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Bovins viande : prix des broutards – la section bovine dénonce un braquage organisé

Avec 1,50 € de chute, le broutard dévisse depuis la fin du printemps. Une situation dénoncée avec force par la FDSEA de la Corrèze, qui y voit une baisse artificielle des cours, totalement déconnectée des fondamentaux du marché.

broutards
© istock

Pour Laurent Boisset, président de la section bovine de la FDSEA 19, cette dégradation des prix est d’autant plus inacceptable qu’elle intervient dans un contexte où l’offre française de bovins reste structurellement insuffisante.

 

Des fondamentaux de marché solides

La Fédération Nationale Bovine (FNB) rappelle que la décapitalisation du cheptel français se poursuit depuis plusieurs années. Plus d’1,3 million de vaches ont disparu depuis 2016, et les naissances continuent de reculer. Sur la campagne 2024-2025, près de 300 000 veaux, pour des raisons sanitaires, ont manqué à l’appel, sans véritable rattrapage depuis.

Parallèlement, la consommation de viande bovine progresse légèrement au premier trimestre, et les importations françaises ne compensent pas cette baisse de production. Les disponibilités en animaux maigres comme en animaux finis sont donc durablement orientées à la baisse.

Tous les indicateurs sont au vert pour les producteurs. Les engraisseurs italiens continuent à chercher des animaux, les exportations se poursuivent, et les abattages restent soutenus malgré la réduction du cheptel. Dans ces conditions, personne ne peut justifier une telle dégringolade des cours », souligne Laurent Boisset.

 

Un manque à gagner considérable pour les élevages

Comme le relève la section bovine de la FDSEA de la Corrèze, une baisse de 1,50 €/kg sur un broutard de 400 kgreprésente une perte de l’ordre de 600 € par animal. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les charges restent élevées. Les coûts de l’énergie, des engrais et de l’alimentation animale demeurent sous tension, tandis que la sécheresse précoce réduit les ressources fourragères dans de nombreux territoires.

Dans nos exploitations, les charges ne baissent pas. Au contraire, nous devons déjà anticiper des achats de fourrages ou complémenter les animaux plus tôt que prévu », insiste Laurent Boisset.

 

À qui profite le “crime” ?

C’est la question que se posent aujourd’hui les éleveurs. Car si les prix payés aux producteurs reculent fortement, rien ne laisse penser que la valeur disparaît réellement de la filière. Selon les analyses présentées par la FNB, les baisses enregistrées ces dernières semaines représentent un transfert massif de valeur au détriment des éleveurs et au bénéfice de l’aval.

Sur le marché des jeunes bovins viande, la baisse cumulée des cotations représente ainsi plus de 27 millions d’euros retirés aux producteurs. Pour les vaches viande, le manque à gagner dépasse 16 millions d’euros. Au total, toutes catégories confondues, la FNB estime que le “magot” engrangé par l’aval de la filière dépasse 52 millions d’euros, soit plus de 500 000 euros par jour depuis le début de la baisse des cours.

Sur le seul marché des broutards exportés vers l’Italie, la FNB chiffre le manque à gagner à plus de 25 millions d’euros en huit semaines, soit près de 450 000 euros par jour. Chaque semaine, environ 17 500 broutards sont concernés par ces transactions.

Pour Laurent Boisset, ces chiffres illustrent parfaitement le décalage entre les discours alarmistes de certains opérateurs et la réalité économique du marché :
 

On nous explique que les prix doivent baisser alors que les animaux manquent partout. Les Italiens continuent d’acheter, les exportations tournent, les abattoirs ont besoin de viande. Alors les millions d’euros perdus par les éleveurs ne sont pas perdus pour tout le monde ! C’est exactement pour ça que nous parlons de hold-up ».

 

Refuser la spirale à la baisse

Face à cette situation, le réseau syndical appelle les éleveurs à ne pas céder à la panique et à défendre la valeur de leurs animaux.
 

Nous demandons aux éleveurs de rester vigilants. Les prix doivent refléter la réalité de l’offre et de la demande, pas des stratégies opportunistes de certains opérateurs. La contractualisation aurait, à ce jour, toute sa légitimité ! », martèle le président de la section bovine de la FDSEA 19.

A lire aussi : Broutards : faire face aux affres d’un marché déstructuré

Des solutions à inscrire dans la loi

Au-delà de la crise actuelle, la profession souhaite obtenir des garanties durables pour mieux protéger le revenu des éleveurs. La FDSEA de la Corrèze défend notamment l’instauration d’un tunnel de prix et d’un prix plancher adossés aux coûts de production dans le cadre de la loi d’urgence agricole.

Pour Emmanuel Lissajoux, président de la FDSEA 19, la répétition de ces épisodes démontre les limites du fonctionnement actuel de la filière :
 

On ne peut pas demander aux éleveurs d’investir, de s’adapter, de renouveler les générations et, dans le même temps, accepter que leur rémunération dépende des stratégies commerciales de quelques opérateurs. La prise en compte des coûts de production doit devenir une règle, pas une exception. Les éleveurs doivent pouvoir vivre de leur travail et avoir de la visibilité sur l’avenir ».

Pour le syndicat, le message est sans ambiguïté : dans un contexte marqué par la décapitalisation du cheptel, la raréfaction des animaux et une demande toujours présente, rien ne justifie une baisse artificielle des cours.

A lire aussi : Broutards : le carton rouge des JA du Cantal à la filière


« Le “braquage” que nous dénonçons doit cesser afin que la valeur créée dans les élevages revienne enfin à ceux qui la produisent », conclut le représentant syndical.

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