Climat, commerce, géopolitique : ce qui façonne le marché ovin mondial
Le marché ovin mondial, à la fois fragilisé par les crises sanitaires et les choix commerciaux, voit ses cours influencés par les stratégies des grands exportateurs et les tensions géopolitiques.
Le marché ovin mondial, à la fois fragilisé par les crises sanitaires et les choix commerciaux, voit ses cours influencés par les stratégies des grands exportateurs et les tensions géopolitiques.
Le marché ovin mondial traverse une période de transition marquée par des dynamiques commerciales et sanitaires qui influencent directement les cours. En France, la production a reculé de 16 % sur les trois dernières années, en raison notamment de la fièvre catarrhale ovine (FCO) et de la pyamide des âges. Début 2026 annonce une certaine stabilité pour le marché français qui reste toutefois relative. Entre décapitalisation des troupeaux, aléas climatiques et sanitaires mais aussi un contexte géopolitique tendu, le marché ovin est plus imprévisible que jamais.
Lors de l'AG de Copagno, Boris Duflot de l'IDELE est revenu en détail sur comment les orientations et décisions commerciales des principaux pays producteurs peuvent avoir un impact sur les cours français.
En Europe, l'Espagne supplente l'Irlande
Les échanges intra-européens jouent un rôle clé dans le marché ovin français.
L’Union européenne, qui importe 28 % de sa consommation de viande ovine, dépend fortement du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande, qui représentent à eux deux près de 94 % de ses approvisionnements extérieurs.
Or, les choix commerciaux de ces pays, comme les accords de libre-échange signés par l’Australie et le Royaume-Uni ou entre l'UE et l'Australie, peuvent bouleverser l’équilibre du marché.
L’Espagne, acteur majeur du marché européen, incarne les défis et les adaptations en cours. Premier exportateur d’ovins vivants en Europe avec 1,5 million de têtes exportées annuellement, le pays a su pivoter vers de nouvelles destinations pour maintenir ses flux. Après avoir privilégié la Libye, l’Espagne a réorienté ses exportations vers le Maroc, puis vers l’Algérie (plus de 600 000 ovins), démontrant une capacité à s’adapter aux changements géopolitiques et économiques. Cependant, cette résilience commerciale masque une réalité plus préoccupante.
La sécheresse persistante, notamment dans le centre du pays, a provoqué une décapitalisation massive des troupeaux, réduisant la production nationale. Pour honorer leurs accords, ils ont été obligés d'acheter des agneaux finis, à la France notamment. »
L'imprévisibilité climatique a donc rebattu les cartes au sein même de l'Europe. L'émergence de la clavelée en Grèce fait de même à ce jour, en raison de l'interdiction de la sortie des ovins grecs.
En Irlande, pays aussi concurrent pour sa productivité, c'est un autre défi qui met à mal sa position de leader. La filière ovine doit faire face à une concurrence interne accrue avec la filière laitière bovine qui capte une part croissante des ressources en foncier et en main-d’œuvre. Ces pressions combinées fragilisent sa position de fournisseur clé pour l’Europe.
À lire ici : La Chaine des Puys célèbre l’année internationale du pastoralisme
La Chine et l’Océanie : des acteurs clés de la volatilité des prix
Au niveau mondial, une fois n'est pas coutume, le continent asiatique donne le La.
La Chine, devenue un importateur majeur, influence fortement les flux mondiaux. Ses achats massifs de viande ovine, notamment en provenance d’Australie et de Nouvelle-Zélande, ont longtemps soutenu les prix en réduisant la concurrence sur le marché européen ; les deux pays océaniens ayant vu leurs volumes d'exportations aspirés par le géant chinois.
Cependant, depuis 2022, la demande de l'Empire du Milieu fléchit en raison de crises économiques internes et d’une stratégie d’autosuffisance alimentaire.
Cette baisse des achats chinois libère des volumes sur le marché international, ce qui peut peser sur les cours, notamment en Europe» souligne Boris Duflot.
Par ailleurs, l’Australie, dont la production est étroitement liée aux conditions climatiques, connaît des cycles de sécheresse.
On observe des abattages massifs d'animaux lors de ces périodes avant une recapitalisation. Naturellement, les exportations sont impactées » précise l'économiste. Selon les projections pour la prochaine décennie, la consommation de viandes devrait connaître une croissance variable selon les filières, oscillant entre 10 % et 15 %. »
La viande ovine se positionne favorablement avec une hausse attendue de 15 % d’ici 2036, confirmant son attractivité sur le long terme.
À lire aussi : Les cotisations sociales 2026 prises en charges pour limiter l'impact de la guerre au Moyen-Orient