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L’installation de jeunes producteurs en péril face à la crise de la filière lait

La filière laitière, étouffée par la hausse des coûts de production et la chute des prix, voit son avenir menacé malgré une demande mondiale en croissance. Entre surproduction, pression des distributeurs et difficultés d’installation des jeunes, l’équilibre économique de la filière vacille.

Maxime Mioche (à droite), jeune éleveur laitier s'interroge sur la poursuite de son atelier face au contexte économique. Jérôme Aubert, président de la section Massif Central de Sodiaal (au micro) et Stéphane Joandel, secrétaire général de FNPL ont apporté des éléments de marchés et des réponses.
Maxime Mioche (à droite), jeune éleveur laitier s'interroge sur la poursuite de son atelier face au contexte économique. Jérôme Aubert, président de la section Massif Central de Sodiaal (au micro) et Stéphane Joandel, secrétaire général de FNPL ont apporté des éléments de marchés et des réponses.
© M.Comte

La production laitière française bat des records, portée par une demande mondiale en hausse et des conditions climatiques favorables, mais les éleveurs, et surtout les jeunes, étouffent sous le poids des charges et la pression des transformateurs. Face à un prix du lait en baisse et des coûts de production en flèche, l’équilibre économique de la filière vacille, menaçant son avenir

Les syndicats agricoles majoritaires invitent les collecteurs à débattre

JA63 et FNSEA 63 ont invité cette semaine plusieurs acteurs de la filière sur l’exploitation de Maxime et Mathis Mioche à Pulvérières, pour débattre de la situation économique. Ici, dans ce coin des Combrailles, les deux jeunes éleveurs traduisent l’effet ciseau auquel sont confrontés les producteurs de lait. Dans l’exploitation, l’atelier lait est mis à mal. Les deux robots de traite en fonctionnement vont devoir être changés puisque le fabricant cesse la production de pièces de rechange. « Le billet est lourd » précise Maxime qui s’interroge avec son frère d’arrêter la production laitière

Quand on voit l’investissement que l’on va devoir faire, l’explosion des charges et les prix du lait qui baissent ; on se demande si ça vaut encore le coup. »

Une surproduction laitière mondiale et française qui pèse sur les prix

« On a une collecte en 2025 qui a fait plus de 2 %. Là, au moment où on se parle, on est plutôt aux alentours de plus 8 % » détaille Jérôme Aubert, président de la section Massif Central de Sodiaal

À lire aussi : Surproduction laitière : la filière Saint-Nectaire asphyxiée, les producteurs sommés de réduire leur production 

La France, comme l’Europe ou les États-Unis, produit massivement du lait, en réponse à un contexte climatique favorable en 2025. La consommation mondiale en hausse de 2,5 % par an ne suffit cependant pas à écouler ces volumes inattendus. Cette abondance se retourne contre les producteurs

Le spot en 2025, chez Sodiaal, a été valorisé 173 euros les 1 000 litres », révèle-t-il, un niveau bien inférieur au prix moyen de 468 euros/1 000 litres (TPC, TQC en 38,32). 

Selon Jérôme Aubert, la coopérative aurait perdu 4,5 millions d’euros sur ces 155 millions de litres de lait non prévus. 

Stéphane Joandel, président de la section laitière régionale et secrétaire général de la FNPL, dénonce un « effet ciseau » implacable. 

Les charges ont augmenté partout, surtout en montagne et moyenne montagne, alors que le prix du lait, lui, s’effrite. »

Sodiaal annonce un prix d’objectif de 410 /1 000 litres pour 2026

Pourtant, lors de l’Assemblée générale de Sodiaal à Lille, la coopérative a fixé un prix d’objectif pour 2026 de 410 /1 000 litres (en 38-32). Cette annonce de Jérôme Aubert suscite l’incompréhension, voire l’indignation, chez les producteurs présents. 

Ça ne fait envie à personne, ni aux élus », reconnaît Jérôme Aubert

Ce prix, présenté comme un engagement minimum, reflète la réalité économique tendue.

Thierry Chirol, président de la FDPL 63, s’interroge ouvertement. 

