Certaines caractéristiques variétales, comme la précocité à épiaison, sont indispensables pour sécuriser le rendement du blé tendre face aux stress de fin de cycle. Dans les terres à faible réserve utile en eau, elles constituent des atouts majeurs.
La campagne 2026 a mis le blé tendre à rude épreuve dans les terres à faible potentiel, où la réserve utile limitante expose les cultures aux déficits hydriques et aux coups de chaleur de fin de cycle. En Poitou-Charentes, l’ingénieur régional d’Arvalis, Clément Gras, explique que les pertes d’azote liées aux excès d’eau hivernaux, suivies d’un long stress hydrique, puis des fortes chaleurs de fin mai ont fortement pénalisé le tallage et le remplissage des grains. « Malgré ce contexte très défavorable, les variétés précoces, implantées tôt, autour du 15 octobre, ont limité la perte de rendement en réalisant notamment leur remplissage avant les températures échaudantes. »
Une épiaison précoce pour limiter les stress de fin de cycle
« Nous constatons depuis quelques années dans nos essais, que ce sont les variétés précoces à très précoces à épiaison (7 à 7,5), semées tôt (5 -15 octobre), qui donnent les meilleurs résultats », explique François Thomas, responsable expérimentation grandes cultures chez Océalia, coopérative qui collecte sur un territoire (nord Nouvelle-Aquitaine) dont 50 % des sols sont superficiels avec peu de réserve utile. « Ce caractère variétal permet de passer le cap critique du coup de chaud et du déficit hydrique que l’on a chez nous depuis plusieurs années en fin de cycle. » François Thomas cite les variétés Prestance, Thermidor et la nouveauté Funny, mais aussi KWS Millésime (nouveauté 2025), qui sont toutes des variétés très précoces à épiaison.
Dans les sols superficiels, la précocité à maturité est un autre critère qui retient l’attention des obtenteurs. « On veut des variétés qui finissent vite et bien pour sécuriser la récolte, donc précoces à maturité. La précocité à épiaison est importante, mais elle concerne le milieu de cycle », explique Jérôme Vansuyt, chef produit céréales et protéagineux chez Florimond Desprez.
Une montaison tardive face au risque de gel hivernal
Dans les secteurs où le risque de gel reste un paramètre à prendre en compte, une autre caractéristique variétale est recherchée pour les variétés précoces à épiaison semées tôt. « Une précocité montaison plus tardive (note de 2 par exemple) va permettre de retarder l’arrivée du blé au stade épi 1 cm, et ainsi réduire l’exposition au gel hivernal, explique Édouard Baranger, ingénieur Arvalis région Centre, Berry-Limousin. L’idéal dans ces contextes est une variété précoce à épiaison qui est aussi tardive à montaison, telle que Funny ou SU Sauvignon notées 2 à montaison. » Aurore Guilvert, chef de marché céréales à paille et protéagineux chez LG Seeds, mentionne également la variété LG Allure (nouveauté 2026), qui se caractérise par « une montaison très lente et donc une grande souplesse en termes de date de semis. »
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François Thomas résume ainsi les choix à faire : « On recherche des variétés que l’on peut semer assez tôt, qui ne vont pas monter trop rapidement, mais qui finissent vite en fin de cycle. »
Une bonne capacité de compensation
Certaines variétés se distinguent par une bonne capacité de compensation face aux aléas vécus en début de cycle. Un nombre d’épis par mètre carré, parfois limité, peut être compensé par un potentiel de fertilité épi élevé, permettant de maintenir un nombre de grains par mètre carré suffisant, explique Clément Gras. « La fertilité épi est intéressante, car elle évite de semer trop dense et ainsi d’avoir trop de biomasse pénalisante pour la plante. » Ainsi, en 2026, grâce à sa « plasticité », Thermidor a compensé le faible nombre d’épis, conséquence des fortes pluies hivernales, par une fertilité d’épi « exceptionnelle ».
La capacité d’une variété à maintenir un PMG élevé en conditions limitantes est une autre caractéristique importante, indique pour sa part Aurore Guilvert. « Le PMG est la composante de fin de cycle qui intervient pour beaucoup dans le rendement. C’est aussi celle qui est la plus sujette au coup de chaud, avec pour conséquence des PMG plus petits. » Une variété peut avoir un PMG potentiellement élevé, mais si elle subit un fort stress pendant le remplissage, elle n’atteindra pas forcément ce potentiel. Certaines variétés sont plus stables que d’autres et perdent moins de PMG lorsque le remplissage est pénalisé.
« Le meilleur compromis consiste à choisir une variété précoce qui combine une bonne fertilité épi avec un PMG élevé et/ou stable quelles que soient les conditions, résume Édouard Baranger. Thermidor et Prestance sont les variétés les plus stables dans nos essais pluriannuels dans ces situations. » Ce choix reste toutefois à adapter à la pression des adventices, aux ravageurs et aux caractéristiques propres à chaque parcelle.