Sodiaal et surproduction latière : « notre priorité reste la stabilité du prix pour nos sociétaires »
Retour sur une année 2025 marquée par une collecte en demi-teinte et des perspectives 2026 sous tension. Entretien avec Jérôme Aubert, président de la section régionale Massif Central de Sodiaal.
Retour sur une année 2025 marquée par une collecte en demi-teinte et des perspectives 2026 sous tension. Entretien avec Jérôme Aubert, président de la section régionale Massif Central de Sodiaal.
Comment se résume l’année 2025 pour la collecte laitière Sodiaal dans votre région ?
J.Aubert : 2025 a été une année de contrastes. Si la collecte affiche une hausse globale de plus de 3 %, ce résultat cache une réalité en deux temps : les six premiers mois ont été difficiles, avec des volumes inférieurs aux années précédentes, tandis que la deuxième moitié de l’année a connu un rebond exceptionnel, dès le mois de juillet.
Entre octobre et décembre, la collecte a bondi de +12 % par rapport à 2024, portée par des conditions climatiques favorables, des fourrages de qualité, et un prix du lait incitatif en début d’année.
Cela prouve que les éleveurs laitiers savent produire quand les conditions sont réunies.
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Et niveau prix du lait ?
J.Aubert : Le prix moyen payé aux producteurs en 2025 a atteint 468 € les 1 000 litres en base 38-32. En intégrant toutes les primes, y compris celles liées aux laits bio et sous signe de qualité, ce prix moyen s’élève à 501 € les 1 000 litres. Et si l’on ajoute le résultat courant de 38 millions d’euros en 2025, notre clé de répartition a permis de servir un intérêt à la part de 1,95 euro ramené au litre de lait, ainsi qu’une distribution de 1,14 euro pour les volumes produits en 2025.
Au final, Sodiaal aura versé 505 € les 1 000 litres à ses producteurs en cumulant l’ensemble de ces éléments.
Globalement, 2025 semble donc une bonne année mais qui cache une réalité plus contrastée, marquée par une collecte de lait inférieure aux années précédentes sur le premier trimestre...
J.Aubert : Malgré un contexte parfois difficile au cours de l'année, la région reste attractive. En 2025, 40 jeunes se sont installés au sein de Sodiaal, dont un quart en systèmes robotisés. Ces installations, couplées à une amélioration de la productivité par animal grâce à des fourrages de qualité et la robotique, montrent que la filière laitière a de l’avenir.
Les trois départements principaux (Puy-de-Dôme, Cantal et Haute-Loire) représentent 90 % de notre collecte, et la dynamique y est homogène.
Cela dit, les installations ne suffisent pas à compenser les départs à la retraite, qui représentent environ 4 % de baisse annuelle du nombre de producteurs. En revanche, la productivité ou le rendement par animal, est en forte amélioration. C’est un défi structurel que nous devons continuer à relever.
Comment analysez-vous le début d’année 2026, marqué par une production de lait toujours excédentaire ?
J.Aubert :
Je préfère parler de production dynamique.
La collecte reste en effet très soutenue, avec une progression de 10,8 % en janvier-février et de 9 % à fin mars. Cet afflux de lait n’a pas été absorbé par la demande. Les cotations du beurre, de la poudre et des produits de commodité comme l’emmental ou le gouda se sont effondrées.
Cela a mécaniquement fait baisser le prix du lait, qui s’établit aujourd’hui à 400 € les 1 000 litres en avril 2026, contre 450 € en bio.
Cette situation n’est pas propre à notre région, ni même à la France. En Europe, la surproduction a entraîné une baisse généralisée des prix. Entre septembre 2025 et février 2026, le prix du lait a chuté de 57 € en France, contre 111 € en Allemagne. Cela montre à quel point les marchés à l’export notamment sont volatils.
Chez Sodiaal, nous avons choisi de privilégier les Produits de Grande Consommation (PGC) français, qui représentent 50 % de notre mix et offrent une valorisation stable.
Nous avons également investi 27 millions d’euros dans nos outils pour améliorer la valorisation de notre lait, notamment sur le site de Vienne avec une nouvelle ligne de pots de skyr pour Yoplait.
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La FNPL critique un manque d’anticipation et de compétitivité des laiteries face à cette surproduction laitière. Quel est votre avis ?
J.Aubert : Personne n’a anticipé cet afflux de lait, ni les industriels, ni les producteurs, ni même la FNPL. Critiquer a posteriori est facile, et stérile dans le débat, mais la réalité est que cette situation est inédite.
Une collecte en hausse de plus de 10 % (soit +114 millions de litres de lait), c’est du jamais vu, c'était même inimaginable.
La crise est temporaire, et nous travaillons activement pour trouver des débouchés, notamment sur les marchés français où nos produits sont bien valorisés.
Notre priorité chez Sodiaal reste la stabilité du prix pour nos sociétaires.
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Le marché international des commodités est très volatil.
Nous faisons tout pour limiter les fluctuations. Je le rappelle, en France, le prix du lait a moins baissé qu’en Allemagne, ce qui montre que notre stratégie porte ses fruits.
Nous continuons également d’investir massivement dans les PGC et les ingrédients, comme les protéines sériques, pour diversifier nos sources de revenus et réduire notre dépendance à ces marchés.
Des leçons devront-elles être tirées de cette surproduction laitière par les industries ?
J.Aubert : Cette crise est temporaire. Les équilibres devraient se rétablir. Nous ignorons encore de quoi sera fait 2026, notamment sur la qualité des fourrages. Il est crucial que nos sociétaires coopérateurs prennent dès maintenant des mesures simples mais efficaces pour protéger nos outils de production.
Bien évidemment, dans les prochains mois, nous devrons réfléchir à des solutions concrètes pour préserver notre outil coopératif à l’avenir, car le protéger, c’est avant tout protéger nos producteurs.
Sans coopérative, pas de collecte, pas de transformation, pas de valorisation.
La conjoncture peut donc évoluer dans un sens, comme dans l’autre. Ce qui s'est passé l’automne dernier est l'œuvre du dérèglement climatique qui reste une incertitude majeure. Nous devons nous préparer à toutes les éventualités.
Vous avez évoqué le lait bio, qui lui aussi a traversé une crise majeure. Quelle est la situation chez Sodiaal ?
J.Aubert : Le marché du bio montre des signes clairs de reprise, avec une demande qui se redynamise sur l’ensemble des produits. La signature récente d’un partenariat avec le danois Arla confirme cette tendance et renforce notre optimisme. Nous sortons progressivement de la crise qui a touché le secteur ces dernières années.
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