Comment expliquer qu’on annonce déjà un prix à 410 /1 000 litres en juin, alors que la surproduction est terminée et que la sécheresse menace les volumes ? » 

Pour lui, cette annonce semble déconnectée des réalités du terrain. La météo, extrêmement sèche en France depuis plus de deux mois, laisse présager une baisse précoce de la production, sans pluies significatives. Dans ce contexte, l’absence de revalorisation du prix du lait d’ici la fin de l’année apparaît comme une aberration pour les éleveurs, qui espéraient un rebond après des mois de pression sur les coûts.

Pire encore, ce prix plancher de 410 est loin de couvrir les charges de production en constante augmentation, notamment en montagne et moyenne montagne, où les exploitations sont les plus vulnérables.

À lire aussi : Sodiaal et surproduction laitière : « notre priorité reste la stabilité du prix pour nos sociétaires »

La coopérative justifie ce prix par la nécessité de stabiliser les engagements face à une année 2025 marquée par des volumes imprévus et des pertes financières. « On le fait avec la vision qu’on a à date. On n’a pas de boule de cristal », explique Jérôme Aubert. « Si on peut payer plus, on payera plus », promet-il, mais cette promesse reste conditionnelle, et les producteurs savent que les marges de manœuvre sont étroites.

Les jeunes éleveurs, premières victimes d’un prix du lait trop bas pour vivre

Dans ce contexte, l’installation des jeunes devient un parcours du combattant. Entre des banques réticentes, des garanties difficiles à obtenir et un prix du lait qui ne permet pas de dégager une rémunération décente, l’équation semble impossible à résoudre. « On essaie de trouver de l’accompagnement à la prise de garantie », précise Jérôme Aubert, mais sans solution structurelle, la filière risque de voir ses jeunes talents se détourner, faute de viabilité économique.

La coopérative, et plus largement la filière laitière, a pourtant besoin d’un renouvellement générationnel pour maintenir sa production et ses outils. « Un jeune qui s’installe, c’est systématiquement 600 000 litres de lait en face. » 

Sodiaal nourrit d’ailleurs l’objectif d’installer 1 500 jeunes d’ici 2030

Dans le Puy-de-Dôme, seulement 15 installations ont été recensées en 2024, et 7 dossiers ont été validés pour ce milieu d’année. « On se bat pour que les jeunes mettent le pied à l’étrier », insiste-t-il, alors que les banques, « frileuses », exigent des garanties toujours plus lourdes.

Voici le texte avec les mots clés mis en gras pour optimiser le référencement, sans modifier le texte d'origine :

 

Il a dit... Bastien Bony, président du canton JA Combrailles : « un prix plancher de 450 € pour les jeunes »

La première de nos demandes à Sodiaal et l’ensemble des transformateurs, est de retrouver du prix. L’explosion des charges ces dernières semaines finit de tendre la situation pour les éleveurs laitiers et notamment pour les jeunes. Les coûts de reprises des exploitations laitières sont devenus très lourds. Les cinq premières années sont déterminantes à la pérennité d’une exploitation. C’est pourquoi, JA 63 a porté la demande auprès de Jérôme Aubert, président de la section Massif Central de Sodiaal, d’établir un prix à 450 €/1 000 litres pour les jeunes, durant les cinq premières années de l’installation. Nous demandons également que les jeunes puissent bénéficier de volumes supplémentaires de développement, avant la fin de l’année.

Sodiaal a déjà mis en place un prix plancher pour les jeunes installés. Fixé à 400 €, celui-ci est désormais déconnecté des réalités actuelles. Afin de faire face à la fois aux charges de production et aux investissements, 450 € sont un minimum.

Quelle que soit la réponse de Sodiaal à notre demande, le prix du lait dans sa globalité est trop bas et ne nous permet pas aujourd’hui de combler nos charges de production que l’on soit jeune installé ou non.

On espère désormais que les volumes se stabilisent et que la filière laitière retrouve un prix rémunérateur. Sodiaal se dit inquiet pour l’avenir face au renouvellement générationnel. La coopérative craint de perdre des volumes, mais un prix d’objectif à 410 € n’incite ni au renouvellement des générations ni au maintien des structures déjà en place.

Propos recueillis par M. Comte

 

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