La gestion de l’azote est l’un des résultats les plus marquants de la plateforme Syppre. En combinant des stratégies à l’échelle du système de culture et un pilotage fin de la fertilisation, les apports ont été réduits tout en maintenant, voire en améliorant, les performances agronomiques, notamment en blé dur.
Sur la plateforme Syppre Lauragais, la baisse de la quantité d’azote a été significative sur le blé dur, une espèce pourtant gourmande de cet élément. Néanmoins, cette diminution en azote s’est accompagnée d’une augmentation des rendements depuis cinq ans. L’analyse fine des résultats de la plateforme a permis d’attribuer ces économies d’azote pour moitié environ à l’évolution du système de culture et pour l’autre moitié à la stratégie de pilotage dynamique de l’azote en culture.
Ces résultats reposent en premier lieu sur des transformations profondes du système de culture. Le système témoin est caractérisé par une rotation courte blé dur-tournesol, conduite avec labour et sans couverts végétaux. Le système innovant se distingue par une rotation allongée à huit ans et diversifiée, associée à des pratiques de réduction du travail du sol et à l’utilisation de couverts végétaux. Cette diversification repose notamment sur une intégration accrue de légumineuses, tant en cultures de vente (pois chiche, pois d’hiver) qu’en couverts végétaux (féverole).
Cette diversité joue un rôle essentiel dans l’enrichissement du sol en azote organique. Les légumineuses fixent l’azote atmosphérique et contribuent à alimenter progressivement le sol, réduisant ainsi la dépendance aux apports minéraux.
En parallèle, les intercultures sont couvertes au maximum, notamment grâce à une succession de couverts estivaux (sorgho fourrager) et hivernaux (féverole et phacélie), ce qui permet de produire de grandes quantités de biomasse et d’enfouir de l’azote organique au sol.
Leur restitution améliore également la teneur en matière organique et stimule les processus de minéralisation.
Enfin, le travail du sol est également réduit, ce qui, couplé aux effets des couverts végétaux, a permis d’améliorer la structure du sol et ainsi limiter les phénomènes d’érosion et les pertes d’éléments minéraux.
Sur l’intégralité des espèces du système innovant, les restitutions par les couverts végétaux ont été pris en compte dans les calculs de doses d’azote.
Le choix variétal est également un levier utilisé sur le système innovant pour diminuer les quantités d’azote minérales apportées (besoins unitaires).
Des reliquats azotés en nette progression
L’un des indicateurs les plus parlants de cette évolution est la progression des reliquats azotés. Depuis plusieurs années, les reliquats azotés en sortie d’hiver sur le blé dur sont systématiquement plus hauts dans le système innovant, de 26 kg N/ha en moyenne sur dix ans, et ils sont en augmentation en tendance, puisque depuis trois campagnes, on s’approche des 40 kg N/ha en plus en système innovant. Il a fallu attendre trois années pour que ces écarts deviennent statistiquement significatifs : depuis 2019, l’écart continue de se creuser et ce, quelle que soit l’année climatique.
Concrètement, la présence de plus de 60 kg N/ha sur les 60 premiers centimètres de sol en sortie d’hiver permet généralement d’envisager une impasse sur l’apport tallage des céréales à pailles, voire de décaler l’apport à épis 1 cm. Cette situation a été observée plus d’une année sur deux dans le système innovant, contre une seule fois en dix ans dans le système témoin.
Une meilleure fourniture d’azote par le sol
Les travaux menés sur la plateforme montrent également une augmentation de la minéralisation sous la culture de blé dur.
Cette amélioration s’explique à la fois par la hausse progressive du taux de matière organique et par la décomposition des résidus de cultures et des couverts végétaux. Les estimations de minéralisation de l’humus issues de simulations à l’aide du modèle CHN permettent d’évaluer ce gain à une dizaine de kilos d’azote par hectare. Si cette contribution reste modeste à elle seule, elle s’ajoute aux autres leviers du système et participe à la réduction globale des apports minéraux.
Un pilotage de la fertilisation au plus près des besoins
Au-delà des évolutions agronomiques, la seconde source d’économie repose sur le pilotage de la fertilisation. Ce levier complémentaire, profite au blé dur, une culture exigeante en azote, surtout en fin de cycle, pour assurer la qualité du grain.
Dans le système témoin (blé dur – tournesol avec labour), la dose totale d’azote est calculée à partir de la méthode du bilan prévisionnel selon la réglementation en vigueur en zone vulnérable de la directive nitrate. Pour le blé dur, les apports sont fractionnés en trois passages afin de répondre aux besoins de la culture selon son rythme de développement. Ils sont réalisés si possible avant une pluie pour maximiser leur efficacité, et sont anticipés si celle-ci est annoncée dans les dix jours précédant l’atteinte du stade visé.
