Depuis 2023, Feda-expé est l'un des bras armé de la recherche et du développement de Fedatest et de la SAS Races ovines des massifs*. Réunies dernièrement en assemblée générale à Aubière, les deux structures ont détaillé les travaux qui y sont menés.
Élevage ovin : recherche génétique et adaptation climatique au cœur de l'action de Fedatest
Pôle de référence en matière de recherche sur la filière ovine, la station de testage Fedatest dispose depuis trois ans d’une station expérimentale indépendante, Feda-expé. Situés sur le site de Paysat-Bas, en Haute-Loire, ses travaux bénéficient à l’ensemble du Grand Sud-Est.
« Fedatest est l’organe politique qui oriente les expérimentations. Feda-expé les met en œuvre », résume Marion Vedel, directrice de la station Feda-expé.
Sur cette ferme qui compte 11 000 brebis réparties sur 125 hectares et emploie cinq salariés, entre 2 000 et 2 400 agneaux sont produits chaque année. « Nous faisons en sorte que les protocoles d’expérimentation n’impactent pas trop la production, car ce qui nous finance, c’est le fonctionnement de la ferme », poursuit la directrice.
Fer de lance du testage boucher, qui vise à améliorer les carcasses d’agneaux issus de races ovines rustiques, la ferme expérimentale travaille sur des croisements avec quatre races : le Berrichon du Cher, le Suffolk, le Rouge de l’Ouest et l’Île-de-France.
L’objectif est de sélectionner les béliers destinés à l’insémination artificielle, d’orienter ceux qui seront diffusés dans les élevages et, le cas échéant, d’écarter les profils présentant peu d’intérêt.
À Paysat-Bas, les équipes se penchent également sur une problématique majeure pour les éleveurs : les mammites chez les brebis, qui constituent la première cause de réforme des animaux. « On évalue quelles techniques et quelles pratiques peuvent limiter leur apparition », précise Marion Vedel.
Sélection génétique ovine : la brebis de demain doit s’adapter au changement climatique
À l’heure où le changement climatique affecte de plus en plus les élevages, la station cherche à évaluer de nouveaux critères de sélection génétique ovine : la capacité de la brebis à mobiliser ses réserves corporelles, sa résistance au parasitisme et la vigueur des agneaux.
C’est tout l’objet des travaux menés dans le cadre de PhénoPasto, un projet collaboratif de sélection génétique ovine qui vise à adapter les races locales aux défis du changement climatique et de la transition agroécologique.
« La ferme est notre outil, notre support de communication. On a intérêt à ce qu’elle soit adaptable et adaptée aux problématiques des éleveurs. C’est notre ferme support sur les critères de sélection qu’on choisit. Il y a les critères historiques autour de la productivité (prolificité et valeur laitière), mais aujourd’hui, il y a des exigences sociétales, notamment en lien avec la résistance au parasitisme et la vigueur des agneaux, et d’autres critères pour la vivabilité du métier d’éleveur », explique Dominique Pauc, président de Races Ovines des Massif.
Les six races du collectif — Bizet, Limousine, Blanche du Massif central, Grivette, Rava et Noire du Velay — rassemblent aujourd’hui 150 éleveurs, pour un effectif relativement stable de 55 000 brebis.
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Pour cet éleveur lozérien, la brebis de demain devra répondre à plusieurs exigences : « Celle qui économiquement permettra aux éleveurs de produire suffisamment pour vivre, tout en étant adaptée à son terrain et capable de répondre aux attentes sociétales, notamment en termes sanitaires ».
L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre performance économique, adaptation aux conditions d’élevage, résistance sanitaire et attentes sociétales.
Prédation du loup : un frein à l’installation des éleveurs ovins
Comme bon nombre de ses collègues, Dominique Pauc constate avec regret que la prédation du loup décourage de plus en plus d’éleveurs ovins.
« On a de plus en plus de mal à maintenir un nombre d’élevages et à motiver des éleveurs vis-à-vis de cette menace. Certains préfèrent choisir les bovins parce que les pertes ne sont pas les mêmes. Chez nous, la prédation est un vrai frein à l’installation. C’est tellement violent, ce type d’attaques. Après, on se pose tout un tas de questions sur l’intérêt de produire, de sélectionner, sur l’essence même de notre métier. »
L’éleveur estime que les pouvoirs publics n’ont pas mesuré l’ampleur du problème et n’ont pas activé les bons leviers pour protéger les troupeaux.
« Moi, j’ai le tir de défense. Sauf qu’il faut que l’animal ait commencé à ouvrir la bouche pour qu’on puisse tirer, sinon on est en infraction. C’est ingérable et complètement déconnecté de la réalité. D’un côté, on travaille sur l’adaptation de nos brebis au changement climatique, en les faisant pâturer sur les zones les plus en déprise, et d’un autre côté, on a un prédateur qui peut détruire tout ce travail en un rien de temps. Aujourd’hui, cette perte de génétique est très mal indemnisée. »
Gardiennes des territoires les plus reculés et remparts à la déprise agricole, les brebis reculent elles aussi, quand le loup semble de moins en moins relevé d'une espèce menacée. Plus que jamais, entre le loup et l'agneau, il va falloir choisir.
* Avec Fedatest et la SAS Races ovines des Massifs, la coopérative Copagno est le troisième membre de la station expérimentale et indépendante Feda-expé.