Le tourteau de soja garde la faveur des formulations, même si le développement des biocarburants augmente la disponibilité en tourteau de colza, constatent les spécialistes.
Si 2007 restera marquée comme l'année de la hausse du prix de la fraction énergétique dans les rations pour animaux avec une détente relative après la récolte record en maïs grain, l'autre fraction essentielle des formules, les protéines, connaît toujours des cours très élevés. Et cette tendance n'est pas près de se retourner. Organisées pour la 23
e année consécutive par l'Aftaa, les 4 et 5 décembre, les journées matières premières de l'alimentation animale et de ses fournisseurs (lire LM du 5 décembre) montrent cette année que le tourteau de soja garde la faveur des formulations, même si le développement des biocarburants augmente la disponibilité en tourteau de colza.
Très corrélé au prix de l'énergie, le complexe soja (graine, tourteaux et huile) garde une tendance haussière alors que la spéculation appesantit sa présence dans les marchés. Et cela, même si la production mondiale de soja devrait reprendre sa croissance la campagne prochaine dans les deux zones essentielles, les Etats-Unis et l'Amérique du Sud, avec au total +7,8 %.
« Nous craignions que le maïs américain, aspiré par la production du bioéthanol aux USA, ne capte toutes les surfaces disponibles et limite ainsi les emblavements en soja. Mais plusieurs signes, dont l'évolution du ratio soja/maïs, pourraient inciter les producteurs à semer du soja » explique Yvon Pennors (Bunge).
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Pour les cinq premiers producteurs mondiaux (Etats-Unis, Brésil, Argentine, Chine, Inde), la croissance de la production est d'environ 3,7 % par an depuis 2002-2003, ce qui couvre tout juste la croissance de la consommation mondiale de tourteaux de soja. Cette dernière est particulièrement tirée par la demande chinoise : la Chine importe 30 Mt de graines (33 Mt attendues pour 2007-2008) qu'elle triture. La croissance de la consommation dépasse 7,5 % par an alors que la production chinoise avoisine 15 Mt annuelles, sauf cette campagne qui a connu un mauvais rendement. La France, qui avait l'habitude d'acheter des tourteaux brésiliens, doit diversifier ses approvisionnements, malgré le débat OGM. En effet, la consommation intérieure brésilienne concurrence les exportations, celles-ci étant de surcroît pénalisées par la logistique. Comme le rappelle Yvon Pennors, le fret connaît une augmentation faramineuse : 25 US dollars/tonne en décembre 2005 pour 92,5 ce mois ci…
« et contrairement aux idées reçues, le prix du pétrole n'a qu'une influence mineure sur le prix du fret. Aujourd'hui, un pétrole gratuit ferait baisser le fret de 10 à 11 US$/t ». Le facteur limitant, est bien la disponibilité des bateaux et le coût des temps d'attente dans les ports. La reconversion de tankers simple coque en vraquiers pourrait contribuer à détendre les prix fin 2008.
« On s'attend à une baisse brutale mais personne ne sait quand ».
L'Europe semblait avoir trouvé, avec les biocarburants et la trituration croissance de colza qu'ils induisent, une nouvelle source d'approvisionnements en protéines. Mais, malgré la croissance des capacités de trituration (notamment Le Mériot, Montoire et bientôt Baleycourt en France), la production pourrait ne pas suivre : dans les arbitrages des producteurs, la rémunération du colza est elle suffisante ? Pour Aurore Le Chatelier (In Vivo) :
« il faudra les motiver pour répondre à la gourmandise des usines de trituration ». Les importations européennes de graines de colza tournent autour de 0,5 Mt. Et la tendance reste haussière avec un colza relativement cher par rapport au soja. Les fabricants d'aliments ont en effet appris à utiliser plus largement ce tourteau alors qu'il en manque et l'importation ne suffit pas à couvrir les besoins.