Pastoralisme et loup : le dialogue s’installe entre éleveurs et élus autour de l’œuvre LOUP
Depuis vingt ans, Horizons Arts-Nature en Sancy transforme le massif en un musée à ciel ouvert, où l’art rencontre la nature. Cette année, une œuvre en particulier a ouvert un débat urgent sur la coexistence entre pastoralisme, tourisme et biodiversité.
Depuis vingt ans, Horizons Arts-Nature en Sancy transforme le massif en un musée à ciel ouvert, où l’art rencontre la nature. Cette année, une œuvre en particulier a ouvert un débat urgent sur la coexistence entre pastoralisme, tourisme et biodiversité.
Au sommet d’un puy près de Chastreix, LOUP, une sculpture de quatre mètres de haut en bois et racines de vigne, inspirée de la légende locale du « Loup de Courlande » domine la vallée. Pour l’artiste franco-américain Matthew Burton, il s’agissait de rendre hommage à un récit où la ruse triomphe de la force, scellant un pacte symbolique entre l’Homme et la forêt. Dans un département où la prédation des troupeaux par les loups a connu une recrudescence alarmante en 2025 et 2026, cette œuvre a été reçue par les éleveurs ovins comme une provocation.
Voir ce loup gigantesque dominant la vallée, érigé sur une parcelle agricole, ça fait mal au cœur », confie Richard Randanne, président de la Fédération départementale ovine. « Le pastoralisme est primordial à l’activité économique et touristique du massif du Sancy. Aujourd’hui, les troupeaux sont sans cesse dérangés par le tourisme et maintenant le loup s'ajoute à l'équation. Alors voir cette statue, oui, c'était un peu violent. »
L’art comme terrain de rencontre
Plutôt que de tomber dans la radicalité d’une polémique, la Fédération départementale ovine et ses éleveurs ont choisi d’engager le dialogue.
Nous ne voulons pas rompre avec les acteurs du territoire », précise Richard Randanne. « Au contraire, nous avons saisi l’occasion pour communiquer sur le pastoralisme et le défendre. »
Le représentant a rencontré élus et acteurs du tourisme du territoire dans ce cadre. Un panneau explicatif équipé d'un QR code a ainsi été installé au pied de la statue. Il renvoie désormais vers le site internet de l’Office de tourisme où une page dédiée au pastoralisme est publiée. Richard Randanne a également rencontré et dialogué avec l'artiste.
Il nous a assuré qu’il n’était ni pour ni contre le loup. Son œuvre n’a rien de politique », rapporte-t-il.
Frédéric Échavidre, maire de Picherande et président de la Communauté de communes du Massif du Sancy, abonde dans ce sens.
L’œuvre du loup a provoqué une petite secousse au début mais l’art abstrait n’a pas de lien avec l’actualité. C’est une légende locale, une ouverture vers l’imaginaire. »
Pour lui, cette sculpture a finalement servi de point de départ à une discussion plus large.
Ce loup a remis du dialogue. Nous avons travaillé avec la FDO pour mettre en avant le pastoralisme et ses enjeux au sein du territoire. »
Un territoire en équilibre fragile
Le massif du Sancy, où l’agriculture, le thermalisme et le ski coexistent depuis des décennies, doit aujourd’hui composer avec l'extension du tourisme sur les quatre saisons. Les troupeaux qu'ils soient ovins ou bovins sont les premiers à subir les conséquences de cette affluence.
Les beaux paysages sont là grâce au pastoralisme mais la réalité des éleveurs face au loup est inquiétante pour la vie dans le massif » souligne Frédéric Echavidre.
L’art, ici, joue un rôle inattendu.
« Nous avons choisi d’ouvrir le dialogue », rappelle l'élu qui salue l'initiative. « L’approche intelligente de la FDO a permis de s’en sortir par le haut. »
Preuve de cette volonté de collaboration, les représentants des éleveurs ovins ont été invités à l’inauguration des œuvres et plusieurs projets de collaboration sont dans les tuyaux notamment une fête pour la descente des troupeaux en estives.
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Horizons : 20 ans de création et de débat
Depuis 20 ans maintenant, Horizons Arts-Nature en Sancy sélectionne chaque année 10 œuvres éphémères. Pour l’édition en cours, le comité de sélection a dû choisir entre 260 candidatures en provenance de 36 pays.
L’objectif principal est d’amener la culture dans notre territoire, de créer du lien et d’inciter les visiteurs à explorer tous les versants du massif », explique Frédéric Échavidre. « Les œuvres sont réparties dans les quatre coins de la communauté de communes. Elles suscitent l’envie, créent une attractivité. »
La prochaine édition pourrait-elle être orientée davantage vers le pastoralisme et l'importance de cette activité dans le territoire ? Frédéric Échavidre n'en est pas certain. « Nous risquons de trop orienter le travail des artistes et de perdre la diversité artistique acquise. »
LOUP restera comme un symbole des défis auxquels le Sancy doit faire face. « Nous travaillons encore aujourd’hui avec l’Office de Tourisme et les élus locaux pour mettre davantage en avant le pastoralisme et œuvrer à sa préservation », conclut Richard Randanne.
« L’art a provoqué, mais il a surtout ouvert une porte. » Une porte vers un dialogue essentiel pour l’avenir du massif et de son pastoralisme.
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