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Exposition : « Ressusciter la mémoire : l’histoire oubliée du Saillant »

Au cœur de l’exposition temporaire qui se déroule au Musée Edmond Michelet de Brive, un récit poignant émerge. Cette exposition, qui s’étale du 11 mai 2026 au 23 janvier 2027, met en lumière un événement tragique et souvent oublié : la rafle du Saillant, survenue le 15 avril 1944. Ce moment de l’histoire locale, où des habitants ont subi la brutalité des forces nazies, soulève des questions essentielles sur la mémoire et la reconnaissance.

Affiche de la BD

Le combat de Jean-Michel Valade

Jean-Michel Valade, historien et auteur, a consacré une partie de sa vie à ressusciter les souvenirs de ces victimes, dont beaucoup ont été oubliées par le temps.
 

Mon engagement pour cette cause est né d’un profond respect pour ceux qui ont souffert », confie-t-il, les yeux brillants d’émotion.
« Après de nombreuses recherches vaines, j’ai écrit un roman pour raconter leur histoire, mais j’ai vite compris qu’il fallait aller au-delà des mots. La mémoire ne doit pas s’éteindre. »

 

La tragédie de la rafle du Saillant

La rafle du Saillant est un épisode tragique qui a marqué la communauté. Ce jour-là, le village, situé à la croisée des chemins entre la Dordogne, la Corrèze et la Haute-Vienne, a été encerclé par la brigade nord-africaine de Bonny et Lafont, la gestapo française. Les habitants ont été rasemblés sous prétexte de contrôle de papiers, mais l’objectif réel était de traquer les résistants et de capturer les Juifs.

Au total, vingt et un otages ont été arrêtés et interrogés ; plusieurs d’entre eux seront ensuite déportés. Le 14 avril 1985, une stèle est inaugurée pour commémorer ces événements. Toutefois, les noms des cinq personnes juives déportées et disparues n’y figurent pas.

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Honorer la mémoire des oubliés

« Ces hommes ont été déportés vers le camp d’Auschwitz », explique Thierry Pradel, le directeur du musée.
« Quatre d’entre eux n’ont jamais été revus. Seul un a survécu à l’horreur des camps. »
Cette réalité a longtemps été ignorée, ajoutant une couche de douleur à une mémoire déjà fragile.

Jean-Michel souligne :
 

C’est un devoir de mémoire que nous avons envers ces personnes. Leur histoire mérite d’être racontée et honorée. »

 

Un geste mémorable de reconnaissance

La redécouverte de ces noms a été rendue possible grâce à l’engagement de Jean-Michel Valade. En 2014, lors d’une commémoration de la rafle, Nicole Poulverel, alors maire de Voutezac, a cité publiquement les noms des cinq Juifs oubliés.
« C’était un moment fort et symbolique », se souvient Jean-Michel.
« Cela a permis de donner une voix à ceux qui avaient été réduits au silence. »
Ce geste, bien plus qu’une simple formalité, a marqué un tournant dans la reconnaissance de cette tragédie locale.

 

Une quête de mémoire et de lien

La démarche de Jean-Michel Valade ne s’est pas arrêtée là. En tenant un blog sur ses recherches, il a partagé son histoire et ses découvertes. Peu après avoir publié un article intitulé « Les Juifs oubliés du Saillant », il a reçu un appel inattendu. Un jeune journaliste parisien, arrière-petit-fils de l’un des Juifs raflés, a pris contact avec lui.
« Cela a été un choc, un véritable tournant dans ma quête de mémoire », raconte Jean-Michel.
 

Grâce à ce contact, nous avons pu rétablir des liens, mais surtout, nous avons pu honorer la mémoire de ces familles. »

 

Une collaboration artistique

Dix ans plus tard, il rencontre Antoine Quaresma, un illustrateur de bande dessinée, et lui propose de s’associerpour transformer le livre en BD.
« Lorsque Jean-Michel m’a proposé d’adapter son roman en bande dessinée, j’ai immédiatement senti que c’était une opportunité précieuse », explique Antoine, avec enthousiasme.
 

