Installation
Lait douceurs de jument, du pré à l’épiderme
Avec la jeune agricultrice, Aurélie Bedoussac, le lait de jument devient matière première pour une gamme de cosmétiques artisanaux, portée par une installation audacieuse.
Avec la jeune agricultrice, Aurélie Bedoussac, le lait de jument devient matière première pour une gamme de cosmétiques artisanaux, portée par une installation audacieuse.
Une installation qui valorise le lait de jument
À peine 23 ans, Aurélie Bedoussac a réussi son pari : transformer l’élevage de chevaux lourds en une activité économiquement viable, loin des circuits traditionnels de la boucherie. Installée depuis le 1ᵉʳ mai 2025 à Pradeyrols, sur la commune de Boisset (Cantal), cette jeune agricultrice traite ses juments percheronnes pour fabriquer des savons et des cosmétiques. Pour cette installation individuelle audacieuse, Aurélie a pu bénéficier de la Dotation jeunes agriculteurs, défendant avec succès un projet peu ordinaire devant les instances agricoles.
Je veux redonner de l’intérêt à ce type d’élevage. J’ai grandi au milieu des animaux, sur la ferme familiale ; j’ai repris le cheptel équin de mon père et toutes les juments sont issues de la même famille ! " Aurélie Bedoussac, jeune éleveuse de percherons.
Son choix s’inscrit dans une logique de reconquête de valeur pour des chevaux de trait longtemps marginalisés. L’élevage de percherons retrouve ainsi une utilité nouvelle : au-delà de la reproduction ou des loisirs, la production de lait de jument devient une matière première pour des produits de soins singuliers. Sur le plan de la race équine, le percheron est l’un des chevaux de trait les plus connus en France, historiquement associé aux travaux agricoles lourds dans de nombreuses régions rurales.
Transformation réfléchie et gamme pensée pour le bien-être
Son parcours étudiant l’a naturellement conduite vers ce projet. Après un bac scientifique au lycée agricole Georges-Pompidou, elle poursuit avec un BUT génie biologique, parcours agronomie à l’IUT d’Aurillac. Cet apprentissage, centré sur la production animale et végétale, lui donne les bases techniques nécessaires pour atteindre son objectif. Son cheptel compte cinq juments poulinières, quatre pouliches, un étalon et tous les poulains de l’année ; l’exploitation s’étend sur 21 hectares de SAU en herbe, indispensable à l’alimentation des animaux.
L’idée de transformer ce lait lui est venue après avoir observé des pratiques similaires dans d’autres fermes spécialisées, en particulier celles qui produisent des cosmétiques au lait de jument et en soulignent les vertus hydratantes et régénérantes : le lait de jument est naturellement riche en vitamines, acides gras essentiels et agents anti-inflammatoires, ce qui en fait un ingrédient recherché dans les soins de la peau ; il est même décrit comme très proche du lait maternel humain en composition générale.
Aujourd’hui, Aurélie propose sa propre gamme “Lait douceurs de jument”, composée de six savons découpés à la main, élaborés pour répondre à différents besoins dermatologiques : hydratation, régulation du sébum, tonification ou encore apaisement des peaux sensibles. Les ingrédients sont choisis pour rappeler l’ancrage territorial, comme la farine de châtaigne évoquant la Châtaigneraie cantalienne. Y figurent aussi des savons nature avec des teneurs en lait de 20 % ou 40 %, des crèmes visage, des baumes pour le corps, ainsi qu’un baume à lèvres associant lait de jument et cire d’abeille.
Le lait de jument a des vertus reconnues depuis l’Antiquité : il est riche en vitamines A et C notamment, ainsi qu’en oméga 3 et 6. C’est celui qui se rapproche le plus du lait maternel, car contrairement à la vache, la jument est monogastrique." Aurélie, créatrice de la marque Lait douceurs de jument.
Pour l’instant, elle apporte le lait congelé de ses juments au lycée agricole de Saint-Flour ou l’expédie à la ferme partenaire Zofé cosmétiques en Normandie pour la transformation. Dans un avenir proche, Aurélie envisage de créer son propre atelier sur l’exploitation, ouvrir un point de vente à la ferme couplé à un site internet marchand, proposer des visites pédagogiques avec démonstration de la traite, et éventuellement proposer du lait frais ou lyophilisé, destiné notamment aux nourrissons (usage historique du lait de jument dans certains contextes).
Contact : laitdouceursdejument@orange.fr ou 07 80 46 26 31.
Rien à voir avec la traite d’une vache
La traite des juments percheronnes constitue une étape qui nécessite savoir-faire et organisation. “Je me suis équipée d’un tire-lait manuel. Au pré, les juments se laissent faire très facilement”, explique Aurélie Bedoussac.
La traite des juments présente des caractéristiques très différentes de celle des vaches laitières. Contrairement à la vache, la jument ne stocke pas son lait : si elle est capable de produire 20 à 25 litres par jour, c’est toujours peu à la fois, car elle dispose d’une faible réserve mammaire. Aurélie prélève ainsi 1 litre à 1,5 litre par traite.
Le défi de l’oxydation
Dès la traite effectuée, une course contre la montre s’engage : le lait de jument s’oxyde en effet très rapidement. La transformation doit impérativement se faire dans les deux heures suivant la traite pour préserver toutes les qualités du produit. Pour contourner cette contrainte, Aurélie a mis en place un système de conservation par congélation. Cette technique permet de stocker le lait en attendant de disposer de volumes suffisants pour la transformation et de coordonner les envois vers ses partenaires.
Le lait congelé conserve ses propriétés et peut ainsi être transformé ultérieurement. Cette solution technique, si elle répond aux contraintes actuelles, devrait évoluer avec la création de l’atelier de transformation à la ferme, permettant une gestion plus fluide de la production.
PREMIERS POINTS DE VENTE : Les produits Lait douceurs de jument sont disponibles dans plusieurs points de vente locaux : pharmacies et épiceries constituent les premiers circuits de distribution qu’Aurélie a su convaincre. L’intérêt pour sa gamme ne cesse de croître : quelques grandes surfaces s’y intéressent déjà, témoignant du potentiel commercial de ces cosmétiques naturels. Vif intérêt commercial Les produits Lait douceurs de jument sont disponibles dans plusieurs points de vente locaux : pharmacies et épiceries constituent les premiers circuits de distribution qu’Aurélie a su convaincre. L’intérêt pour sa gamme ne cesse de croître : quelques grandes surfaces s’y intéressent déjà, témoignant du potentiel commercial de ces cosmétiques naturels. Intertitre Marchés et vente directe Au-delà de ces points de vente fixes, Aurélie Bedoussac a fait le choix d’aller à la rencontre de sa clientèle. Elle tient des marchés toute l’année à Maurs et au Rouget, assurant une présence régulière et permettant un contact direct avec les consommateurs. “J’ai aussi fait beaucoup de marchés de Noël qui ont bien fonctionné”, précise-t-elle en évoquant Arpajon, Montsalvy, Lafeuillade et même Anglards-de-Salers. “Si j’ai pu participer à autant, c’est grâce à mes parents, ma sœur et mon compagnon qui m’ont aidée à tenir les stands, car je ne pouvais pas être partout à la fois”, reconnaît-elle avec gratitude. En attendant son point de vente à la ferme et un site internet marchand, la jeune entrepreneuse a également investi les réseaux sociaux, où elle reçoit régulièrement des commandes via ces plateformes. Poursuivant son étude de marché, Aurélie a récemment développé une offre de coffrets colis-cadeaux et de cartes-cadeaux qu’elle peut expédier à la demande.