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Jacobiasca lybica : trouver d’urgence des méthodes de protection pour la vigne
La cicadelle émergente « Jacobiasca lybica » provoque localement des dégâts impressionnants sur les vignes. Identification, moyens de protection : le point sur ce nouveau ravageur.
Identifiée officiellement en Corse en 2024 sur des prélèvements de 2023, Jacobiasca lybica, ou cicadelle africaine, touche aujourd’hui tout le vignoble insulaire. Le ravageur a aussi été observé sur le littoral varois en 2024 et 2025. Mais aussi dans les Pyrénées-Orientales, sur quelques parcelles du littoral en 2024 puis dans l’arrière-pays en 2025. Et enfin dans l’Aude en 2025. Il est favorisé par des conditions chaudes et sèches et donc par le changement climatique, mais semble pour le moment avoir épargné le Sud-Ouest, parfois plus humide.
Une identification très difficile
« Les professionnels et les conseillers viticoles sont alertés sur sa présence sur le continent, indique Nicolas Constant, référent viticulture biologique à l’IFV, l’Institut français de la vigne et du vin. La difficulté est que Jacobiasca lybica est très difficile à identifier et qu’il y a une très forte confusion avec plusieurs cicadelles, notamment avec Empoasca vitis, la cicadelle des grillures. Le seul point qui les distingue vraiment est l’appareil génital mâle et seules quelques personnes en France peuvent les différencier en laboratoire. Les rares indices qui peuvent faire penser à Jacobiasca lybica sont la sévérité des symptômes et le nombre de larves par feuille, qui peut atteindre une dizaine. » Le fait que l’insecte soit favorisé par les fortes chaleurs et la sécheresse fait aussi qu’il arrive un peu plus tard que la cicadelle des grillures, les forts symptômes étant visibles surtout fin août, début septembre. Les dégâts, souvent considérables, sont liés à l’alimentation des larves et des adultes dont le nombre explose très rapidement.
Des méthodes de lutte insuffisantes
Pour l’instant, les seules méthodes de lutte utilisables sont des applications d’insecticides bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché pour l’usage « cicadelles vigne » (pyréthrinoïdes de synthèse : Decis, Karaté…). Deux insecticides, à savoir Exirel (cyazypyr), autorisé seulement en conventionnel, et Neemazal (azadirachtine A), utilisable en bio, ont aussi obtenu une dérogation 120 jours en 2025 dans les départements touchés par la cicadelle africaine, c’est-à-dire la Corse, les Pyrénées-Orientales et le Var. « Ces insecticides ont une certaine efficacité, mais leur rémanence n’est que d’une à deux semaines, constate Nicolas Constant. Leur positionnement, les cadences de traitement et les seuils d’intervention doivent donc être étudiés. Certains sont aussi très coûteux. »
En bio, les viticulteurs peuvent utiliser des barrières physiques (argiles, huile de paraffine…) et de l’huile essentielle d’orange douce. « Ces produits ont une efficacité partielle, mais insuffisante, note Nicolas Constant. Le Pyrevert, homologué sur la cicadelle de la flavescence dorée, n’est par contre pas adapté, car très peu rémanent. » Un groupe de travail mis en place par le ministère de l’Agriculture et animé par l’IFV se déploie sur les territoires concernés par ce ravageur pour la coordination et la mutualisation d’observations, suivis et expérimentations. Des suivis de vol par pièges jaunes englués et aspiration ont aussi été réalisés dans les Pyrénées-Orientales. Et deux essais officiels, en plus d’essais privés des fabricants de produits, ont été mis en place en 2025 dans le Var et les Pyrénées-Orientales. « La pression Jacobiasca lybica ayant été plutôt faible en 2025, ils n’ont toutefois pas permis d’avancer sur l’identification ou la lutte contre ce ravageur », indique Nicolas Constant.
Un projet de recherche programmé
En septembre 2026, un projet de recherche de 4 millions d’euros, Innova-Vigne, porté par l’IFV et financé par le plan Parsada, sera lancé pour quatre ans. Objectif : trouver des moyens de lutte alternatifs contre des ravageurs émergents de la vigne, dont Jacobiasca lybica. Un axe sera d’abord de fiabiliser l’identification du ravageur en laboratoire par analyses moléculaires et sur le terrain. Un autre axe sera d’affiner les seuils et les moments d’intervention pour anticiper l’expansion des populations. « Si le traitement est fait trop tôt, il touchera essentiellement Empoasca vitis, indique Nicolas Constant. S’il a lieu trop tard, il sera inefficace face à l’explosion des populations. »
Une autre piste qui sera étudiée est celle des filets insect-proof. « Les adultes mesurant 2-3 mm, l’idée est d’ensacher le rang de vigne avec un filet à mailles très fines, explique Nicolas Constant. Nous allons étudier l’impact sur les attaques, mais aussi sur la physiologie de la vigne, le travail de manutention, le coût. Comme la question de la pérennité des vignes se pose, des solutions même très coûteuses pourraient être rentables. » L’idée est aussi de s’appuyer sur les travaux des autres pays, l’Italie ayant par exemple identifié des prédateurs naturels des œufs de Jacobiasca lybica. « Cela ne fait que deux millésimes que nous avons identifié ce ravageur sur le territoire français, rappelle Nicolas Constant. Il faut du temps pour mettre au point des méthodes de lutte. »
Plus de 35 plantes hôtes
Jacobiasca lybica est un hémiptère de la famille des cicadelles décrit initialement en Libye sur le coton au début du XXe siècle, puis sur vigne dans les vignobles du Maghreb, d’où son surnom de cicadelle africaine. Les adultes mesurent de 2,5 à 3,2 mm et sont de couleur verte. Les ailes sont transparentes-vertes avec des nuances jaunes. Les larves, de 0,7 à 2,3 mm selon le stade (cinq stades larvaires), ont un corps mince généralement vert. Leurs yeux sont grands et saillants, de couleur crème à rouge.
Les larves sont toujours en face inférieure du limbe, où leur mobilité est similaire à celle d’Empoasca vitis, en crabe en général, mais peut-être un peu plus rapide. Trois à cinq générations se chevauchant partiellement se succèdent dans l’année (onze en Égypte). L’espèce étant thermophile, le pic d’abondance s’observe en été, lors de conditions météo très chaudes et sèches.
Elle cohabite avec Empoasca vitis dans les vignobles méridionaux, notamment en début de saison, la prolifération ensuite de Jacobiasca lybica la rendant prédominante en fin de saison. Les adultes quittent les pieds de vigne attaqués à la fin de la période végétative, en automne. Ils peuvent hiverner sur plus de 35 plantes hôtes (aulne, figuier, pommier, chênes…), puis retournent sur la vigne en mai de l’année suivante et y pondent, engendrant la première génération.
La pérennité de la vigne menacée
L’impact sur la récolte varie selon la date de prolifération du ravageur. Si la contamination est précoce, elle réduit la photosynthèse avant la maturation du raisin et a un impact très fort sur le rendement, de plusieurs dizaines de pourcents, et sur la qualité du raisin. Si elle est plus tardive, la récolte peut être réalisée, mais la mise en réserve est perturbée et la productivité de la parcelle peut être impactée sur plusieurs millésimes. Des repousses anarchiques peuvent être aussi observées. « La question de la pérennité de la vigne se pose si les attaques se répètent chaque année », souligne Nicolas Constant.
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