La production de maïs semoulier en chute libre en Auvergne, Limagrain contraint aux importations
La filière maïs en Limagne est face à un défi historique. Pour Limagrain, 2026 s'annonce d'ores et déjà comme une année noire, bien avant que les grains soient dans les remorques.
La filière maïs en Limagne est face à un défi historique. Pour Limagrain, 2026 s'annonce d'ores et déjà comme une année noire, bien avant que les grains soient dans les remorques.
« Difficile aujourd’hui de donner des estimations de rendement précises. Il est encore trop tôt mais d'ores et déjà, on s’achemine vers une perte qui sera au-delà des 50 % par rapport à ce qu’on connaît habituellement en termes de productivité. » Sébastien Vidal, président de la coopérative Limagrain, ne cache pas son inquiétude. Le maïs semoulier, pilier des exploitations de Limagne, subit de plein fouet les effets combinés du stress hydrique et du stress thermique. Une catastrophe pour les agriculteurs, mais aussi pour toute une filière qui dépend de ces volumes.
Les hétérogénéités s'observent non plus à l'échelle d'un secteur mais de la parcelle. Là où certains maïs résistent tant bien que mal, d’autres, privées de réserves utiles suffisantes dans les sols, voient leurs rendements s’effondrer. Peu irrigué, le maïs semoulier paie cash la sécheresse. Pire, même les cultures irriguées ne sont pas épargnées. « On se rend compte qu’il y a des génétiques qui ont eu des problèmes de fécondation », explique le président.
Le stress thermique se révèle bien plus dévastateur. Contrairement au manque d'eau, il a frappé sans distinction, terres profondes et superficielles.
Limagrain face au dilemme de l’importation
Avec des récoltes locales en chute libre, Limagrain va être contraint d’acheter du maïs sur les marchés extérieurs pour alimenter ses outils. « Le maïs qu’on ne fournira pas localement, il faudra aller le chercher ailleurs », admet Sébastien Vidal.
Le marché français, déjà sous tension, ne pourra pas répondre à la demande du groupe auvergnat et de toutes les entreprises françaises.
« On va manquer. Le marché français aujourd’hui ne sera pas en mesure de fournir les usages nationaux. »
La coopérative a des besoins spécifiques. Elle travaille principalement avec du maïs corné denté, difficile à remplacer par du denté classique.
« On va être obligé d’aller chercher cette typologie sur des marchés extérieurs à la France, voire à l’Europe » regrette-t-il.
Sans cet approvisionnement hors frontières, la coopérative ne pourra pas honorer ses commandes auprès de ses clients. « Très concrètement, cela concerne des céréales pour le petit-déjeuner ou encore des biscuits apéritifs. »
Pour l'heure, dans la plaine de la Limagne, les agriculteurs se posent une seule question : faut-il détourner une partie des maigres récoltes vers d’autres marchés, comme l’ensilage ? « La filière a besoin des volumes, ça, c’est sûr », reconnaît Sébastien Vidal, mais l’équation reste complexe.
« Il ne faut pas oublier qu’on a aussi une filière. Même maigre, derrière cette récolte se pose la question par rapport à nos outils et à l’alimentation de ces outils. »
Sans maïs local, c’est toute la chaîne de production de Limagrain qui vacille.
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Le stress thermique, la menace silencieuse des cultures
Si le stress hydrique est un ennemi connu, le stress thermique, lui, émerge comme une menace tout aussi redoutable. « Cette année, à l'échelle de mon exploitation, j’ai plutôt l’impression d’être à +10 °C par rapport à une année normale », confie l’agriculteur de Saint-Georges-sur-Allier. Les génétiques actuelles peinent à s’adapter.
« La seule réponse au stress thermique, c’est la génétique. Il faut qu’on intègre vraiment cette question dans nos programmes de sélection. »
Certaines variétés résistent mieux que d’autres, mais les pertes sont déjà là. « On voit qu’il y a des génétiques qui ne supportent absolument pas le stress thermique. Celles-là, on va les bannir. »
Pour l’heure, Limagrain n’a abandonné qu’une centaine d’hectares sur 5 400 dédiées au maïs semence, principalement en raison de la grêle, mais l’incertitude plane. « Est-ce qu’il y en aura plus ? Pour le moment, je n’ai pas la réponse. »
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L’eau, nerf de la guerre et sujet de tension
Lors d'une année comme celle-ci, la gestion de l’eau devient un casse-tête pour les agriculteurs. Avec la fin des dérogations d’irrigation et le passage probable en alerte renforcée de l’Axe Allier dans les semaines à venir, les restrictions pourraient atteindre -50 % d’ici quelques semaines avant une possible interdiction totale.
« Pour les cultures de printemps, la messe sera dite », regrette Sébastien Vidal.
La réduction ou l'arrêt de l’irrigation à ce stade n'aurait que peu d'impact sur le rendement.
Quant aux récoltes, les premières estimations les annoncent avec près de trois semaines d’avance. « Certains tournesols pourraient se faire avant le 15 août. »
Un avenir incertain pour les exploitations de Limagne dans le Puy-de-Dôme
Au-delà des pertes immédiates, c’est la pérennité des exploitations qui inquiète le président de Limagrain. « Le problème, il ne va pas être cet automne. Il va être l’automne prochain. » Après un exercice déjà déficitaire l’an dernier, les agriculteurs de Limagne risquent de plonger dans le rouge.
« La capacité à repartir, à remettre de l’argent dans les charges, va être très limitée. »
Face à l’urgence, la coopérative compte sur la solidarité du groupe Limagrain pour soutenir ses membres. « On saura trouver les ressources pour venir soutenir les activités qui en auront besoin. » Mais le président ne se leurre pas : « Mon inquiétude, elle est plus sur les exploitations de Limagne et sur l’agriculture en général. » Entre sécheresse, canicule et marché tendu, l’équation semble sans solution à court terme. « Si on commence à perdre les clients, ça pourrait être catastrophique pour le futur de la coopérative. » La machine agroalimentaire est enrayée. Reste à savoir si elle pourra redémarrer.
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