Le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture a mené un travail de comparaison des performances commerciales agricoles et agroalimentaires de la France avec celles de cinq autres pays membres de l’UE. La France qui présente un excédent toujours en baisse présente malgré tout plusieurs atouts structurels.
Dans un document de travail qu’il vient de publier, le Centre d’études et de prospectives du ministère s’est intéressé aux performances commerciales agricoles et agroalimentaires de la France et a choisi de les comparer avec celles de cinq autres pays de l’Union européenne : Allemagne, Espagne, Italie,Pays-Bas et Pologne, ces six pays produisant à eux seuls plus des deux tiers de la production agricole de l’UE en valeur. Ce travail avait pour objectif d’identifier les principaux facteurs susceptibles d’expliquer les écarts observés. L’analyse a porté à la fois sur les échanges commerciaux, les caractéristiques de la production agricole et les spécificités des industries agroalimentaires.
Un excédent commercial agricole et agroalimentaire français toujours en baisse
Entre 2024 et 2025, l’excédent commercial agricole et agroalimentaire français a diminué de 4,8 milliards d’euros, pour s’établir à 181 millions seulement. Pour les produits laitiers, l’excédent commercial a reculé de 570 millions d’euros entre 2024 et 2025, en dépit d’une progression de 6 % de la collecte laitière sur cette même période. L’excédent du secteur descéréales a progressé de 30 millions d’euros, un résultat modeste compte tenu de l’évolution des volumes récoltés (+ 16 %). S’agissant des viandes, le déficit s’est creusé de 765 millions d’euros entre 2024 et 2025, mais le poste « animaux vivants, œufs, miel » a connu une évolution quasi symétrique (+ 700 millions d’euros). Les auteurs du document expliquent : « Ceci témoigne d’une insertion particulière des filières animales françaises dans les échanges internationaux, et d’une spécialisation vers la production de jeunes bovins maigres exportés vivants pour être engraissés, principalement en Italie et en Espagne ».
Enfin, même si le secteur des boissons reste de très loin celui pour lequel l’excédent commercial est le plus important, une diminution notable s’observe entre 2024 et 2025 (de 1,23 milliard d’euros), en lien avec un contexte international difficile, notamment les droits de douane imposés courant 2025 par les États-Unis sur les exportations européennes de vins et spiritueux.
L’excédent commercial de l’Allemagne se contracte aussi
La dégradation de la balance commerciale agricole et agroalimentaire française s’explique par différents facteurs : évolution défavorable des rapports de prix (hausse du prix des importations et/ou baisse du prix des exportations), évolutions de la consommation et érosion des volumes de certaines productions. Comme la France, l’Allemagne a vu son excédent commercial se contracter au cours des dernières années, à l’inverse de l’Espagne, de l’Italie, des Pays-Bas et de la Pologne, qui sont parvenus à l’accroître. « Ces pays dont les excédents augmentent s’appuient sur des spécialisations affirmées, une compétitivité intra-UE forte et des filières capables de valoriser efficacement leur production » notent les auteurs.
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La France peut se targuer de plusieurs atouts structurels
Le document souligne que la France conserve plusieurs atouts structurels. Les exploitations sont de grande taille avec une SAU moyenne de 75 ha en 2023, contre 65 ha en Allemagne ou 12 ha en Pologne. Par ailleurs, la superficie par unité de production progresse rapidement en France, singulièrement depuis 2016, alors qu’elle augmente peu en Allemagne, en Espagne et aux Pays-Bas, voire pas du tout en Italie et en Pologne. L’Hexagone enregistre aussi un vieillissement des actifs moins marqué que dans la plupart des autres pays étudiés : près de la moitié des chefs d’exploitation sont âgés de 55 ans ou plus, et ils exploitent 35 % des terres agricoles nationales. Ceci est nettement inférieur à ce qui est observé dans la plupart des autres pays, où la part de la surface détenue par les agriculteurs de 55 ans ou plus se situe la plupart du temps au-dessus de 45 %.
La France dispose également d’un secteur de transformation important, caractérisé par un chiffre d’affaires, une productivité du travail et une valeur ajoutée élevés. « Le recul observé de l’excédent brut d’exploitation invite toutefois à s’interroger sur les conditions de rentabilité des entreprises, même si leur capacité d’investissement apparaît, à ce stade, préservée » préviennent les auteurs.
« La dépendance de la France aux importations d’intrants et de moyens de productionest une source de fragilités potentiellement plus critique que la seule évolution de son excédent commercial agroalimentaire »
Pour les auteurs, malgré la dégradation de l’excédent commercial observée depuis une dizaine d’années, la production agricole et alimentaire française demeure importante et confère au pays une relative autonomie stratégique, en dépit de certaines fragilités. Ils avertissent que l’autonomie stratégique en matière agricole se construit aussi à l’amont. « À ce titre, la dépendance de la France aux importations d’intrants et de moyens de production (engrais, énergie, machines et équipements, produits phytosanitaires, aliment du bétail, etc.) est une source de fragilités potentiellement plus critique que la seule évolution de son excédent commercial agro-alimentaire » concluent-ils.