Pulvérisation en vigne : les flux d’air rotationnels permettent un meilleur brassage des feuilles
Les pulvérisateurs à flux d’air rotationnels permettent de mieux pénétrer le feuillage et d’améliorer la répartition sur les faces inférieures. Le point sur ces matériels.
Un nouveau type de pulvérisation, dont le flux d’air est qualifié de « rotationnel », fait son apparition sur le marché.
Son principe de base est plutôt simple : plutôt que d’avoir une grosse turbine qui fournit le flux d’air pour tout l’appareil, chaque buse est dotée de son propre ventilateur. Ainsi, quand l’air est mis en mouvement, les pales de l’hélice lui transmettent à la fois une vitesse axiale, vers l’avant, mais aussi un effet de rotation. « Lorsqu’on accroche un fanion à un ventilateur, il tourbillonne, illustre Thomas Lefol, fondateur de l’entreprise Modul e-Spray et des descentes Lt-e. Ce n’est pas le cas si l’on essaie avec de l’air qui sort d’un tuyau, comme sur les pulvérisateurs traditionnels, où il flotte. »
Cela se traduit concrètement sur le feuillage par une action mécanique de brassage double, à la fois par la vitesse de l’air et par le mouvement de spirale. « J’observe une meilleure répartition entre les faces inférieures et supérieures avec les pulvérisateurs rotationnels », confirme Adel Bakache, conseiller en agroéquipement à la chambre d’agriculture de Gironde, qui a testé ces appareils. Ce serait même, selon lui, le système qui permettrait d’avoir le meilleur ratio entre les deux faces (proche de 1) parmi tous les matériels qu’il a testés ces dernières années.
Selon ses essais réalisés sur vigne en place en 2024 et 2025 (par fluorescence), la couverture globale avec ce type d’appareil est satisfaisante et homogène sur l’ensemble des niveaux de végétation, et les notes de qualité de pulvérisation proches de 9/10, ce qui est excellent. « C’est aussi celui qui donne les meilleurs résultats dans les vignes à 1,50 mètre, où les systèmes à une seule descente sont souvent trop éloignés du feuillage pour une bonne application, et ceux à deux descentes trop proches », livre le conseiller. Il souligne par ailleurs qu’un des gros avantages de ces technologies réside dans leur consommation, puisque ces appareils sont beaucoup moins gourmands en énergie. Concernant la dérive, Adel Bakache admet que ce ne sont pas, en théorie, les matériels les plus performants, « mais que l’on reste sur du face par face, et qu’elle n’est pas pire que les autres si l’on a des buses antidérives. » La seule critique du conseiller porte sur les émissions sonores : ces systèmes sont aussi bruyants que les pulvérisateurs classiques.
Deux jeunes entreprises se sont lancées sur le créneau
Deux matériels de pulvérisation à flux d’air rotationnels cohabitent. Le premier, porté par l’entreprise Modul e-Spray, fonctionne à l’électricité. « Chaque module de pulvérisation dispose d’un moteur électrique et d’un petit ventilateur avec une hélice de 18 centimètres, explique Thomas Lefol. La buse est sur le côté pour éviter les risques d’accrochage dans le rang, et dirigée pour prendre le sens du flux rotationnel. » L’intérêt de ces blocs autonomes est d’une part leur modularité (il en faut trois pour 1,20 mètre de végétation), mais aussi le réglage indépendant du débit d’air. Il est par exemple possible d’appliquer 100 % du débit sur la zone des grappes et 50 % en partie haute. « Et la génératrice ne nécessite que 24 litres d’huile par minute, à faible pression », s’enthousiasme le concepteur. Le système, frugal, peut facilement trouver sa place sur un chenillard et même sur un quad. Pour l’heure, les réalisations sont encore faites sur mesure aux Riceys, dans l’Aube, mais la jeune entreprise entre en phase d’industrialisation. Thomas Lefol annonce un tarif compris entre 2 000 et 3 000 euros la descente avec trois hauteurs de buses, en fonction des options choisies.
Le second est issu des travaux de la firme Tec Pulvérisation, qui a trouvé un accord avec Pellenc fin 2025 pour réaliser le transfert de technologie. Le système fonctionne avec l’hydraulique du tracteur, sans nécessité de centrale supplémentaire. Les quatre ventilateurs de la descente reçoivent chacun leur propre moteur hydraulique, ce qui améliore la fiabilité et facilite l’entretien. Pellenc prépare deux gammes de pulvérisateurs Eoletec : une pour les porteurs en vigne large et en vigne étroite, et une autre de pulvérisateurs traînés pour des vignes de 1,50 à 3 mètres avec une configuration soit en deux demi-faces type aéroconvecteur, soit en face par face avec des descentes. Quatre modèles de préséries sont déployés en France cette saison. « Nous aurons une gamme assez large et variée pour s’adapter aux différents matériels et budget, assure Raphaël Bernat, chef marché pulvérisation chez Pellenc. L’industrialisation des modules de pulvérisation devrait nous permettre d’être compétitifs en termes de prix par rapport à un pulvérisateur classique. »