FDSEA - JA
Décapitaliser ou pas ? La sécheresse fait lever toutes les mains
Au contact du terrain, le sous-préfet de Saint-Flour a recueilli les inquiétudes d’éleveurs confrontés à une année difficile et à des choix parfois douloureux pour leurs exploitations.
Au contact du terrain, le sous-préfet de Saint-Flour a recueilli les inquiétudes d’éleveurs confrontés à une année difficile et à des choix parfois douloureux pour leurs exploitations.
FDSEA et JA alertent le sous-préfet sur la sécheresse, l’eau et les prix
Une image a marqué la rencontre entre les responsables agricoles du Cantal et le sous-préfet de Saint-Flour, mardi 4 août, au Gaec élevage Coste, à Loudières de Montchamp. Lorsque Romain Hélard a demandé, à main levée, combien d’éleveurs envisageaient de réduire leur troupeau, la quasi-totalité des 40 agriculteurs présents a levé la main. Un geste spontané, lourd de sens, qui résume l’ampleur de la crise traversée par l’élevage cantalien.
Conduite par Mathieu Théron, président de la FDSEA du Cantal, et Valentin Delbos, président des Jeunes agriculteurs, la rencontre visait à dresser un état des lieux des difficultés auxquelles sont confrontés les exploitants : sécheresse, trésorerie, prix des animaux, prédation, gestion de l’eau, Pac et dégâts de faune sauvage. Après le témoignage de Sébastien Coste, jeune associé du Gaec, les échanges se sont prolongés pendant près de deux heures.
Le premier sujet abordé est sans surprise celui de la sécheresse. Les responsables syndicaux décrivent une situation généralisée à l’échelle nationale.
On ne peut acheter du fourrage que si on en a les moyens… et si on en trouve. »
— Mathieu Théron, président de la FDSEA 15
Certaines années, des régions françaises pouvaient encore fournir des stocks, mais cette fois, c’est toute la France qui est touchée. Le fourrage devient à la fois rare et cher. Même l’Espagne, qui dépannait traditionnellement les éleveurs en luzerne déshydratée, est désormais beaucoup moins offensive sur le marché, notamment avec un gasoil à 2,20€ le litre.
Des solutions aux problèmes agricoles existent
Dans le Cantal, les premières enquêtes lancées par les organisations agricoles font apparaître des pertes comprises entre 45 et 50 % sur l’ensemble du territoire cantalien. Jérémy Chancel, secrétaire général des JA, estime que l’équilibre économique des exploitations est désormais rompu, en particulier pour les nouveaux installés, qui ne parviendront pas à atteindre leurs objectifs.
Les syndicats demandent plusieurs mesures immédiates : des dérogations pour les AOP et pour l’agriculture biologique, une évaluation rapide et fiable des pertes sur prairies, un dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties à hauteur des pertes constatées, ainsi qu’une aide logistique ou financière à l’acheminement de la paille. "Aujourd’hui, la paille est à 80 € la tonne, auxquels s’ajoutent 85 € de frais de transport", rappellent-ils.
Ils dénoncent surtout les limites du système d’assurance basé sur une observation satellitaire qui ne fonctionne pas. "Les chiffres, on les connaît ; le bilan, on le fera", insiste Valentin Delbos. Mathieu Théron rappelle que l’article 4 de la loi d’orientation agricole a bien été voté, mais qu’aucun décret d’application n’a été publié, empêchant toujours les enquêtes de terrain, alors que la profession réclame une évaluation concrète des dégâts.
L’eau et le prix des animaux au cœur des inquiétudes
La sécheresse renvoie directement à la question du stockage de l’eau. « Nos vaches consomment de 50 à 100 litres d’eau par jour, et actuellement encore davantage », souligne Mathieu Théron. Pour les syndicats, il faut développer des ouvrages de stockage à usages multiples : abreuvement, irrigation, réserve pour les secours, voire soutien au milieu naturel. « Stocker n’est pas un gros mot ! », martèle-t-il. « En élevage, on n’a pas la solution du pack de Cristaline », ironise Valentin Delbos. Le sous-préfet indique avoir entendu la proposition d’une cellule de réflexion départementale sur ce sujet, déjà évoquée auprès du préfet.
