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Analyser pour raisonner vos interventions

Dans les 3 prochaines semaines, nous allons vous proposer un tour d’horizon des parasites des ovins. Ce premier article est consacré aux strongles gastro-intestinaux (SGI). L’apparition de résistances aux anthelmintiques nécessite de revoir la gestion globale du parasitisme dans les élevages.

La gestion des SGI dans les troupeaux a longtemps été basée sur des traitements « en aveugle » de tous les animaux du troupeau et plusieurs fois dans la saison. Ce modèle montre ses limites : coût des traitements, nombre de molécules disponibles qui se réduit et apparition de nombreuses résistances. Le traitement doit être le fruit d’une réflexion prenant en compte plusieurs paramètres : statut des animaux, résultats de coprologies, gestion des pâtures, choix des molécules…

Un cycle des SGI à connaître

Le mouton peut être parasité par différentes espèces de SGI, les plus pathogènes étant Nematodirus (sur les jeunes agneaux), Haemonchus, Ostertagia (Teladorsagia) et Trichostrongylus. Tous partagent un cycle comparable avec excrétion d’œufs dans les crottes qui éclosent et se transforment en L3 au pré, larves qui seront ingérées pour boucler le cycle. Les larves se développent selon la température, l’optimal se situant entre 25 et 30 °C. Le cycle peut donc varier de 1 à 4 semaines en fonction du milieu. Avec une météo favorable, de l’humidité et une température clémente, plusieurs cycles consécutifs sont observés et la contamination des pâtures s’accroît inexorablement. Seuls des épisodes de sécheresse ou le froid hivernal cassent cette dynamique.

Un impact majeur sur les jeunes

Les agneaux n’ayant jamais été en contact avec les parasites sont les principaux animaux touchés. Ils vont présenter de la diarrhée, de l’amaigrissement et une baisse de l’ingestion. En cas de contamination par Haemonchus, une anémie rapide et parfois fatale s’installe, un animal parasité pouvant perdre plus d’un litre de sang en une semaine ! Pour l’éleveur, les critères d’alerte sont un affaiblissement, des muqueuses blanches, des œdèmes de l’auge voire des mortalités soudaines, un traitement d’urgence s’impose alors.

L’immunité, un pilier de la gestion des SGI

Passé 18 mois, l’immunité s’installe et les ovins ingérant des larves vont les détruire ou les inhiber avant qu’elles ne deviennent excrétrices. Cette immunité varie considérablement en fonction des individus, de l’alimentation ou d’un stress. Ainsi, un relargage d’œufs de strongles par les brebis est observé autour de la mise bas. Cette période est donc à risque pour la contamination, d’autant plus que les agneaux vont pâturer peu de temps après. On observe également des moutons génétiquement plus sensibles aux strongles, qualifiés de « super-excréteurs ». Leur identification et l’élimination de leur descendance sont une piste à creuser dans la sélection des agnelles de renouvellement, y compris par la sélection des béliers. Les brebis issues d’un père résistant excrètent en moyenne deux à trois fois moins d’œufs dans les fèces que les filles d’un bélier sensible.

La coproscopie de mélange, un outil simple et peu onéreux

La coproscopie de mélange permet d’évaluer à moindre coût l’intensité du parasitisme par les SGI (cf. encadré). Le comptage d’œufs par gramme de fèces (OPG) reste pertinent tout au long de la vie chez les ovins et caprins, contrairement aux bovins. En fonction du résultat obtenu et des signes cliniques ou zootechniques observés, l’éleveur et son vétérinaire évaluent si un traitement est nécessaire ou pas, et s’il doit concerner tout le lot ou les seuls animaux cliniques. En effet, si l’OPG est un très bon indicateur de l’effet « contaminateur » pour le pâturage, il donne une vision imparfaite du nombre de vers présents sur les animaux prélevés (infestation larvaire, présence de quelques animaux peu immunisés dans un lot).

Varier les familles de molécules de traitement

Si les marques de produits anthelmintiques sont nombreuses, il n’y a en fait que trois familles principales, les benzimidazoles, les avermectines et les milbémycines. Lorsqu’une résistance apparaît pour une molécule, ce sont toutes les molécules de la famille qui sont devenues résistantes. Si ce phénomène reste émergent en élevage bovin, c’est une problématique déjà bien implantée en Creuse en élevage ovin. Une évaluation régionale est en cours dans le cadre du projet Harizona et les premiers résultats sont inquiétants. Les résistances observées concernent tous les strongles et toutes les familles de molécules. Au quotidien, il faut impérativement varier les traitements anthelmintiques, en introduisant dans les protocoles des molécules d’autres familles, comme le monépantel, le lévamisole ou le closantel. Et une coproscopie de contrôle, effectuée 15 jours après traitement, permet de mesurer l’apparition de ces résistances (test de réduction de l’excrétion fécale – TREF).

Une gestion des pâtures à maîtriser…

Empêcher les animaux d’excréter trop d’œufs dans les pâtures est le principal objectif. Pour cela, on évitera le surpâturage ou des chargements trop importants et on réalisera des traitements ciblés sur les animaux à risque, comme les brebis autour de l’agnelage ou les agneaux présentant une infestation. En revanche, on traitera le moins possible les animaux résistants, à savoir les adultes ne présentant pas de signes cliniques. Cela permet de stimuler l’immunité de prémunition du troupeau et de limiter l’apparition de résistance par relargage dans l’environnement de strongles non-exposés aux anthelmintiques, appelée « population refuge ». Enfin, on limitera le temps de séjour sur les parcelles, afin de casser les cycles parasitaires. Une rotation de pâture tous les 5 à 7 jours et l’absence de retour sur une parcelle pâturée avant 6 semaines permet d’assainir les terrains.

… et des solutions alternatives dont l’efficacité reste à évaluer

Chaque nouvelle solution proposée demande une comparaison coproscopique avant - après traitement. Des solutions phyto-thérapeutiques sont proposées… mais encore très majoritairement non-évaluées ! Les études sur la consommation de plantes à tannins (sainfoin, chicorée) s’avèrent décevantes. Le pâturage commun ou alterné avec d’autres espèces comme les chevaux ou les bovins permet en revanche une réduction de la contamination des parcelles par ingestion des larves qui seront détruites.

Traiter mieux, traiter moins

Il est important de bien gérer l'arsenal thérapeutique existant en appliquant des règles de bonnes pratiques de traitement selon la formule « traiter mieux, traiter moins ». À tout point de vue, le plan antiparasitaire demande une gestion rationnelle adaptée à son élevage. Cela passe par l’utilisation des outils disponibles et leur intégration raisonnée, impliquant les éléments d’observation clinique, la sélection génétique et le suivi des cycles de pâturage. Chaque éleveur peut appliquer ce schéma en collaboration avec le vétérinaire en charge du suivi de son troupeau, et nous restons à disposition pour tout complément d’information. Dans le prochain article, nous nous intéresserons au ténia.

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