Dans le système innovant, cette approche est remplacée par l’utilisation d’un outil de pilotage intégral de l’azote, Ferti-adapt CHN, dont les principes de raisonnement s’appuient sur le modèle de culture CHN développé par Arvalis. Celui-ci simule quotidiennement la dynamique de croissance et de nutrition d’une culture, et les flux de carbone, d’azote et d’eau dans le sol, en intégrant toutes les caractéristiques de la parcelle (sol, itinéraire technique) et les données climatiques réelles actualisées quotidiennement. Ces simulations permettent à l’outil Ferti-adapt CHN de proposer des conseils de fertilisation azotée adaptés aux besoins de la plante en intégrant une démarche de diagnostics-pronostics de nutrition tout au long de la campagne.
Mis en œuvre sur la plateforme, il a fait ses preuves : on estime à environ 40 kg N/ha les économies d’azote permises par Ferti-adapt CHN grâce à un ajustement des doses à la capacité de la culture à assimiler l’azote, qui améliore également l’efficience d’utilisation de l’azote apporté. Ces 40 kg N/ha économisés viennent s’ajouter aux 40 kg N/ha supplémentaires fournis par les adaptations du système (voir précédemment - écarts de reliquat et de minéralisation de l’humus).
Plus de 80 kg N/ha économisés sur le blé dur
Cette combinaison de leviers agronomiques (allongement de la rotation avec introduction de légumineuses et de couverts végétaux, choix variétal) et tactique (utilisation d’un outil de pilotage intégral de la fertilisation azotée) s’avère particulièrement efficace sur le blé dur. Entre 2017 et 2025, les économies atteignent en moyenne plus de 80 kg N/ha.
Une double performance économique et environnementale
La réduction des apports d’azote se traduit directement par une baisse des charges opérationnelles. Mais l’intérêt économique ne s’arrête pas là. Depuis plusieurs années, les rendements du blé dur dans le système innovant sont équivalents, voire supérieurs à ceux du système témoin.
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Cette combinaison – baisse des charges et maintien du rendement – améliore mécaniquement la rentabilité de la culture. La marge nette a été améliorée de l’ordre de 134 €/ha.
Par ailleurs, la diminution des apports d’azote contribue à réduire l’empreinte environnementale des cultures. La fertilisation azotée représentant le principal poste d’émissions de gaz à effet de serre, sa réduction constitue un levier important pour limiter l’impact climatique des systèmes agricoles.
Vers des systèmes plus autonomes
Cette plateforme nous livre des enseignements intéressants qui illustrent la capacité des systèmes agricoles à gagner en autonomie en s’appuyant davantage sur les ressources du sol. En renforçant le stock de matière organique du sol, en diversifiant les cultures et en optimisant les pratiques, il est possible de limiter les intrants tout en sécurisant la production. Une évolution essentielle dans un contexte marqué par la volatilité des prix des fertilisants et les enjeux environnementaux.
Ces résultats montrent qu’une approche globale, à l’échelle du système de culture, est indispensable. C’est en combinant plusieurs leviers – agronomiques, techniques et décisionnels – que les gains les plus significatifs peuvent être obtenus.
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Anthony Cazaban technicien pilote de la plateforme
« Nous vivons le plus longtemps possible sur le reliquat azoté, témoigne Anthony Cazaban, pilote de la plateforme, puis nous suivons les préconisations de l’outil de pilotage intégral de l’azote Ferti-adapt CHN, recalé avec nos observations de stades. Nous positionnons les quantités d’ammonitrate au plus juste, au minimum une dizaine de jours avant que la plante ne subisse un stress azoté (visible via l’OAD) car c’est le temps nécessaire pour que l’ammonitrate soit pleinement assimilable, et juste avant une pluie. »
Reliquats azotés : un indicateur stratégique pour réduire les apports
Dans le système innovant, l’augmentation des fournitures en azote du sol joue un rôle central dans la stratégie de fertilisation. Grâce à l’amélioration du fonctionnement du sol et notamment à la restitution régulière de matières organiques via les résidus de culture et les couverts végétaux, les fournitures sont plus importantes que dans le système témoin et se traduisent par des reliquats d’azote minéral en sortie d’hiver plus élevés et plus réguliers.
Cette meilleure disponibilité de l’azote en sortie d’hiver permet de retarder les premiers apports et d’ajuster plus finement la fertilisation en cours de culture. Ceci est particulièrement intéressant pour le blé dur, une culture exigeante en azote, notamment en fin de cycle pour garantir la qualité du grain.
En combinant différents leviers (couverts végétaux, insertion de légumineuses…) permettant d’augmenter les fournitures d’azote avec un pilotage intégral basé sur des outils d’aide à la décision, les agriculteurs peuvent réduire significativement les apports tout en sécurisant rendement et qualité. Une approche qui illustre pleinement l’intérêt d’un raisonnement global du système de culture.
Éléments clefs du système Syppre Lauragais
Coteau argilo-calcaire moyen en sec en pente
Exposition nord
Sud-Ouest de la France
Rotation diversifiée
Double couverture
Travail du sol simplifié
Réduction des intrants
Arrêt du glyphosate (2018-2023)
Dix années de recherche