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VIDEO Gironde : comment transformer ses vignes guyot en cordon en quatre étapes

Certains consultants préconisent de convertir les guyots en cordon de Royat pour une partie du Bordelais, afin de retrouver de la rentabilité. Voici comment passer de l’un à l’autre.

Conduire des vignes en cordon de Royat dans le vignoble du Bordelais, une aberration ? Ce n’est pas ce que pensent Davy Chodjaï, consultant chez Cambium, et Jessica Lécuyer Dupey, formatrice chez Terre Amany. « Les viticulteurs locaux sont persuadés que le cordon est inadapté à Bordeaux car il vieillit mal, pampre trop, fait de petites grappes ou encore qu’il n’est pas autorisé », constate la formatrice. Les deux experts ont décidé de tordre de cou à ces discours.

Pour eux, le cordon est au contraire un moyen évident d’économiser de la main-d’œuvre et de retrouver de la rentabilité dans certaines situations. « Merlot, malbec et petit verdot fructifient sur les yeux de la base, observe Davy Chodjaï, ils sont donc tout à fait adaptés. Dans beaucoup de situations, comme en entre-deux-mers par exemple, cela permettrait de s’affranchir du tirage de bois et du liage sur une partie du vignoble. » 

S’il est tout à fait possible de transformer un guyot en cordon, pas question selon les deux experts de transiter n’importe comment d’un système à l’autre. Le premier risque est d’épuiser sa vigne. Le second est de créer des trous de végétation et des entassements, alors même que le but originel du cordon est d’étaler la végétation. Pour convertir une vigne en guyot double en cordon bilatéral, il s’agit donc de respecter quatre étapes.

1 S’assurer de la bonne vigueur

En théorie, il est possible de transformer son guyot en cordon en une seule année. Mais dans la pratique, ce n’est pas toujours une bonne idée. Davy Chodjaï recommande avant tout de voir où en est la parcelle. « Si elle manque de vigueur, mieux vaut refaire du bois avant de tirer les baguettes », explique-t-il. Dans le cas où l’aste de l’année précédente est vigoureuse et présente des porteurs homogènes sur le dessus, alors la transformation peut se faire en un an. Notons que toutes les souches d’une parcelle ne sont pas obligées d’être formées en cordon la même année.

2 Préparer les astes

Pour arriver au cordon, il faut passer quoi qu’il en soit par une phase guyot. Mais puisque cela deviendra les futures charpentes, autant faire des guyots propres. « L’objectif est d’avoir les sorties sur le dessus pour transformer ces sarments en cots, rappelle le consultant. Je déconseille de partir des sorties du bas car il peut se créer avec le temps des phénomènes de strangulation ou de compression des vaisseaux. » 

Pour préparer l’aste (baguette), Davy Chodjaï recommande de laisser le premier bourgeon du dessous en secours, puis d’éborgner tous les autres qui sont orientés vers le bas. Sur le dessus, il faut s’assurer que la baguette soit assez longue pour porter le nombre de cots (coursons) souhaité, et avec un espacement correct. En général, le courson de rappel peut être gardé comme premier courson du futur cordon.

Cette phase de préparation est aussi le moment de penser à l’étalement futur, et de faire en sorte de reboucher les fenêtres qui se seraient créées avec le temps sur le guyot. Soit en tirant des baguettes, soit en laissant des coursons issus de pampres (les traditionnels « pisse-vin »).

3 Positionner les coursons

Si les bourgeons laissés lors de la formation de l’aste ont poussé correctement, il est assez facile de créer les cots (coursons). L’important est de faire en sorte qu’ils soient tous espacés d’environ 20 centimètres. « C’est généralement possible s’il y a eu une belle sortie. Mais si ça n’est pas le cas, qu’il y a des rameaux trop chétifs ou manquants, alors il peut être judicieux de repasser par une phase de guyot, et privilégier une sortie homogène », mentionne Davy Chodjaï. 

Tout en gardant à l’esprit que si deux sorties sont belles mais pas parfaitement étalées, il sera possible de les écarter petit à petit lors des tailles successives.

4 Tailler dans l’allongement

Une fois les coursons créés, la transition est terminée. Le consultant suggère de ne tailler que du bois de l’année, d’adapter la charge à la vigueur et d’accepter l’allongement. « Sur du merlot par exemple, les yeux de la base sont fructifères. Donc je peux laisser un œil franc et le bourillon, puis repartir tous les ans du dernier rameau, qui correspond à l’œil franc », conclut Davy Chodjaï.

Une première expérience réussie

Depuis maintenant cinq ans, Davy Chodjaï et Jessica Lécuyer Dupey suivent une parcelle expérimentale à Saint-Pey-de-Castets, en Gironde. Un demi-hectare de merlot conduit en guyot a été converti en cordon de Royat. Depuis, le viticulteur ne fait face à aucun problème et a conservé ses rendements. Le consultant Davy Chodjaï a calculé qu’il pouvait gagner jusqu’à 40 % de temps à la taille, soit 16 heures par hectare. Une fois que le cordon est en place et lorsque le vignoble est prétaillé mécaniquement, le coût revient à environ 2 700 euros par hectare, contre 4 500 euros par hectare initialement.

Le cordon des Royat est autorisé en appellation AOC bordeaux et bordeaux supérieur (sous la dénomination de « taille à cots »), ainsi que dans quasiment tous les cahiers des charges du Bordelais, à l’exception de quelques AOC du Médoc.

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