Les premières rencontres des produits de montagne rassemblent !
Le 27 mars dernier, une rencontre a réuni les acteurs des filières des produits de montagne. Organisée par l’Association Altitude, en partenariat avec le Cniel, Inaporc et VetAgro Sup, cette matinée d’échanges a permis de mettre en lumière les enjeux liés à la promotion des « produits de montagne » et de valoriser leurs spécificités.
Le 27 mars dernier, une rencontre a réuni les acteurs des filières des produits de montagne. Organisée par l’Association Altitude, en partenariat avec le Cniel, Inaporc et VetAgro Sup, cette matinée d’échanges a permis de mettre en lumière les enjeux liés à la promotion des « produits de montagne » et de valoriser leurs spécificités.
L'agriculture et l'agroalimentaire : piliers de l'économie montagnarde
Les filières agricoles occupent une place centrale dans les territoires de montagne, où elles structurent fortement l’économie locale.
Un poids agricole majeur en France
- 89 % de la SAU dédiée au fourrage ;
- 20 % du lait produit en France ;
- 26 % des élevages allaitants ;
- 1/3 des brebis françaises ;
- 91 % du lait de brebis produit en France ;
- 37 % des élevages de caprins ;
- 4 % des porcs français.
La montagne représente 12% de la population et 30% du territoire métropolitain ce qui en fait un espace stratégique pour les filières agricoles et agroalimentaires.
Un moteur d’emploi dans des territoires peu diversifiés
Dans des zones où les activités économiques sont souvent limitées, l’agriculture et l’agroalimentaire jouent un rôle essentiel en matière d’emploi.
Quelques chiffres
- 150 000 personnes travaillent dans les exploitations agricoles montagnardes ;
- 1,84 actifs par exploitation ;
- 39 000 emplois directs ou indirects dans la filière laitière ;
- 6 000 emplois directs et indirects en porc ;
- Présence d’entreprises d’eaux de source et d’eaux minérales naturelles dans tous les massifs français.
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Malgré une économie dynamique, des fragilités persistent
La filière laitière, un indicateur clé des tensions
En 2021, le Cniel a alertait déjà sur un risque majeur : le déclin de la production laitière en zone de montagne.
Effectivement, malgré le dynamisme des filières agricoles et agroalimentaires en zone de montagne, des déséquilibres structurels demeurent. Un décrochage durable de ces filières pourrait accentuer une forme d’« archipélisation » des territoires. Autrement dit, certaines zones risqueraient alors de se retrouver progressivement isolées sur le plan économique et social.
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Ce phénomène s'explique notamment par les contraintes naturelles et des coûts de production plus élevés. Dans ce contexte, les territoires de montagne doivent poursuivre leurs efforts de structuration en s’appuyant sur des leviers économiques, fiscaux et réglementaires adaptés, indispensables pour assurer la pérennité des activités agricoles et agroalimentaires.
Depuis dix ans, la collecte de lait recule en France, avec une baisse plus marquée en zone de montagne :
- -3 % en plaine ;
- -6 % en montagne.
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Une démarche collective pour reconnaitre officiellement les produits de montagne
Vers une reconnaissance officielle et valorisée à travers le logo "produit de montagne"
Face à ces enjeux, les acteurs des filières souhaitent faire évoluer cette perception en structurant une identité commune autour d’un logo distinctif « produit de montagne ».
Cette reconnaissance officielle repose sur plusieurs objectifs clés :
- Garantir l’origine des produits et leur ancrage territorial, non délocalisable ;
- Soutenir l’économie locale et préserver les emplois en zone de montagne ;
- Répondre aux enjeux climatiques et environnementaux, grâce à des systèmes de production souvent plus extensifs et durables ;
- Valoriser un patrimoine culturel et gastronomique unique, à préserver et transmettre.
« Notre mission aujourd'hui est de fédérer un maximum d'acteurs pour trouver les financements pour promouvoir et développer les produits de montagne », explique Stéphane Joandel, président d'Altitude.
Le collectif Altitude pour donner de l'élan à la dénomination "montagne"
L'association Altitude est née en 2002 avec une ambition : défendre les produits les montagnes et les fédérer autour d'un étendard commun, le logo "produits de montagne".
À l’origine, l'idée qui reste d'actualité aujourd'hui, était de trouver un débouché valorisant pour la production agricole de montagne, dans la mesure où seule 25 % de cette production est couverte par un signe officiel de qualité et d'origine (SIQO). Un logo « produit de montagne » peut coexister avec les autres signes officiels de qualité tels que Agriculture Biologique, Appellation d’Origine Protégée (AOP), Indication Géographique Protégée (IGP) ou encore label rouge.
