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Colère et incompréhension des éleveurs cantaliens après la fermeture de l'export

À Mauriac et Aurillac plus de 250 éleveurs ont manifesté dimanche 19 octobre au soir contre la décision “brutale” de la ministre de l’Agriculture de suspendre pour 15 jours l’exportation de tout bovin.
 

Le Cantal a été le premier à manifester dimanche soir.
© Patricia Olivieri

À la stupeur de l’annonce vendredi 17 octobre des nouvelles mesures ministérielles destinées à éviter la propagation de la dermatose nodulaire bovine (DNC), avec l’apparition de nouveaux cas la semaine dernière dans l’Ain, le Rhône, le Jura et les Pyrénées orientales, ont succédé ce week-end l’incompréhension et la colère chez les éleveurs bovins, en particulier allaitants, alors que la campagne d’exportation des broutards bat son plein. 

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A peine installé, déjà 20 broutards bloqués

Installé en avril dernier à Pleaux en individuel avec un troupeau de 50 mères salers, Baptiste essuie à peine quelques semaines plus tard les conséquences de la suspension temporaire des exportations de broutards, décidée par la France sous la pression de la Commission européenne. Vingt premiers veaux devaient être amenés ce lundi matin au marché au cadran, 20 veaux affichant déjà 450 kg et qu’il va donc falloir nourrir a minima 15 jours supplémentaires. “Si c’était l’Italie qui fermait ses portes, on comprendrait, mais aujourd’hui les engraisseurs italiens comme espagnols veulent nos veaux ! Notre gouvernement (démissionnaire) est complètement à côté de la plaque !” s’indigne le jeune agriculteur, venu exprimer dimanche soir son mécontentement avec une centaine d’autres éleveurs devant la préfecture aurillacoise à l’appel des syndicats FDSEA et Jeunes agriculteurs

Coup de massue

“Ça a été un coup de massue, on ne s’y attendait pas”, abonde Quentin Bornes, qui doit rejoindre en janvier prochain le Gaec familial à Polminhac. Un élevage mixte dont cinq veaux salers étaient annoncés pour cette semaine, une quinzaine d’autres d’ici début décembre. Comme ses collègues, le futur agriculteur craint que la fermeture des frontières tricolores à l’export se prolonge au-delà du 5 novembre et qu’à la reprise du commerce transfrontalier, les cours s’effondrent. “J’ai bâti mon projet d’installation sur la base de prix corrects, mais si ça rechute... J’ai engagé des centaines de milliers d’euros pour m’installer mais si c’est pour manger des patates ou des nouilles tous les jours !”

Sur ce sujet : /15 jours sans export

“Rien ne le justifie”

Jacques Capsenroux de Tessières-de-Cornet avait lui anticipé ses ventes plus tôt et automne pour satisfaire une demande d’animaux moins lourds, pas assez finalement : “J’ai vendu 35 broutards, des purs et des croisés de 450 kg jeudi dans la journée et vendredi midi l’info est tombée ! Le problème c’est qu’ils vont prendre 25 kg en deux semaines et qu’il va aussi falloir les nourrir, à raison de 5 kg d’aliment par jour, sans savoir si, quand et à combien ils partiront. Et 35 veaux, ça prend de la place”, soupire l’éleveur, installé en 1991. 

Lui a tout connu ou presque dans sa carrière - la crise de la vache folle, le blocage de l’export lors du premier épisode de la FCO, les sécheresses à répétition... et désormais la menace de la DNC, comme un condensé d’un métier sous tension permanente. Et tous, dans les rangs des manifestants, de déplorer que ce blocage arrive au pire des moments, comme une double pleine : alors que les cours des animaux, du maigre comme des génisses et vaches de réforme, sont au plus haut, et que la période représente le pic des exportations.

 La crainte d’un scénario Covid

“On ne peut tolérer une fermeture aussi brutale des frontières, annoncée sans échange préalable avec la profession, ce qui traduit une nouvelle fois le mépris des éleveurs et de leurs organisations”, condamne Mathieu Théron, membre du bureau de la FDSEA. Rien ne le justifie ! Pour l’instant on est préservé de la DNC, on doit pouvoir continuer à commercer tranquillement.” Dans le cas contraire, c’est à une nouvelle grave crise que l’élevage cantalien serait exposé, comme ce fut le cas en 2009.

Lire aussi/Les éleveurs appellent à une reprise rapide des exportations de broutards


Mathieu Théron comme Mathieu Izabel (secrétaire général des Jeunes agriculteurs) mettent en garde contre un scénario à la Covid : “Avec un premier confinement de trois semaines, puis de six, encore allongé...” Et d’appeler la ministre Genevard démissionnaire à la raison... Cette dernière devait rencontrer ce mardi les instances européennes pour les convaincre de la rigueur des dispositions prises pour endiguer l’extension de la maladie. 
 

Après qu’une délégation a été reçue par le préfet qui s’est engagé à relayer le message des éleveurs cantaliens au ministère de l’Agriculture, des bâches étaient apposées devant la préfecture dénonçant notamment une punition collective en réponse à l’irresponsabilité de certains. En effet, dans son communiqué, la ministre de l’Agriculture n’a pas caché que l’apparition de plusieurs foyers ponctuels la semaine dernière résultait probablement de mouvements d’animaux, dont certains illicites.
Comme à Mauriac, où près de 140 éleveurs manifestaient également, l’’action syndicale s’est clôturée par le déversement de déchets d’exploitation et par l’arrosage de la façade du bâtiment à la tonne à lisier. 

 

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