La bande dessinée permet de toucher un public plus large, et surtout les jeunes. C’est une façon de rendre ces événements accessibles et compréhensibles. »

 

Une stèle évocatrice

La stèle, qui trône dans la première salle de l’exposition, représente une reproduction à l’échelle de la stèle originaleérigée au Saillant.
 

Cette stèle symbolise non seulement le devoir de mémoire, mais aussi le combat de Jean-Michel pour redonner une voix à ceux qui ont souffert », souligne Thierry Pradel.
« Chaque visiteur qui s’arrête devant elle est confronté à l’histoire, et cela suscite des émotions. C’est un appel à ne pas oublier. »

 

Une dimension visuelle et émotionnelle

Antoine, en tant qu’artiste, a apporté une dimension visuelle à cette histoire.
« En travaillant à partir des récits de Jean-Michel, j’ai cherché à capturer l’essence de ces personnages. Chaque case doit raconter une histoire à part entière », dit-il avec passion.
Sa bande dessinée, qui allie art et mémoire, devient ainsi un pont entre le passé et le présent.

 

Une immersion dans l’histoire

L’exposition ne se limite pas à la bande dessinée et à la stèle. Elle intègre des objets historiques et des photographies qui plongent le visiteur dans le contexte de l’époque.
« Je veux que les gens ressentent une connexion avec ces événements, qu’ils comprennent que cela s’est passé ici, chez eux », insiste le directeur.
 

Chaque objet, chaque image, raconte une histoire, et cela renforce le récit que nous voulons transmettre. »

 

Un outil pédagogique

L’importance de cette exposition réside également dans son rôle éducatif. Elle est conçue pour accueillir des classes scolaires, permettant aux élèves de s’engager avec l’histoire de leur région.
 

La transmission de la mémoire historique est cruciale pour éviter que de telles tragédies ne se reproduisent », rappelle Jean-Michel.
« En voyant les élèves interagir avec ces récits, je ressens un espoir. C’est notre responsabilité d’assurer que ces histoires ne tombent pas dans l’oubli. »

Antoine abonde dans ce sens :
 

J’espère que les jeunes qui découvriront notre travail réfléchiront à ces événements, à la façon dont ils ont façonné notre société actuelle. La bande dessinée, c’est un outil puissant pour éveiller les consciences. »

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Une aventure humaine

En somme, l’exposition au Musée Edmond Michelet est bien plus qu’un simple événement culturel. Elle représente un acte de résistance contre l’oubli, une célébration de la mémoire et un appel à la reconnaissance des souffrances passées. En combinant littérature, art et histoire, elle invite chacun à réfléchir sur son propre rapport à la mémoireet à la justice, tout en honorant ceux qui ont souffert sur cette terre.

« C’est une belle aventure humaine », conclut Jean-Michel avec un sourire.
« Et je suis honoré de la partager avec Antoine et l’équipe du musée. »

 

Musée Edmond Michelet, 4 rue Champanatier, 19100 Brive. Tél. 05 55 74 06 08 

Le musée est installé dans la maison familiale d’Edmond Michelet, résistant et homme d’État. Il est consacré à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il accueille des expositions temporaires et une exposition permanente présentant le parcours d’Edmond Michelet à travers des documents d’archives originaux, des photographies et des objets personnels. Dans cette maison qui a autrefois accueilli pendant la guerre des réfugiés et des résistants, on accueille aujourd’hui des visiteurs pour transmettre cette mémoire. 

L’entrée est gratuite et une dédicace de la bande dessinée « Mémoire de Pierre » est prévue avec les auteurs le 4 juillet à 17 h. 

La stèle de Jean-Michel Valade 

Mémoire de Pierre d’Antoine Quaresma et Jean-Michel Valade

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