Le marché américain du poulet « sans antibiotique » a connu un grand essor de 2013 jusqu’aux années Covid. Mais l’élevage sans antibiotique et sans coccidiostatiques ionophores a conduit à une pénurie de poulets.
Sur près de 9,4 milliards de poulets produits aux États-Unis par an, 45 % en 2026 sont produits « sans antibiotiques » sous le slogan américain « no antibiotic ever » ou NAE. En 2013, environ 80 % du marché reposait encore sur de l’élevage conventionnel qui utilisait les ionophores comme principale méthode de contrôle de la coccidiose. Sous la pression des consommateurs, à partir de cette époque, de grands groupes se sont engouffrés dans la brèche du « no antibiotic ever ». Les coccidio-statiques ionophores considérés comme des antibiotiques aux US par la FDA (Food & Drug administration) ont donc été retirés.
Pendant les années Covid, le prix du kilo de poulet au consommateur a atteint un pic. Outre la hausse du prix de l’énergie, l’élevage « sans antibiotique » a entraîné une hausse de la mortalité (+ 1 %), « à tel point que les statistiques indiquaient qu’il fallait abattre 100 millions de volailles supplémentaires par an pour compenser les pratiques d’élevage NAE », indique Polly Davies spécialiste en marketing chez Elanco aux États-Unis. Le premier producteur américain Tyson Foods et la chaîne de restauration rapide Chick-fil-A sont ainsi revenus sur leur décision, basculant en 2023 et 2024 sur un poulet élevé « sans antibiotiques importants pour la santé humaine » ou NAIHM (1). Ce label inclut la présence des ionophores. « En 2026, la production représente environ 45 % de poulets élevés sans antibiotiques, 45 % de poulets élevés sans antibiotiques importants pour la santé humaine et 10 % de poulets conventionnels. Cela représente une part de 55 % du marché qui accède aux ionophores », détaille Polly Davies.
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C’est en 2002 que Perdue Farms, un intégrateur américain, a pris une position très ferme sur le retrait des antibiotiques, position qu’il maintient encore aujourd’hui. En 2014, la chaîne Chick-fil-A a réagi aux inquiétudes exprimées par les parents et les consommateurs, annonçant sa stratégie qui consistait à éliminer définitivement les antibiotiques (NAE) des élevages fournisseurs. Ensuite, le plus grand producteur de poulets des États-Unis Tyson (2 milliards de poulets par an) a emboîté le pas et annoncé lui aussi l’abandon définitif des antibiotiques. Au final, la hausse du prix du poulet a débouché sur une seconde alternative aux États-Unis avec un poulet produit sans antibiotiques importants pour la santé humaine. « Tyson a publié en 2023 un communiqué expliquant sa décision d’abandonner l’étiquetage NAE et de passer à l’étiquetage NAIHM, mentionnant le coût comme principal obstacle à sa réussite », raconte Polly Davies. « Cela a semé la confusion chez les consommateurs. En supermarché, face à la profusion de marques et d’étiquettes, il est difficile de savoir ce que l’on choisit », partage l’Américaine.