La problématique du maillage vétérinaire en zone rurale est largement répandue. Les causes en sont variées et la FRGDS Nouvelle-Aquitaine, en collaboration avec le Groupement Technique Vétérinaire Nouvelle-Aquitaine (GTV NA), tente de trouver des solutions, avec des financements régionaux et européens.
La problématique de la disponibilité médicale en zone rurale n’est pas nouvelle mais elle tend à s’aggraver pour les soins aux animaux de rente. Les causes en sont multiples et les organisations professionnelles tentent de trouver des solutions. Garantir un maillage vétérinaire de proximité constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour l’avenir de l’élevage en Nouvelle-Aquitaine.
Des causes sociétales, …
Le jeune vétérinaire est dans sa très grande majorité issu d’un milieu urbain, que la campagne n’attire pas spontanément. Lorsque l’on interroge des étudiants, les conditions d’exercice auprès des animaux de rente apparaissent difficiles en raison du travail souvent en extérieur, soumis aux intempéries, aux heures passées sur les routes pour visiter les élevages et aux amplitudes horaires liées aux urgences et aux gardes. Ce problème d’astreinte n’est d’ailleurs pas uniquement rural puisque les mêmes difficultés de recrutement sont rencontrées par les cabinets canins avec gardes. Or les attentes ont changé, beaucoup de jeunes vétérinaires, comme le reste de la société, privilégient une activité professionnelle laissant du temps personnel.
… une dynamique de l’élevage peu propice aux installations, …
En Creuse, le nombre de bovins est passé de plus de 440 000 en 2016 à 380 000 en 2025. Dans le même temps, les structures d’élevage se sont agrandies et les éleveurs ont acquis de l’autonomie pour les soins de base. Le nombre de visites baisse régulièrement et il reste essentiellement la gestion des cas graves ou urgents. Pour maintenir une présence vétérinaire, il faut essayer de rééquilibrer l’activité en développant la prévention et le suivi global de l’élevage.
… une évolution des structures vers la pratique canine, …
Avec l’augmentation de la taille des cliniques, liée principalement à l’activité canine, y compris à la campagne, une spécialisation des vétérinaires s’installe progressivement. La gestion des tours de garde pose alors problème et quand l’activité rurale devient minoritaire, la tentation est grande de l’arrêter. C’est une problématique majeure dans les zones où l’élevage est en fort déclin et qui conduit à de véritables déserts médicaux où il sera compliqué de faire marche arrière.
Un accompagnement financier avec le Partenariat Européen d’Innovation (PEI)
Ces constats faits, une réflexion s’est amorcée pour tenter d’inverser la tendance. La FRGDS Nouvelle-Aquitaine s’est engagée, dans le cadre du PEI 2023-2027 pour la productivité et le développement durable de l’agriculture, dans un programme d’expérimentation visant à renforcer la relation entre éleveurs et vétérinaires, tout en développant des outils innovants au service de la prévention sanitaire. Ce programme est en cours depuis 2024 et se termine en septembre 2027 avec un soutien financier à hauteur de 80 % des dépenses éligibles.
Une co-construction avec le GTV NA
Mené en partenariat avec les GDS du territoire et en étroite collaboration avec le GTV NA, ce projet poursuit un objectif clair : apporter des solutions concrètes aux éleveurs en leur garantissant un accompagnement vétérinaire durable et adapté aux enjeux sanitaires de leurs élevages. Il s’appuie sur des axes principaux :
- Faire connaître le métier de vétérinaire rural
Pour valoriser la profession de vétérinaire rural et susciter de nouvelles vocations une communication dédiée sur les réseaux sociaux a été créée à travers les pages @canalvetoruraux sur Facebook et Instagram. Ces supports mettent en lumière le quotidien, les compétences et les nombreuses missions des vétérinaires ruraux auprès des élevages. Cette démarche vise à favoriser l’installation de nouveaux praticiens sur le territoire et à contribuer au maintien d’un maillage vétérinaire indispensable à la pérennité des filières d’élevage.
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- Moderniser le Bilan Sanitaire d’Élevage (BSE)
Le deuxième volet consiste à faire évoluer le support du BSE afin d’en faire un véritable outil d’accompagnement partagé entre l’éleveur et son vétérinaire. Ce nouveau document intégrera des références techniques et des indicateurs de performance permettant à chaque éleveur de situer son exploitation par rapport à des repères objectifs. Cette approche facilitera l’analyse des résultats, l’identification des marges de progrès et la définition d’actions de prévention adaptées à chaque élevage.
- Expérimenter de nouvelles formes de contractualisation
La FRGDS NA expérimente différents modèles de contractualisation entre éleveurs et vétérinaires afin de renforcer le suivi sanitaire des troupeaux sur le long terme. L’objectif est de faire évoluer la relation vers une approche davantage centrée sur la prévention plutôt que sur la seule gestion des urgences sanitaires. Plusieurs thématiques peuvent faire l’objet de contrats spécifiques : suivi sanitaire global, néonatalogie, suivi de gestation, gestion du parasitisme ou encore accompagnement sur des problématiques ciblées. En favorisant des échanges réguliers et une meilleure anticipation des risques sanitaires, ces contrats doivent permettre d’améliorer la santé des cheptels, de sécuriser les performances technico-économiques des exploitations et de répondre plus efficacement aux attentes des éleveurs.
Une complémentarité des structures professionnelles
À travers ces trois principales actions complémentaires, la FRGDS NA, les GDS et le GTV NA construisent des solutions innovantes pour préserver un maillage vétérinaire de proximité. Si ces expérimentations mobilisent l’ensemble des acteurs de la santé animale, le bénéficiaire final reste l’éleveur, qui pourra disposer d’un accompagnement renforcé, d’outils plus performants et d’un suivi sanitaire durable, au service de la santé de ses animaux et de la pérennité de son exploitation. Mais d’autres structures s’impliquent également, Conseil départemental de la Creuse et son Plan Vétos 23 (cf. encadré) et État avec la rémunération de la veille sanitaire qui va se mettre en place. GDS Creuse est de son côté historiquement mobilisé aux côtés des vétérinaires, en leur apportant formation et information, appui technique et tiers-payant. Pour plus de renseignements, vous pouvez vous rapprocher de votre vétérinaire ou de nos services.
Marine Voisin - FRGDS NA - www.frgdsna.org
Dr Boris Boubet - GDS Creuse - www.gdscreuse.fr