant fin septembre probablement », souligne Jean-François Loiseau, président de l’ANMF (Association nationale de la meunerie française).

Des analystes privés évoquent la présence de mycotoxine, du fait des précipitations tardives.

La forte hétérogénéité qualitative de la récolte hexagonale 2021 engendre donc un important travail d’allotement des organismes stockeurs (OS). Les meuniers devront également s’adapter : « ils seront obligés de diversifier leurs approvisionnements, faire des assemblages un peu différents, faire venir la marchandise d’un peu plus loin, générant des surcoûts », s’exprime Jean-François Loiseau.

Hausse des prix de la farine espérée par l’ANMF

Dans un contexte où la qualité adéquate est plus difficile à trouver et où les prix sont en forte augmentation (248 €/t en Rendu Rouen au 23 août, contre 180,50 €/t le 20 août 2020), une hausse du prix de la farine et, par ricochet, de la baguette en France est espérée par les meuniers. « La meunerie comprime à tout va ses marges, et ce n’est pas acceptable ! Il ne doit pas y avoir de débat. S’il y a hausse de la matière première et des coûts, cela doit se répercuter dans les prix de ventes », afin de respecter notamment l’esprit des Egalim (Etats généraux de l’alimentation), prévient Jean-François Loiseau. Rappelons que selon l’OFPM (Observatoire français des prix et des marges) courant juin, l’indicateur de marge brut des meuniers est, en 2020, au plus bas depuis 2012, et en repli entre 2019 et 2020.

Les exportateurs français devront cravacher

Les exportateurs hexagonaux devront eux aussi s’acclimater au contexte difficile. FranceAgriMer pariait en juillet sur des exportations françaises de blé tendre à 10,5 Mt sur pays tiers pour la campagne commerciale 2021/2022. « Ce chiffre sera difficilement atteignable. […] Il faudra probablement trouver de nouveaux débouchés, comme l’Asie du Sud-Est ou la Chine. Ce ne sera pas évident car le fret est très élevé actuellement. Toutefois, ces pays ont des besoins, et les bilans mondiaux en grains se tendent », explique Nathan Cordier. La France pourrait éventuellement augmenter ses expéditions chez ses voisins européens, comme la Belgique, les Pays-Bas ou l’Espagne, ajoute ce dernier.

La récolte de blé russe finalement sous les 80 Mt

Agritel a donc une vision haussière des prix du blé tendre pour l’instant. Nathan Cordier rappelle que bon nombre de pays exportateurs ont souffert lors de la campagne culturale. Le temps chaud et sec a affecté les blés durs au Canada mais aussi les blés tendres, tout comme aux États-Unis. En Russie et au Kazakhstan, le manque de précipitations a aussi fait des dégâts. L’USDA estimait dans son rapport d’août la récolte russe 2021 à seulement 72,5 Mt, contre 85 Mt un mois plus tôt ! « Nous pensons que l’USDA est pessimiste, mais il est vrai que la récolte russe ne sera pas aussi bonne qu’attendue », précise Nathan Cordier.

De son côté , au 2 août, le cabinet d’analyse SovEcon estimait la récolte russe de blé tendre 2021 à 76,4 Mt, contre 82,3 Mt un mois plus tôt.

Au sein des pays importateurs, « À l’exception du Maroc, les récoltes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient sont très mauvaises », ajoute Michel Portier.

Dans un communiqué du 24 août, Agritel explique qu’ « après une dernière campagne déjà agitée par la tension du maïs et par des achats chinois record sur l’ensemble des grains, la tension est encore montée d’un cran sur le blé meunier depuis quelques semaines. Les perspectives de stocks chez les grands exportateurs s’annoncent comme les plus tendues depuis la campagne 2007/2008 lorsque ont eu lieu les premières émeutes de la faim ».

Attention aux conditions sèches en Argentine

Les pays exportateurs de l’hémisphère sud doivent ainsi obtenir de bonnes récoltes afin de compenser les pertes de ceux de l’hémisphère nord, soutient Nathan Cordier. Si la situation en Australie semble bonne pour le moment, le cas argentin est sujet à certaines préoccupations. Dans un rapport du 19 août, la Bourse de Buenos Aires indique que 43,5 % des 6,5 Mha de blé se trouvent dans des conditions de développement "moyennes à mauvaises", en raison d'un déficit hydrique.

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