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« La nuisibilité du virus GPGV sur la vigne reste à découvrir »

Le GPGV ou le Grapevine pinot gris virus, est considéré comme un ravageur émergeant de la vigne. Le point sur une virose encore peu connue avec Anne-Sophie Spilmont, chef de projet dépérissement à l’IFV.

Anne-Sophie Spilmont est responsable laboratoire et chef de projet dépérissement à l'IFV.
Anne-Sophie Spilmont est responsable laboratoire et chef de projet dépérissement à l'IFV.
© A.- S. Spilmont

Vous avez passé trois ans à réaliser des recherches sur le GPGV. Que pouvez-vous en conclure ?

Les données que nous avons récoltées confirment que le virus est présent partout en France. Il semble moins répandu dans l’ouest de la vallée de la Loire et les Charentes. Nous sommes de plus en plus sollicités par les viticulteurs, qui commencent à être sensibilisés sur le sujet, donc nous en trouvons de plus en plus dans les vignobles. Mais nous n’avons aucune donnée sur son évolution réelle.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que les symptômes de la maladie du pinot gris sont très présents en Champagne mais beaucoup plus ponctuels dans le reste de la France. Ce ne sont généralement que quelques pieds symptomatiques dans les parcelles touchées. Nous avons remarqué également que certains cépages expriment fortement les symptômes. C’est par exemple le cas du vermentino dans le sud de la France ou du pinot noir en Champagne.

Quels sont les impacts concrets sur les vignes qui expriment la maladie du pinot gris ?

Lors de nos recherches, nous avons comparé des ceps symptomatiques et asymptomatiques en Champagne. Sur les trois parcelles suivies par nos partenaires champenois sur deux ans, une baisse de rendement d’environ 15 % a pu être observée sur les ceps symptomatiques. Vu que les symptômes peuvent parfois ressembler à ceux qui s’expriment dans le cadre d’une carence en bore, nous avons testé cette hypothèse mais n’avons trouvé aucune différence de concentration entre les pieds sains et ceux malades.

Faut-il s’inquiéter pour la santé du vignoble français ?

Pour l’heure il reste une grande question en suspens, celle du lien entre le virus et la maladie. Nous savons que quand la maladie est présente, il y a le virus. Mais la réciproque n’est pas vraie : quand le virus est décelé sur un cep, ce dernier n’exprime pas forcément la maladie. Or c’est la base du problème : si le virus entraîne un impact fort sur le végétal, comme pour le court-noué ou l’enroulement, alors la problématique est importante. Dans le cas contraire, cela veut dire que la vigne peut globalement vivre avec le virus sans être affectée, et que le GPGV n’est pas un sujet majeur. Certains scientifiques avancent l’hypothèse de différents variants, d’autres parlent de la charge virale. Dans les deux cas, on peut trouver des situations expliquées par l’une ou l’autre de ces hypothèses mais aussi des contre-exemples. Ainsi nous lançons un nouveau projet sur le GPGV en février 2024, Vigye, pour essayer de répondre à cette question importante.

Comment comptez-vous procéder pour ce nouveau projet ?

Nous allons changer d’approche et tester ce qu’on appelle les « postulats de Koch », à savoir greffer du bois malade sur du bois sain pour voir si la maladie se transmet, assainir le bois et regarder si cela élimine les symptômes puis, le cas échéant, réinfecter pour voir si les symptômes réapparaissent. Par ailleurs, pour savoir s’il y a une nuisibilité particulière et s’il est important de lutter contre le virus, nous observerons le comportement agronomique des pieds infectés dans différentes situations. En parallèle, nos partenaires du Centre de biologie pour la gestion des populations de l’Inrae de Montpellier s’attellent à mettre en place des « cultures » de l’acarien Colomerus vitis pour vérifier ses capacités de transmission du GPGV à la vigne.

Il est donc clairement établi que Colomerus vitis est le vecteur du GPGV ?

Il reste aussi beaucoup de questions sur cette notion de vecteur. Une publication italienne a montré que Colomerus vitis peut transmettre le virus, mais que le taux de transmission est faible. Les recherches de l’Inrae permettront de vérifier ce point. Ce qui interroge, c’est que la cinétique de contamination est rapide : si l’on met des ceps sains au milieu de vignes positives, ils seront contaminés en quelques mois. Cela préfigure-t-il l’existence d’autres vecteurs ? Quoi qu’il en soit, les virus ne peuvent généralement pas être transmis par une grande diversité de vecteurs, ce serait donc probablement des acariens. Les questions de lutte contre les vecteurs viendront plus tard, si l’on conclut à une forte nuisibilité du virus ou de la maladie. Le soufre est efficace contre Colomerus vitis dans le cas de l’érinose, mais le sera-t-il pour limiter l’expansion du GPGV ?

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