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La rhubarbe testée contre le mildiou de la vigne

Des essais du lycée de Montreuil-Bellay dans le Maine-et-Loire montrent un effet très encourageant d’une décoction de racines de rhubarbe contre le mildiou.

Pour la décoction, toute la préparation se réalise sous couvert pour éviter l'évaporation des principes actifs. © PRE
Pour la décoction, toute la préparation se réalise sous couvert pour éviter l'évaporation des principes actifs.
© PRE

Depuis 2014, la chambre d'agriculture régionale des Pays de la Loire coordonne des essais sur l’utilisation d’extraits végétaux sur vigne, en alternative au cuivre. Un premier plan de 2014 à 2016 a permis de tester différents extraits (ortie, saule, prêle, achillée millefeuille, cocktail de plantes…), avec de bons résultats notamment avec l’achillée millefeuille. Un second plan de trois ans a été lancé en 2017, avec des essais sur quatre sites en Muscadet et Anjou-Saumur et un partenariat avec l’Iteipmai (Institut technique interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles) pour doser les principes actifs des différentes solutions sur la durée. Un essai sur l’utilisation de racines séchées de rhubarbe a notamment été engagé au lycée agricole de Montreuil-Bellay, en Maine-et-Loire, dans le cadre de la plate-forme régionale d’expérimentation en lien avec l’IFV. « La bibliographie montre un effet de la rhubarbe contre le mildiou, comme stimulateur des défenses naturelles ou comme fongicide », indique Laurent Dutruel, responsable de la plate-forme. L’essai est mené sur une parcelle de cabernet franc de 35 ares plantée en 2008, homogène et certifiée bio. « La protection sur cette parcelle est déjà raisonnée, avec en moyenne 2,6 kg/ha de cuivre », précise l’expérimentateur. La protection contre l’oïdium est inchangée. Deux présentations de la rhubarbe sont testées : en décoction, préparée la veille ou le matin car elle ne se conserve pas plus de 24 h (100 g/ha de racines dans 10 l d’eau, chauffage à 80 °C puis refroidissement et filtration) et en teinture-mère (macération des racines dans de l’alcool de fruit à 55 °C, pour toute la saison, puis incorporation dans la bouillie à raison de 500 ml/ha). « L’idée avec la teinture-mère est de faciliter le travail du viticulteur, même si les teintures-mères ne sont pas autorisées pour l’instant », précise Laurent Dutruel.

Réduction de moitié de la dose de cuivre

Les analyses de l’Iteipmai montrent que les principes actifs dans la teinture mère diminuent légèrement en cours de saison, mais de façon limitée, et qu’ils se stabilisent au bout d’un moment. Il n’y a eu aucune difficulté de pulvérisation avec la rhubarbe, avec un pulvérisateur à dos. Six modalités sont testées : témoin non traité, cuivre pleine dose (2,6 kg/ha), cuivre demi-dose, cuivre demi-dose + teinture mère, cuivre demi-dose + décoction, cuivre demi-dose + alcool seul. En 2017, l’absence de mildiou même sur le témoin non traité n’a pas permis de conclure. En 2018, avec une pression mildiou très forte, la rhubarbe associée à une demi-dose de cuivre a eu la même efficacité que la dose complète de cuivre, avec un effet légèrement supérieur de la décoction par rapport à la teinture-mère. Le rendement sur le témoin non traité a été de 35 hl/ha. Pour toutes les autres modalités, il a été de 60 hl/ha. Il n’y a pas eu de différence significative sur le degré potentiel, l’acidité totale et le pH. « Les résultats sont donc très encourageants, pour un coût limité, même si nous n’avons pas fait d’étude économique », analyse Laurent Dutruel. En 2019, la vigne a gelé à 70 % le 4 avril. « Nous poursuivons toutefois l’essai pour voir si la rhubarbe peut aider la vigne à surmonter un stress. » À la floraison, aucune attaque de mildiou n’était toutefois constatée, même sur le témoin non traité.

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