Grandes cultures : une pression sanitaire à nuancer en Auvergne
Invitée à l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Puy-de-Dôme, Chloé Malaval Juery, ingénieure régionale Auvergne chez ARVALIS, a livré une analyse mesurée de l’impact du changement climatique sur les grandes cultures.
Invitée à l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Puy-de-Dôme, Chloé Malaval Juery, ingénieure régionale Auvergne chez ARVALIS, a livré une analyse mesurée de l’impact du changement climatique sur les grandes cultures.
« Il n’y a pas d’augmentation générale de la pression sanitaire : il faut raisonner parasite par parasite », insiste Chloé Malaval Juery, ingénieure régionale Auvergne chez ARVALIS.
Influence du climat sur les bioagresseurs : des impacts variables selon les espèces
Si le climat n’est pas la cause principale des évolutions observées, il influence toutefois certains bioagresseurs. Dans le Puy-de-Dôme, le vulpin et le ray-grass prolongent désormais leur pousse jusqu’au printemps.
À l’inverse, le datura - pourtant largement répandu en France - reste peu présent localement. Les populations de pucerons montrent une légère hausse, avec une activité renforcée à l’automne et prolongée en hiver, sans augmentation notable des symptômes de la jaunisse nanisante de l’orge (JNO), dont ils sont vecteurs.
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Évolution des parasites et maladies : entre émergences et stabilité
D’autres évolutions sont plus contrastées. La contamination par l’ergot a émergé en Auvergne depuis 2022, à des niveaux variables selon les territoires. Les dégâts de taupins réapparaissent sur maïs, pomme de terre et céréales à paille depuis les années 2000, notamment après l’interdiction de certaines molécules phytosanitaires, sans progression marquée. La pyrale, elle, tend plutôt à diminuer. Quant aux maladies foliaires (septoriose, rouilles), elles peuvent être ponctuellement fortes mais sans tendance haussière. La pression de fusariose recule globalement ;
en Limagne, le taux moyen de déclassement pour mycotoxines atteint 2 % sur les quatre dernières années » indique l’ingénieure.
Changement climatique : un impact majeur sur les cycles culturaux
Pour ARVALIS, le changement climatique agit surtout sur les cycles culturaux : ils se raccourcissent et s’anticipent, avec un gain estimé à 35 jours pour le maïs et 11 jours pour le blé. Mais d’autres facteurs pèsent davantage sur la pression sanitaire : rotation, travail du sol, résistances aux herbicides et fongicides, dissémination des graines via le matériel, évolution génétique des adventices, disparition de certains traitements.
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Stratégies d’adaptation : diversification et outils d’aide à la décision
L’adaptation repose donc sur la combinaison de leviers, la diversification des cycles et des stratégies, et une organisation plus opportuniste pour étaler les risques.
« Nous devons regarder l’exploitation dans sa globalité. Chaque cas est différent » conseille Mathieu Daim, agriculteur en grandes cultures.
Les outils d’aide à la décision - modèles météo, indicateurs économiques - deviennent des alliés précieux. Car en matière sanitaire, « il n’y a plus de vérité figée, mais des situations évolutives d’une année sur l’autre » conclut Mathieu Daim.
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