Autre demande forte : une avance plus généralisée des aides Pac avant le 25 octobre, afin de donner de la trésorerie aux exploitations avant l’hiver. « Une avance ne signifie pas se substituer aux autres aides exceptionnelles », insistent les responsables agricoles.
Car les tensions sur les prix des animaux viennent encore aggraver la situation. Les syndicats rappellent les blocages récents des sites Bigard, dénonçant la baisse du prix du broutard observée depuis le mois de mai, bien avant les effets de la sécheresse. "Personne ne devrait acheter en dessous du coût de production", affirme Jérémy Chancel. Dans l’assistance, un éleveur illustre concrètement l’impact économique : "Moins 1,50 € par kilo multiplié par 60 broutards de 400 kg, c’est 36 000 € ; c’est notre marge qui s’envole, dans un contexte de hausse du prix du fourrage."
Les vautours sur les estives et les autres revendications des éleveurs
La prédation demeure également une source majeure de tension. Benoît Théron affirme que, dans certaines estives, "des bovins sont dévorés par les vautours chaque jour, morts ou non, blessés ou juste vêlés". Si des avancées existent concernant le loup — comptages, lunettes thermiques, tirs déclaratifs — "rien n’avance sur la régulation des vautours", confirme le sous-préfet.
Si l’État n’a pas de solution, on va en trouver ! »
— Valentin Delbos, président des JA 15
Plusieurs éleveurs dénoncent des rapaces qui n’ont plus peur de l’homme. Guy Thouzet, secrétaire général adjoint de la FDSEA, évoque même une "provocation avec des après-midi touristiques d’observation de ces rapaces, à Prat-de-Bouc ou au Puy Mary, après qu’ils aient bouffé une bête ". Les responsables agricoles alertent plus largement sur le recul de l’agriculture de montagne, estimant que moins d’élevage en altitude, c’est aussi davantage de risques d’incendies. Ils alertent également sur le retour probable du rat taupier alors qu’aucune solution fiable n’est trouvée pour l’éradiquer, et sur les dégâts de cervidés dans le secteur d’Allanche, Mathieu Théron estimant qu’il faudrait "assouplir le tarif des bracelets ".
Enfin, sur la future Pac, les syndicats demandent un budget qui ne soit pas amputé de 13 %, une ICHN animale telle qu’elle existe aujourd’hui et un couplage animal essentiel pour les territoires d’élevage de montagne. Romain Hélard rappelle que la France défend cette position avec force, même si les décisions se prennent au niveau européen.
Au terme de près de deux heures d’échanges, Romain Hélard a relu à voix haute l’ensemble de ses notes devant les participants, afin de s’assurer qu’aucune revendication n’ait été oubliée. Il s’est engagé à faire remonter "dans leur intégralité" les demandes, mais également les solutions proposées par la profession.
Guy Thouzet a profité de l’occasion pour remercier le sous-préfet pour son implication dans le dossier Condutier, tout en rappelant que tous les agriculteurs concernés ne sont pas logés à la même enseigne. Il a demandé qu’une aide puisse être trouvée pour les plus pénalisés. Romain Hélard s’est engagé à reprendre contact avec différentes organisations, notamment la MSA, afin d’examiner les marges de manœuvre possibles.
Déjà contraint de réduire son troupeau
À Loudières de Montchamp, près de Saint-Flour, le Gaec père-fils élevage Coste est composé de Serge et de Sébastien, installé depuis 2021. Les deux associés élèvent 80 vaches laitières et produisent 600 000 litres de lait en AOP cantal, bleu d’Auvergne et fourme d’Ambert. L’exploitation s’étend sur 90 hectares, dont 12 ha de maïs, 8 ha de céréales, 20 ha de prairies temporaires et le reste en prairies permanentes. Sébastien Coste décrit une campagne fourragère catastrophique : “Au moins 20 % de pertes sur la première coupe, mais surtout rien pour la seconde, avec près de 90 % de pertes.” La ration hivernale est distribuée depuis le 15 juin ! Face au manque de fourrage, le Gaec envisage désormais de réduire son troupeau de 15 vaches laitières sur 80, une décision que le jeune éleveur juge désormais inéluctable.