Un nouveau convoi de velles salers a pris la route de la Bosnie la semaine dernière depuis le Cantal. Un débouché apprécié, dans un contexte de marché tendu et de stocks fourragers sous pression.
Vendredi 23 octobre, c’est sous des trombes d’eau que les 27 jeunes salers - des velles dont six génisses pleines - ont été embarquées en quelques minutes seulement dans le camion-bétaillère qui devait les conduire vers les Balkans. Direction la Bosnie-Herzégovine, pour un voyage de plus de 22 heures, avec deux étapes, une première dans la Loire, où les ont rejointes huit velles roannaises de Daniel Mayère, puis une seconde pause réglementaire. Un convoi organisé par Intergènes, la structure commerciale du Herd-book salers, avec toujours comme intermédiaire Mirko Devcic, président d’HUU Salers Croatia (association d’éleveurs croates). Les pays de l’Est sont en effet toujours demandeurs d’animaux d’élevage à la génétique et au potentiel reconnus pour développer des cheptels ou conforter ceux existants.
100 vaches à terme pour 1 500 ha
Dalibor Runjo incarne ce profil d’acheteurs, attirés par la race acajou. À la tête d’une chaîne de cafés, il a créé il y a moins de deux ans la ferme de Crni Vrh à Glamoc (1 060 mètres d’altitude), en Bosnie-Herzégovine. Une vaste pleine karstique de l’Ouest du pays et un territoire parmi les moins peuplés de Bosnie. “Nous possédons actuellement 28 vaches adultes, 5 génisses et un taureau, nous sommes en pleine expansion et notre objectif est d’atteindre un cheptel d’environ 100 vaches”, explique l’éleveur-entrepreneur bosniaque, qui n’a pas hésité à se tourner vers la salers pour sa rusticité. “C’est une race qui supporte très bien le froid, qui vêle facilement et qui n’est pas exigeante en matière d’alimentation et d’entretien. De plus, les salers sont des animaux robustes, de grand format, qui produisent une viande de grande qualité”, estime Dalibor Runjo, qui a fait le déplacement en juin dernier dans le berceau de la race pour visiter plusieurs élevages et choisir parmi les animaux proposés.
Un choix établi sur leur caractère, leur pedigree, leur morphologie, avec le souhait de lots assez homogènes “et sur la base des recommandations d’Intergènes et des professionnels français”. Après une nouvelle quarantaine à leur arrivée, les salers du Cantal et de la Loire vont découvrir leur nouveau territoire sur une exploitation de quelque 1 500 hectares de prairies. Un élevage en plein air intégral.
Escale salers roannaise
Pour Daniel Mayère, ce marché est une réelle opportunité, la deuxième pour lui depuis 2020. “Les pays des Balkans sont friands de ce genre de bêtes et ça paie mieux qu’en France aujourd’hui. Actuellement, les petites génisses se vendent entre 1 600 et 1 900 €, là le prix était de 2 200 €”, relève l’éleveur du Roannais, qui a ainsi fait partir huit génisses âgées de 10 à 13 mois. Nourries à l’herbe (hormis cet été) et au foin avec un complément (farine-minéraux), elles ne devraient pas trop être dépaysées. Double actif à ses débuts (1988), il a privilégié la salers pour ses facilités de vêlage. “J’appréhendais beaucoup les vêlages à l’époque et puis c’est une vache qui se manipule très bien”, expose Daniel Mayère, qui voue depuis toujours une fidélité à la race et à ses instances raciales. Son cheptel, 55 mères pures, est inscrit au HBS et il est un utilisateur régulier de la station d’évaluation. “J’y crois à fond, dans la mesure du possible je mets un à deux veaux par an à la station du Fau et tous mes taureaux y ont été achetés. On va plus vite avec une Formule 1 qu’avec une 2 CV”, glisse-t-il. Tenue de dos, “belle tête avec un beau mufle et de belles cornes” doivent pour lui côtoyer un dos bien tendu, un bassin arrière de qualité et de bons aplombs.
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L’élevage, en plein cœur d’une terre charolaise tachetée d’acajou, produit des broutards et des animaux d’élevage : des velles de 9 à 13 mois pour des débouchés locaux, régionaux voire nationaux, des doublonnes vendues prêtes à vêler, et de jeunes reproducteurs (doublons).
Export : un marché et des prix bienvenus
Dans la vallée de la Jordanne, Stéphane Gaillard voit lui aussi sa grange se vider rapidement, mais il espère pouvoir tenir jusqu’au printemps avec les stocks conservés des années antérieures. Sur les parcelles de fond de vallée, l’herbe a aussi repoussé, permettant un pâturage automnal. La vente de six jeunes génisses pour la Bosnie est ici aussi la bienvenue dans le contexte difficile du moment. “À cause de la FCO, cela faisait quelques années qu’on en avait pas proposé pour les pays de l’Est, il nous manquait des veaux. Vu la conjoncture, ces marchés sont une bonne chose”, estime l’éleveur.
À la Laubie de Saint-Simon, on sélectionne des salers depuis 60 ans. D’abord sur les aptitudes laitières (on y transformait alors le lait salers en fromage), puis sur le gabarit et en apportant un peu de viande, “tout en gardant les critères d’élevage, du bassin et du lait”, précise Stéphane Gaillard, qui destine chaque année une vingtaine de bêtes pour l’élevage : quelques-unes partent à l’export, mais la plupart sont achetées par des voisins, des connaissances, d’anciens stagiaires... Ce sont au total les velles de quatre élevages qui ont été retenues par l’acheteur bosniaque, celles du Gaec Duval élevage salers et du Gaec Dayral venant compléter le convoi.