Le Gaec élevage Champaix du Bac, une ode parisienne à la bizet
Les bizet de Nadège et Yannick Champaix de nouveau à l’honneur au Sia. Le Gaec du Bac d'Allanche (Cantal) tentera d’y décrocher la “toison d’or” (concours de laine) mais fera surtout la promotion de la race.
Les bizet de Nadège et Yannick Champaix de nouveau à l’honneur au Sia. Le Gaec du Bac d'Allanche (Cantal) tentera d’y décrocher la “toison d’or” (concours de laine) mais fera surtout la promotion de la race.
Ils seront l’un des quatre seuls élevages cantaliens à amener des animaux, en l’occurrence deux brebis bizet, la race fétiche de Yannick et Nadège Champaix. Installés il y a six ans, tous deux l’ont adoptée pour ses qualités multiples mais surtout et avant tout “parce qu’on est au cœur de son berceau, dans un triangle entre Allanche, le Lioran, Brioude, c’est la race qui me tient à cœur, une race menacée de disparition”, expose Yannick, qui élève avec Nadège 800 brebis et une quarantaine de salers, au Bac sur les hauteurs d’Allanche, et à Landeyrat à un peu plus de 1 000 m d’altitude sur le plateau du Cézallier.
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Sélection et ration payantes
Et difficile pour l’éleveur de lui trouver le moindre défaut : “C’est une très bonne marcheuse, très bien adaptée au territoire, qui supporte très bien les chaleurs estivales et les écarts de températures, qui se désaisonne parfaitement aussi”, en affichant de plus prolificité (5 à 6 agneaux/brebis) et productivité (1,8 agneau vendu annuellement). “45 % du cheptel agnellent deux fois par an”, explique le moutonnier, qui pratique le “trois en deux” (trois agnelages en deux ans), accélérant ainsi le process de reproduction. Le Gaec a recours à la monte naturelle avec une lutte par lots : le troupeau est réparti en lots de 30-40 brebis par bélier, ce qui garantit la paternité des agneaux. Ces derniers sont commercialisés entre 90 et 150 jours en agneaux du Pays d’Oc par leur coopérative Copagno.
Très rigoureux dans le travail de sélection de sa troupe et jamais avare de nouveaux progrès, en quelques années seulement, le couple a pourtant réalisé des prouesses : depuis mars dernier, les biberons ont disparu de la bergerie. “On a des vétos qui nous font une ration exceptionnelle”, affiche Nadège. Une ration(1) suffisante pour que les mères nourrissent seules leurs petits.
Bizet : une toison en or...
En conservant 200 agnelles de renouvellement chaque année, la palette est par ailleurs vaste pour sélectionner la meilleure génétique. Une sélection qui s’opère sur les critères de développement croisés aux standards de la race. Et Yannick Champaix ne fait pas la moindre concession aux attendus raciaux : du blanc sur la tête mais pas sous le menton, ni sous le ventre, du blanc sur les pattes mais pas sur tout le membre, l’absence de corne... Sur les index valeurs laitières et prolificité, seules les agnelles affichant plus de 100 ont droit de cité dans l’élevage.
Pourtant, aucun de ces critères ne sera jugé à Paris : c’est sur leur toison que les deux brebis seront évaluées... avec l’espoir pour le Gaec de décrocher l’or. En 2024, la densité et la qualité de la laine de leurs bizet les avaient conduits à une troisième place (toutes races ovines confondues), l’an dernier c’était la deuxième marche du podium... Reste donc dans quelques jours à récupérer la toison d’or...
Cette laine est appréciée et valorisée localement par Christelle Jeannet, lainière en Haute-Loire qui ne travaille qu’avec deux races : la noire du Velay et la bizet. “C’est une grande chance pour nous, cela valorise 80 % de la laine de nos animaux et évite qu’elle soit stockée sans débouché comme pour bon nombre de nos collègues”, explique Yannick.
Southdown, l'autre coup de coeur
Juge aux Ovinpiades des jeunes bergers, l’éleveur du Cézallier a été sollicité pour juger au Sia la race southdown, une race originaire d’Angleterre qu’il a découverte l’an dernier au Salon et pour laquelle il a craqué. “C’est comme un petit nounours, c’est une race très laineuse, à l’origine de toutes les races herbagères qui viennent
d’Angleterre”, décrit-il, sous le charme de cette autre race menacée. Une quinzaine de brebis ont intégré la bergerie du Bac et l’objectif est de monter à 50 individus. Une infidélité à la bizet complètement assumée...
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"Le Salon, c’est la vitrine de l’agriculture française dans toute sa diversité", Nadège Champaix
Assumée, tout comme la présence au Salon de l’agriculture dans un contexte tendu au sein du monde agricole. “Le salon, ça permet de montrer le travail qu’on fait tout au long de l’année aux Parisiens et à tous les Français qui le fréquentent, estime Nadège. Si on y va, c’est surtout pour promouvoir la race bizet car personnellement, ça ne rapporte rien à notre élevage, contrairement à Cournon.” Le couple sait déjà que cette médiatisation suscitera la polémique, d’autres moutonniers s’étant déjà fait insultés sur les réseaux sociaux. “Le Salon, c’est la vitrine de
l’agriculture française dans toute sa diversité, il faut être présent pour montrer que les éleveurs cantaliens font un travail et des produits de qualité que ce soit les fromages, la viande salers, aubrac...”, appuie l’agricultrice.
Et qu’on ne leur parle pas de manque de solidarité, eux qui élèvent par ailleurs des salers, qui ont subi la FCO (fièvre catarrhale ovine), la prédation et qui ont d’ailleurs été aux côtés de leurs collègues moutonniers durement touchés par les attaques de loup.
(1) Après avoir cessé la culture de céréales, économiquement pas rentable, pour l’alimentation des animaux, le Gaec réfléchit à installer une fabrique d’aliments à la ferme (pour les ovins et bovins) pour transformer les céréales achetées.