Plus un brin d’herbe, le Puy-de-Dôme face à une catastrophe fourragère ?
L’herbe a disparu, les stocks s’amenuisent, et les prévisions météo ne laissent aucun répit. La sécheresse de 2026 entre d'ores et déjà dans les annales.
L’herbe a disparu, les stocks s’amenuisent, et les prévisions météo ne laissent aucun répit. La sécheresse de 2026 entre d'ores et déjà dans les annales.
Depuis le mois de mars, le Puy-de-Dôme subit un déficit hydrique alarmant. Géraldine Dupic, conseillère fourrage à la Chambre d’agriculture du département, dresse un constat sans appel. « On était déjà entre -50 et -60 % de pluviométrie sur mars, avril, mai. » Là où mai est habituellement le mois le plus pluvieux de l’année, bien plus que les mois d’hiver, il s'est montré déficitaire cette année. Avec l’ajout de juin, marqué par des « températures extrêmes », le déficit atteint désormais « 90 à 95 % par rapport à la normale ». Les conséquences sur les pâturages sont dramatiques.
La pousse printanière accuse un recul de 33 % en plaine, 23 % en demi-montagne et 40 % en montagne » explique la conseillère.
Ces chiffres s’expliquent non seulement par le manque de pluie et les fortes températures mais aussi par deux vagues de froid intenses, dont une fin avril et autour de l’Ascension, où le thermomètre a chuté brutalement, avec même des chutes de neige.
Ces phénomènes extrêmes ont aggravé la situation et ralentissent encore davantage la pousse de l'herbe », souligne Géraldine Dupic.
Des prairies « grillées » dès début juillet et un avenir incertain
Aujourd’hui, les prairies du département sont « complètement grillées », y compris à des altitudes élevées. « Hier encore, certaines parcelles à la Tour d’Auvergne conservaient un peu de verdure, mais d’ici huit jours, s’il ne pleut pas, il n’y aura plus rien ». Des orages sont annoncés mais chaque jour qui passe les voit s'éloigner.
« Les prairies ont une grande capacité à se régénérer, contrairement à d’autres cultures comme le maïs », rappelle Géraldine Dupic. Une fois les pluies de retours, les racines pourront se réhydrater, se reconstruire, et les parties encore vertes des plantes reprendre leur croissance.
Si des parties vertes subsistent, on peut espérer une reprise en un mois et demi. Sinon, il faudra au minimum deux mois, et encore, avec des pluies considérables », précise-t-elle.
Par « pluies considérables », la conseillère entend au moins 50 mm, idéalement répartis sur plusieurs jours pour permettre aux sols de se réhydrater en profondeur, bien loin de ce qu'un orage soudain peut apporter.
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Des stocks fourragers en tension et des solutions limitées
Les bilans fourragers sont indéniablement déjà en souffrance.
Les premières coupes de foin ont été correctes dans certaines zones, mais « en altitude, les rendements ont été inférieurs à la normale à cause du froid », explique la conseillère. Les deuxièmes coupes, quant à elles, ont souvent été utilisées directement pour nourrir les animaux, réduisant d’autant les réserves.
« Si la situation perdure, les stocks ne suffiront pas pour passer l’hiver », avertit Géraldine Dupic. Certains éleveurs nourrissent déjà leur bétail depuis trois semaines, voire un mois.
Compter juin, juillet, août, cela représente trois mois de stock supplémentaire. Même avec un petit excédent de l’an dernier, le déficit sera important. »
Quant au maïs ensilage, espérance de rattrapage pour certains, la situation est peu encourageante. « En plaine, ils sont déjà en floraison. Il sera difficile de rattraper le retard », estime-t-elle. En altitude, un léger espoir subsiste, mais les conseils se limitent à évaluer l’état des cultures. « On regarde s’il reste des feuilles vertes, car c’est ce qui permet à la plante de continuer à pousser. »
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Le surpâturage, un danger aussi grave que la sécheresse
Face à cette pénurie d’herbe, les éleveurs sont tentés de laisser leurs animaux brouter les rares parcelles encore vertes. « C’est une erreur », met en garde Géraldine Dupic.
Le surpâturage aggrave la dégradation des prairies. Les racines, déjà affaiblies par la sécheresse, sont arrachées par les animaux. Cela crée des trous dans le couvert végétal, favorisant la pousse d’espèces indésirables. » La conseillère recommande « de sacrifier une parcelle et d'affourrager les animaux pour préserver les autres prairies. »
Une crise nationale et de sombres perspectives
Le Puy-de-Dôme n’est pas un cas isolé. « Toute la France est touchée », confirme Géraldine Dupic.
Les solutions habituelles, comme l’achat de fourrage dans d’autres régions ou à l’étranger (luzernes d’Espagne, par exemple), semblent compromises cette année. « Les disponibilités en fourrage sont très limitées partout. » La sécheresse est d'envergure européenne.
À cela s'ajoute un contexte économique avec lequel les éleveurs doivent aussi composer. Certains ont déjà commencé à réformer des animaux.
Le risque c’est de voir une augmentation des sorties qui va finir de tirer les prix de la viande vers le bas » craint-elle.
Quant aux solutions alternatives, comme nourrir les animaux avec des branches de frêne, « c’est illusoire de compter uniquement là-dessus », même si cela peut, dans une moindre mesure, compléter l’alimentation et économiser un peu de foin. « Il en faudrait énormément, et tous les éleveurs n’ont pas accès à ce type de ressource. »
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Un message d’espoir malgré tout
Malgré la gravité de la situation, Géraldine Dupic rassure. « Les prairies ont une résilience remarquable. Si les pluies reviennent, elles sauront se régénérer. » Reste à espérer que la météo sera clémente dans les semaines à venir. « À l’automne, avec des jours plus courts et des températures moins élevées, l’impact de la sécheresse sera moins fort. » En attendant, les éleveurs du Puy-de-Dôme, comme ceux de toute la France, retiennent leur souffle.