Marc Bloch, un Creusois d'adoption dans le temple des grands Hommes
Historien et citoyen engagé, Marc Bloch est entré au Panthéon le 23 juin dernier. Le résistant avait noué une relation particulière avec la Creuse où il possédait depuis 1930 une maison dans le village du Bourg-d’Hem, où il est enterré avec son épouse.
Historien et citoyen engagé, Marc Bloch est entré au Panthéon le 23 juin dernier. Le résistant avait noué une relation particulière avec la Creuse où il possédait depuis 1930 une maison dans le village du Bourg-d’Hem, où il est enterré avec son épouse.
Le 16 juin 1944, l’historien et résistant juif Marc Bloch était exécuté par la Gestapo
Son épouse, Simonne, succombera à la maladie un mois après. 82 ans plus tard presque jour pour jour, fidèle à sa devise qui trône à son fronton, « Aux grands Hommes, la patrie reconnaissante », Marc et Simonne Bloch sont entrés au Panthéon. Le couple a ainsi rejoint les 84 autres grands Hommes (77 hommes et 7 femmes) parmi lesquels René Cassin, Marie Curie-Sklodowska, Alexandre Dumas, Victor Hugo, Joséphine Baker ou encore Robert Badinter (entré le 9 octobre).
Marc Bloch et son épouse Simonne sont toujours inhumés au Bourg-d'Hem
Le cercueil était cénotaphe car Marc Bloch et son épouse sont toujours inhumés au Bourg-d'Hem, petit village du nord de la Creuse de 200 âmes où la famille de Marc Bloch avait trouvé refuge pendant la guerre dans la maison de campagne familiale. La bourgade était devenue comme une terre d'adoption pour Marc Bloch.
Ses cendres y ont été déposées en 1977, soit 33 ans après sa mort. Depuis, chaque année, pour la date anniversaire de sa disparition, des dizaines de Creusois se réunissent au-dessus de sa tombe entonnant en chœur le chant des partisans. Le 16 juin dernier, la cérémonie a revêtu une dimension nouvelle, car se déroulant seulement quelques jours avant la Panthéonisation.
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Qui était Marc Bloch ?
Guy Avizou, professeur d'histoire agrégée, et vice-président de la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, dont fut membre Marc Bloch a à coeur de conserver la mémoire du résistant : « Marc Bloch était un grand marcheur. On a plusieurs témoignages qui nous disent qu'il n'hésitait pas à s'entretenir avec de simples paysans. Il était un spécialiste de l'Histoire rurale. Tout ce qui constitue le paysage rural, comment il s'est formé au travers des siècles, tout ça le passionnait ».
Marc Bloch est professeur de lycée quand éclate la Première Guerre mondiale
Né le 6 juillet 1886 dans une famille juive alsacienne ayant fait le choix de la France en 1870, Marc Bloch entre, comme son père avant lui, à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1904, puis est reçu à l’agrégation d’histoire et de géographie en 1908. Il est professeur de lycée lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, où il combat, sur le front, au début comme sergent.
Revenu avec le grade de capitaine, il reprend et achève sa thèse, consacrée aux serfs d’Île-de-France et à leur affranchissement par les Capétiens, et devient maître de conférences à l’université de Strasbourg en 1919. Professeur dans cette université entre 1921 et 1936, il publie en 1924 l’un de ses ouvrages majeurs, Les Rois thaumaturges, fonde avec Lucien Febvre la revue des Annales (1929), véritable tournant pour les sciences humaines et sociales. « C'est quelqu'un qui a complètement renouvelé l'approche de la recherche historique », insiste Guy Avizou. Son épouse Simonne, née Vidal, l'accompagne activement dans toutes ses recherches, classe ses documents. Comme son mari, elle participera aux deux guerres en s'engageant comme infirmière.
En 1931, Marc Bloch poursuit son étude de l’histoire rurale du Moyen Âge au travers des Caractères originaux de l’histoire rurale française. En 1937, il occupe la prestigieuse chaire d’histoire économique de la Sorbonne, poste qu’il perd avec l’arrivée du maréchal Pétain au pouvoir et la promulgation du statut des juifs en octobre 1940.
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Servir la France jusqu'au bout
Celui qui s’était engagé volontaire pour servir une nouvelle fois la France, malgré son âge, la maladie et une famille nombreuse, n’est réintégré dans ses fonctions qu’en janvier 1941, mais comme simple chargé de cours à l’université de Strasbourg, repliée à Clermont-Ferrand, puis à l’université de Montpellier.
L'effondrement militaire du pays et le naufrage de la IIIe République lui inspirent L’Étrange défaite, et malgré des conditions de travail particulièrement difficiles, il écrit entre 1940 et 1943, son plaidoyer pour la méthode historique et le métier d’historien (Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien), qui, comme L’Étrange défaite, paraît de manière posthume après la guerre.
Entré dans la clandestinité et engagé dans la Résistance à partir de 1943, il est arrêté le 8 mars 1944 à Lyon, torturé et exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944.
« Pour lui, l'Histoire n'est pas simplement celle des grands hommes, des événements, des batailles, etc. C'est d'abord l'histoire des sociétés replacées dans le contexte de leur époque ».
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Une exposition sur Marc Bloch à découvrir à Dun-le-Palestel
Jusqu'au 30 novembre, l'Office de tourisme de Dun-le-Palestel accueille l'exposition « Marc Bloch en Creuse ».
« La volonté de cette exposition était d'une part de marquer l'entrée au Panthéon. La seconde chose, c'était de travailler avec la famille sur l'histoire de Marc Bloch, qui était très attaché à la Creuse », explique Pierre Veysseix, directeur de l’office du tourisme du pays dunois. Cette exposition ne se contente pas de retracer une biographie, mais elle explore la genèse d'un engagement moral et politique majeur.
Elle démontre comment Bloch, l'un des plus grands historiens du XXe siècle, a utilisé sa crise personnelle vécue en Creuse pour forger une analyse percutante (L'Étrange Défaite) et, finalement, pour transformer ce lieu de refuge en un tremplin pour la Résistance armée. L'exposition servira d'hommage au citoyen exemplaire et à la force de l'analyse historique face au chaos, tout en valorisant la Creuse non pas comme un lieu d'isolement, mais comme le creuset de la réaffirmation de l'identité française résistante.
Entrée gratuite. Ouvert du 6 juillet au 23 août 2026 : du lundi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 heures à 17 h 30 et le dimanche de 9 h 30 à 13 h 30. Du 24 août au 31 octobre 2026 : du mardi au vendredi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 heures et le samedi de 9 heures à 12 h 30. En novembre 2026 : du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30.
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