La journée de l’économie rebaptisée Cap Éco a réuni les trois chambres consulaires le 14 octobre à Bordeaux autour de la thématique de l’eau. Experts, entreprises, agriculteurs ont partagé leurs témoignages et leurs analyses sur la situation en Nouvelle-Aquitaine.
Des besoins qui vont aller croissant
Vitale pour tous les secteurs économiques, comme l’ont rappelé les présidents des chambres régionales d’agriculture, de commerce et des métiers, l’eau l’est particulièrement pour le secteur agricole. « L’eau est le premier facteur de production, a rappelé Bernard Layre, président de la chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Le changement climatique que l’on connaît depuis plusieurs années et l’été que nous venons de passer nous oblige à accentuer le travail sur le sujet. Il faut mieux gérer, mieux stocker et sécuriser la ressource durablement pour tous. Aujourd’hui, 90 % des surfaces agricoles de Nouvelle-Aquitaine sont couvertes en hiver. Il faut continuer à travailler sur l’adaptation des systèmes et l’évolution des pratiques ». Pour lancer les discussions, les résultats d’une étude hydroclimatique à l’horizon 2050 commandée par la Banque Populaire ont été présentés. Globalement, une augmentation de 2,5 °C de la température annuelle moyenne est à attendre. Les précipitations estivales (avril à septembre) seraient en recul d’environ 18 %. La disponibilité en eau serait toutefois plus importante dans le Limousin et les Pyrénées-Atlantiques. Le besoin estimé de l’agriculture en eau bondirait de 40 % par rapport à la décennie écoulée. Sans surprise, l’agriculture est et sera demain le secteur économique avec la plus grande dépendance à l’eau même si les autres secteurs en ont aussi besoin. « Il va falloir être économe et s’adapter », résume Paul Carrère, président de l’institution Adour et de la commission inondation du bassin Adour Garonne.
Des efforts de tous
La prise de conscience est réelle dans tous les secteurs économiques. Pour la Chambre des métiers, 50 % des artisans développent une vision stratégique sur la gestion de l’eau. Du côté de l’industrie, les prélèvements sont en baisse de 30 % depuis 2012 et 85 % de ce qui est prélevé sont restitués au milieu après usage. En agriculture aussi des efforts conséquents sont réalisés et les pratiques évoluent : agroforesterie, diversification des cultures, mise en place de couverts… Pour autant l’irrigation, plus grosse consommation d’eau en agriculture, demeure incontournable pour certaines filières : maraîchage, arboriculture… Le maïs, souvent pointé du doigt, représente seulement 27 % des surfaces irriguées (contre 61 % en 2010). Il a été remplacé par des cultures à haute valeur ajoutée, légumes, fruits, oléoprotéagineux, des productions dont le pays est déficitaire. L’irrigation permet aussi d’allonger les rotations, de diversifier les cultures, de sécuriser la production et d’assurer une plus grande souveraineté alimentaire… Pour Guillaume Chamouleau, agriculteur irriguant en Charente, la logique est simple : pour limiter les prélèvements, il faut recueillir l’eau lorsqu’elle est excédentaire avec un impact le plus faible possible.
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« À l’horizon 2050, si rien n’est fait, il manquera un litre d’eau sur deux sur le bassin, souligne Élodie Galko, directrice de l’agence de l’eau Adour Garonne. Après l’été que nous venons de vivre, les choses ont beaucoup évolué dans la tête des gens. Stocker l’eau dans le sol est une solution mais il faut aussi optimiser et ne pas gaspiller la ressource ». Pour Richard Arcos, vice-président de Soltena, Cluster des Solutions pour la Transition Écologique en Nouvelle-Aquitaine, il faut être sobre, certes mais cela ne sera pas suffisant, il faut aussi mettre en œuvre d’autres solutions qui fonctionnent dans d’autres pays (stockage, dessalinisation…). Pour tout cela, il faut des moyens. L’augmentation de la redevance sur le bassin Adour-Garonne devrait permettre de dégager 2 M€ sur 6 ans pour accompagner les priorités adoptées. Au niveau régional, Alain Rousset a rappelé les progrès faits dans les pratiques agricoles et confirmé que le financement de retenues collinaires et de points d’abreuvement serait poursuivi. Le président de Région a également souligné que la protection des zones de captage était essentielle. « On ne peut transiger là-dessus lorsque l’on voit le coût de la dépollution de l’eau », a-t-il souligné. De son côté la Préfète de Nouvelle-Aquitaine a réaffirmé que les réserves de substitution, pour être acceptées, devaient être discutées avec tous. Parmi les autres solutions, celle-ci a évoqué le reméandrage des petits cours d’eau, l’adoption de cultures moins gourmandes, l’entretien des zones humides et plaide pour l’intégration dans la PAC des paiements pour services environnementaux.