Incendies : faut-il repenser le paysage agricole pour réduire le risque ?

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En 2026 dans les Pyrénées-Orientales, certaines parcelles, notamment celles enherbées, ont brûlé. Crédits : © Y. Kerveno

Pour Anne Ganteaume, directrice de recherche à l’Inrae et spécialiste des feux, il est urgent aujourd’hui d’investir dans la prévention et d’aménager les territoires pour offrir plus de résistance à l’appétit des flammes.

« Aujourd’hui, les pompiers ne peuvent plus être partout, il faut arrêter de dire que nous n’avons pas assez de Canadairs, parce qu’à un moment donné, les avions ne font pas forcément tout, ce n’est pas seulement une question de moyens, mais d’entretien des forêts et d’organisation de l’espace », plaide Anne Ganteaume, directrice de recherche à l’Inrae, spécialiste des incendies.Et l’agriculture a tout son rôle à jouer dans ce contexte : « Les parcelles agricoles cultivées sont en effet utilisées comme coupures de combustibles, tout simplement parce qu’elles offrent moins de biomasse aux flammes, donc le feu perd en intensité et en vitesse de propagation », poursuit-elle. À condition, reprécise-t-elle, que les parcelles soient propres et que l’herbe soit enterrée.

Avoir le réflexe de planter perpendiculairement au vent dominant

Elle pointe aussi du doigt un autre élément qui lui semble primordial : l’implantation des parcelles… « Si les rangs de vignes ou d’arbres sont plantés dans le sens du vent dominant, cela peut devenir un facteur aggravant de l’incendie. C’est une donnée dont on ne tenait pas compte jusqu’ici, mais il me semble aujourd’hui primordial d’implanter les parcelles perpendiculairement au vent dominant. Cela peut freiner la propagation des flammes en ne leur offrant pas de couloirs », résume-t-elle avant d’ajouter : « dans une forêt, le vent est freiné par la hauteur des arbres ; dans la vigne ou les vergers, ce n’est pas le cas. »

Labourer et enterrer les herbes une fois qu’elles sont sèches

Et l’herbe ou les couverts, donc ? « Le problème, c’est que l’herbe sèche, les herbacées en général, sont de véritables mèches pour le feu. C’est aussi le risque que cela s’enflamme plus loin que le front du feu, par les pluies de braises qui peuvent être poussées par le vent. La meilleure des solutions dans les zones à risque, c’est de labourer, d’enterrer les herbes une fois qu’elles sont sèches », plaide-t-elle.

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On lui objecte que les couverts ont un intérêt agronomique certain, notamment en bio pour maintenir les populations d’auxiliaires. Elle reconnaît l’intérêt, mais interroge : « Quand ces couverts sont grillés, jouent-ils encore ce rôle ? C’est pareil pour le pâturage, les animaux vont-ils manger ces herbes sèches ? » N’y a-t-il pas moyen de trouver un compromis ? Peut-être, avance-t-elle : « On peut peut-être prendre le risque de laisser l’herbe si les parcelles sont perpendiculaires au vent. Ou arroser pour que l’herbe reste verte. »

Risque accru et étendu d'incendies à l'avenir

Chargé de recherche à Inrae, Julien Ruffault a planché en 2023 sur les conséquences du changement climatique pour les feux de la zone méditerranéenne. « Nous allons vers une double extension, celle des zones à risques d’abord, mais aussi celle de la période critique. Aujourd’hui, on peut ainsi dire que la période de risque, dans nos zones, s’étend de fin juin à mi-septembre, avec un cœur de risque entre le 16 juillet et le 24 août. Dans le pire scénario du GIEC, à + 4 °C à la fin du siècle, nous parvenons à une extension de plus d’un mois et demi de la période sensible, qui durera alors grosso modo de fin mai à fin octobre… C’est problématique parce que nous savons, par d’autres études, que l’allongement de la saison a un impact important sur la capacité des pompiers à intervenir », expliquait-il dans une interview à La Tribune en 2024.

Et en termes de virulence ? « Les études montrent que le nombre de feux de 1 hectare et plus, quand la stratégie d’attaque échoue en somme, pourrait progresser de 80 % avec le scénario à + 4 °C du GIEC, quand le nombre de feux dépassant 100 hectares pourrait, lui, progresser de 240 % », poursuivait le chercheur. Les feux vont aussi se déplacer, aller s’imposer dans des zones qui leur étaient étrangères, vers l’ouest du bassin méditerranéen, en altitude. Et déjà étaient pointées les questions d’aménagement… « Les feux ont moins reculé dans l’ouest de la façade méditerranéenne ces vingt dernières années que dans les Bouches-du-Rhône ou le Var, par exemple. C’est lié à de moindres efforts, de moindres investissements, mais peut-être parce que les enjeux, avec une urbanisation moindre, y étaient moins importants ?, prévenait-il encore. Il reste des marges de manœuvre dans ces départements de l’ouest de la région pour renforcer la lutte contre les incendies. » Notamment dans la gestion de l’herbe ?

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