Aller au contenu principal

Broutards : le carton rouge des JA du Cantal à la filière

Pour les Jeunes agriculteurs du Cantal, les opérateurs jouent à la roulette russe en hypothéquant de nouveau l’avenir des éleveurs.
 

Installé en 2025, Paul Soubrier a déjà essuyé le retour des rats taupiers et subit la chute des cours et la sécheresse. 
© DR

Tel Sisyphe condamné à pousser un rocher au sommet d’une montagne d’où elle finit toujours par tomber, les éleveurs de vaches allaitantes ont à peine touché au but - atteindre et dépasser les coûts de production - que cette embellie légitime leur est de nouveau refusée. “En deux mois tout s’est écroulé ! peste Paul Soubrier, responsable du groupe viande des Jeunes agriculteurs du Cantal. Le 28 avril, on avait déjà dénoncé avec la plus grande fermeté une baisse des cours du broutard, mais depuis c’est pire, on a perdu 1,50 € du kilo. Et lundi dernier (6 juillet), au marché au cadran de Mauriac, les cotations ont encore dégringolé de 70 centimes !” Une chute qui touche toutes les races, toutes les catégories et toutes les conformations, seules les femelles étant légèrement mieux loties. 

Cours des broutards : installations en danger

“Ça représente des centaines d’euros perdus par animal, c’est très inquiétant surtout pour les jeunes installés en 2025 ou début 2026 et dont le plan d’entreprise a été construit sur d’autres bases. Ça peut rapidement mettre à mal leur installation, avec, en plus, le risque de ne pas percevoir le solde de leur DJA (dotation jeune agriculteur)...”, appuie l’éleveur d’aubrac de Saint-Martin-sous-Vigouroux, qui a lui-même rejoint le Gaec familial(1) en avril 2025. 

A lire aussi : Prix du broutards : "Le hold-up, ça suffit !"

Si jusqu’à présent, les sorties étaient limitées, les effectifs vont grossir ces prochaines semaines à l’aube d’une nouvelle campagne avec les veaux nés à l’automne dernier. “C’est incompréhensible !”, pointe Paul Soubrier, qui rappelle les composantes du marché : un déficit structurel d’offre pour une demande, transalpine notamment, toujours aussi dynamique. “On est face à une décapitalisation importante, avec 320 000 naissances de moins(2) et ça continue, il n’y a donc aucune raison à une baisse d’une telle ampleur”, martèle le responsable JA. Ni les fortes chaleurs, ni les restrictions de circulation qui en découlent, ni l’évolution des prix du baby en Italie “ne justifient une telle chute des cotations”. Quand bien même elles ne reflètent pas la réalité économique, ces cotations servent pourtant de référence aux négociations dans les cours de ferme et à l’export, avec un effet amplificateur que dénonce le jeune éleveur. 

Sans jeunes éleveurs, adieu veau, vache, broutard

Colère et inquiétude sont d’autant plus exacerbées que l’équilibre économique des exploitations penche de nouveau dangereusement sous le double poids de recettes amputées et de charges de carburants, de matériel, d’engrais... alourdies depuis le printemps. Avant même que s’abattent une sécheresse et des canicules à la précocité et l’ampleur inédites. Le pays vert a viré au jaune, et franchement pas celui du maillot de vainqueur. “Certains, dont nous faisons partie, ont commencé à affourager et il faut complémenter les broutards, car nos animaux ont la réputation d’être de qualité et bien conformés, c’est pour ça que les Italiens en raffolent...”, rappelle Paul Soubrier.

Les JA 15 appellent à un sursaut tricolore

Si la filière n’a pas la main pour faire tomber la pluie, elle dispose en revanche d’un outil, législatif qui plus est, pour assurer un prix rémunérateur aux éleveurs : la loi Egalim avec ces indicateurs de coûts de production. “Malheureusement, elle n’est pas appliquée..., s’indigne le jeune syndicaliste. C’est “la” bataille !” Et de prévenir : sans jeunes éleveurs pour assurer le renouvellement des générations, adieu veaux, broutards, vaches... pour l’ensemble de la filière. Aussi, en cette semaine de 14-Juillet, et avant la reprise au marché au cadran de Mauriac, Paul Soubrier appelle à un sursaut tricolore. 

(1) Gaec à trois avec ses parents, 120 ha de SAU, double troupeau aubrac et montbéliarde.
(2) Sur la campagne 2024-2025.

Les plus lus

Antoine, Éric et Yoann Foncelle, de l'EARL des Diagots
Transmission : « Reprendre la ferme familiale, une évidence »

À 23 ans, Antoine Foncelle est en plein dans l’aventure de l’installation. Son projet est de reprendre la ferme de son père.…

Conditions d'attribution, calcul des ressources, recours sur succession : la MSA Auvergne fait le point sur un dispositif qui préserve spécifiquement l'outil de travail des agriculteurs.
L’ASPA, un coup de pouce méconnu pour les retraites agricoles modestes

Complément de revenu destiné aux retraités les plus modestes, l’ASPA reste largement sous-utilisée par les exploitants…

une femme et un homme assis sur un mur
Gîtes et chambres d’hôte : Valoriser sa ferme et créer du lien

Dans le cadre de son installation, Floriane Varenne se lance dans l’accueil touristique avec son mari Jonas, tous les deux…

Nathalie Mallot, directrice de la FNSEA 03, et Laurent Thivat, vice-président de la FNSEA 03.
Tour de France : les agriculteurs de l’Allier mettent l’agriculture à l’honneur à Saulcet

À l’occasion du passage du Tour de France 2026 dans l’Allier, les agriculteurs et les viticulteurs réaliseront une fresque…

Les cultures dérobées, une piste à explorer pour sécuriser les stocks fourragers

Les cultures dérobées fourragères peuvent permettre de reconstituer une partie des stocks sans pour autant s’avérer une…

La Dotation Jeune Agriculteur - DJA : un soutien indispensable pour préparer l'agriculture de demain

Après plus de 50 ans d'existence, la DJA continue d'être un soutien indispensable pour les jeunes qui s'installent. 

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière