Race salers
Jean-Marie Meer : le plus acajou des éleveurs belges salers sans frontière
Depuis bientôt 20 ans, rares sont les années où Jean-Marie Meer, éleveur salers en Wallonie aujourd’hui retraité, n’a pas transhumé jusque sur le Cézallier.
Depuis bientôt 20 ans, rares sont les années où Jean-Marie Meer, éleveur salers en Wallonie aujourd’hui retraité, n’a pas transhumé jusque sur le Cézallier.
800 km pour retrouver les troupeaux salers d’Allanche
S’il ne tenait qu’à lui, Jean-Marie Meer prendrait chaque fin de mois de mai le volant de son camping-car, direction Allanche, dans le Cantal. Près de 800 km depuis Metzert, en Wallonie, pour revivre cette parenthèse printanière suspendue au cœur du Cézallier et des troupeaux salers.
Désormais retraité, l’ancien éleveur belge doit cependant composer avec une autre fête, celle de son village, programmée elle aussi à la fin du mois de mai. Mais cette année, une semaine sépare les deux évènements. Alors, aucune hésitation : avec son épouse et deux autres couples, il sera du voyage pour cette transhumance singulière qui le mène du plat pays, "où les cathédrales font office de montagnes", jusqu’aux vastes plateaux du Cantal.
Quand on ne vient pas, ça nous manque. Ce qui nous attire, c’est l’ambiance, les troupeaux... c’est quelque chose de magnifique." — Jean-Marie Meer de race salers
Habitué de la Fête de l’Estive d’Allanche, Jean-Marie Meer a noué au fil des années des amitiés avec plusieurs éleveurs locaux, mais aussi avec l’ancien maire d’Allanche, feu Philippe Deiber, fondateur passionné de cette manifestation emblématique des estives cantaliennes.
"Élevez salers, dormez tranquille"(1)
C’est à Cournon, autre haut lieu de l’élevage herbager, que Jean-Marie Meer entend parler pour la première fois de cette estivade qu’il découvre dès la fin des années 2000. Peu après avoir troqué ses bleu blanc belge (BBB) contre le pelage acajou et les cornes en lyre de la salers.
"J’avais une centaine de vêlages par an, beaucoup par césarienne, ça devenait pénible. J’ai donc voulu changer sachant que ce n’est pas évident de se reconvertir vers une autre race", relate l’ancien éleveur. Les facilités de vêlage et d’élevage de la salers ont rapidement fait la différence.
Lire aussi : Des éleveurs salers du monde entier... à Salers !
De Maurs à la Wallonie, le développement d’un troupeau salers
Jean-Marie Meer achète une vingtaine de vaches sur le secteur de Maurs, tout en conservant dans un premier temps ses BBB "par précaution". Un an plus tard, il complète son troupeau par une vingtaine d’autres vaches et une dizaine de génisses acajoues, toujours achetées dans le sud du Cantal, avant de vendre définitivement ses bêtes blanches.
Les génisses sont mises au taureau salers, tandis que les vaches sont croisées avec du BBB mixte afin de gagner en conformation. Les veaux, purs et croisés, sont alors commercialisés principalement vers l’Italie, avant de trouver également des débouchés auprès des engraisseurs belges.
Des animaux conduits jusqu’à 280 à 300 kg, sans complémentation, uniquement au pis de la mère et à l’herbe.
La fête de l’Estive version belge
Pionnier de la race dans la Province de Luxembourg, Jean-Marie Meer a fait des émules. Une association d’éleveurs belges salers, l’ASBL Bel-Salers, a même vu le jour.
"Au début on était une vingtaine sur la Wallonie et puis ça a pris de l’ampleur. On va de plus en plus aller vers des races comme la salers", estime l’ancien éleveur. Selon lui, les différences de prix de carcasses avec d’autres races ne sont pas justifiées "au regard du travail et de l’investissement".
Son fils, installé en 2021 avec un troupeau laitier et quelques BBB, a lui aussi fini par se convertir à la race salers. "On a fait le tri et je lui ai mis toutes les meilleures. Aujourd’hui, c’est un convaincu de la race", sourit Jean-Marie Meer.
Le dimanche 24 mai, il reprendra une nouvelle fois le chemin des estives derrière le troupeau de la famille Fournal, au moins jusqu’à Pradiers.
Une transhumance salers inédite en Belgique
Cette passion pour les troupeaux salers lui a même inspiré un évènement inédit en Belgique. En 2018 puis 2019, Jean-Marie Meer a décliné en Wallonie le concept de la Fête de l’Estive, avec des salers parées de leurs cloches.
Un spectacle alors totalement inédit dans le pays, où aucune tradition de transhumance n’existe réellement.
C’était dingue, mais l’organisation l’était aussi." — Jean-Marie Meer, organisateur d'une fête de l'estive des salers, en Belgique
Le succès a été immédiat. Dès la seconde édition, près de 1 500 personnes ont suivi le troupeau sur un parcours de 5 km.
La manifestation n’a cependant pas survécu aux années Covid malgré l’enthousiasme suscité. "Des gens me demandent quand est-ce qu’on recommence...", glisse encore Jean-Marie Meer.
La Fête de l’Estive, rendez-vous incontournable à Allanche
Chaque année, la Fête de l’Estive réunit à Allanche plusieurs dizaines de milliers de visiteurs autour des troupeaux salers, de la montée aux estives, du marché de terroir et des traditions pastorales du Cézallier.
(1) "Élevez salers, dormez tranquille" est le slogan historique de la race salers.
CONDUITE : Comme dans le Cantal, les bovins sont rentrés en bâtiments début novembre pour n’en ressortir qu’une fois les terres ressuyées, au mieux début avril. “On a des terres fortes, qui ne portent pas”, explique Jean-Marie Meer, qui s’est inspiré d’un aménagement vu dans le Cantal : un parcours extérieur bétonné pour l’hiver avec une piste sur caillebotis équipée d’un couloir d’alimentation lui aussi en béton. À la clé, des économies de paille.