Quatre filières nationales, le lait, le porc, les eaux de source, et la viande bovine adhèrent dès le départ à la démarche. Vingt ans après, alors que le différentiel de compétitivité subsiste pour les produits de montagne, il s'agit d'aller plus loin.
En 2025, dix-neuf entreprises, dix-sept en lait et deux en porc, utilisent ou veulent utiliser le logo.
« Aujourd'hui, dix-neuf entreprises souhaitent utiliser le logo produit de montagne, ce n'est qu'un début. Nous devons accompagner cet élan collectif ».
Stéphane Joandel, président d'Altitude
Un levier stratégique pour les territoires
La reconnaissance des produits de montagne ne se limite pas à un simple outil marketing. Elle constitue un véritable levier de développement territorial, permettant de renforcer l’attractivité des massifs, de sécuriser les filières et de mieux répondre aux attentes des consommateurs en quête d’authenticité et de traçabilité.
« Ne pensons pas à nos intérêts personnels. Pensons à l'intérêt général car c'est dans le collectif que chacun y trouvera son compte. »
Stéphane Joandel
Les produits de montagne ont du potentiel auprès des consommateurs
Comme l'a indiqué Romain Le Texier, du Cniel : « D'après l'étude que nous avons commandité auprès d'Audirep, même si la notion de produits de montagne reste floue pour les consommateurs, essentiellement on suppose, faute de visibilité massive du logo, la présence de la mention « Produit de Montagne » inciterait deux tiers des répondants à choisir ce produit plutôt qu’un autre, une influence particulièrement marquée pour la raclette, moins pour le lait. Près d’un Français sur deux serait prêt à payer plus cher pour un produit porteur du label Produit de Montagne ».
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Résultats de l'étude Audirep
Impact de la mention "produit de montagne" :
- 74 % trouvent que la mention permet de distinguer un produit par rapport à un autre ;
- 66 % seraient incité à acheter un produit labellisé plutôt qu'un autre ;
- 47 % se déclarent prêts à payer plus cher pour un produit labellisé "produit de montagne" ;
- 53 % des intérogé(e)s estiments que le plus impactant sur un packaging est l'alliance du logo et de la mention écrite.
Cependant, ces résultats sont à prendre avec des pincettes. Dans le contexte géopolitique impactant déjà le pouvoir d'achat des citoyens français, il est imaginable que ce que déclarent les témoins de cette étude ne soit pas totalement en adéquation avec l'acte d'achat en grande surface.
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La suite ?
En résumé, les participants à ces premières rencontres des produits de montagne se sont accordés sur plusieurs points :
- Les produits de montagne avec le logo d’ALTITUDE ont les atouts nécessaires pour se démarquer auprès des consommateurs ;
- Organiser une démarche collective autour d’un logo commun est une méthode plébiscitée ;
- La reconnaissance des produits de montagne dans la loi Egalim, au même titre que le bio ou les labels, au titre de l'alimentation durable peut ouvrir le marché de la restauration hors foyer (RHF) ;
- Un partenariat européen est souhaitable pour renforcer encore la reconnaissance de ce signe de qualité européen ;
- Enfin, l’accompagnement financier de la mention "produits de montagne" par les pouvoirs publics est indispensable, comme c’est le cas pour d’autres mentions.
Jean-Pierre Vigier, député de la Haute-Loire et président de l'Association nationale des élus de la montagne (ANEM) en est non seulement convaincu mais compte bien oeuvrer en ce sens : « Tous les ingrédients sont là pour réussir. Nous devons imaginer des dispositifs pour accompagner les producteurs, les transformateurs. Si nous ne bougeons pas, le coût de la disparition de l'activité agricole en montagne sera bien plus plus préjudiciable, d'un point de vue économique, social, environnemental ». Et de citer l'exemple de la Roumanie, qui fort d'un appui conséquent de l'Etat, déploie une promotion efficace de ses produits de montagne.
En conclusion, Jean-Pierre VIGIER s’est engagé à appuyer la démarche des filières agricoles et agroalimentaires de montagne :
Nous devons envisager des dispositifs d'exonération fiscale et sociale pour la montagne. L'Etat français doit être au rendez-vous pour ne pas abandonner les richesses de ses territoires.
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