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Cinq étapes pour réussir sa haie viticole

Les haies répondent à des enjeux variés comme l’embellissement, la biodiversité ou encore l’isolation vis-à-vis du voisinage. Mais réussir son implantation ne s’improvise pas. Voici les étapes à suivre pour mettre toutes les chances de votre côté !

1. Définir les objectifs

Avant toute implantation, la première question que l’on doit se poser est celle de la finalité : pourquoi souhaite-t-on implanter une haie. Les objectifs peuvent être divers : paysager, amélioration de la biodiversité, lutte contre l’érosion, stabilité d’un talus, haie brise-vent, séparation et protection vis-à-vis du voisinage, obtention d’une certification HVE (Haute valeur environnementale) ou viticulture durable, etc. « La définition des objectifs permet de les hiérarchiser et est un élément déterminant pour le choix des essences », introduit Marc Tétard, conseiller à la chambre d’agriculture de la Marne. Ainsi, par exemple, si l’objectif est plutôt paysager, mieux vaudra partir sur des essences indigènes. En revanche, dans une optique apicole, il faudra privilégier, au printemps, des essences mellifères et en particulier celles qui fleurissent tôt, comme le noisetier ou le cornouiller mâle. Et pour une alimentation automnale des abeilles, « on s’orientera vers des essences comme le lierre, dont la floraison est tardive », complète Armelle Vinet, conseillère à la chambre d’agriculture du Maine et Loire.

2. Choisir le lieu d’implantation

Pour implanter une haie, un minimum d’espace est nécessaire et il faut aussi respecter la réglementation. Pour une haie de moins de 2 m de hauteur, on peut se situer à 50 cm de la limite de propriété. Au-delà, c’est 2 m. « Et si on est fermier, il faut penser à demander l’autorisation au propriétaire car cela peut être une clause de résiliation de bail », souligne Marc Tétard. Par ailleurs la haie ne doit pas être un obstacle à la mécanisation. Une distance minimum doit être prévue entre la vigne et la haie, de 2 m environ pour une haie maintenue à 2 m de hauteur, jusqu’à 10 m pour des haies plus traditionnelles.

3. Sélectionner les essences adaptées

Bien choisir les espèces peut s’avérer ardu, mais des conseillers existent, à l’instar de l’Association arbres et paysage, en Gironde. « Nous privilégions les essences locales, comme l’érable, le charme, le cornouiller ou encore le noisetier, détaille Cédric Lauret, de l’association. Nous recommandons en général sept à huit essences minimum qui feront l’objet d’un mélange aléatoire, avec des arbres plantés tous les 75 cm à 1 m. » Dans le Maine et Loire, c’est la chambre d’agriculture qui se déplace. « Si l’objectif est d’accroître la biodiversité, mais aussi d’avoir une barrière phytosanitaire, on recommandera des arbres comme le charme ou le noisetier, qui abritent à la fois des auxiliaires et qui ont une taille suffisante », note Armelle Vinet.

Dans le Vaucluse, des recherches conduites par la chambre d’agriculture ont montré que 12 à 15 essences semblent être un optimum pour favoriser la diversité de l’entomofaune (insectes). Parmi les essences couramment conseillées dans cette région, Éric L’Helgoualch, ingénieur à la chambre d’agriculture du Vaucluse, cite le laurier-tin, la coronille glauque, le buplèvre ligneux, l’alterne ou encore le filaire.

4. Soigner la préparation du sol

Pour une implantation optimale en période hivernale, la préparation du sol est primordiale afin de favoriser un bon développement racinaire. L’Association arbres et paysages recommande d’ameublir le sol sur 40 à 60 cm de profondeur (labour, sous-soleuse ou pelle mécanique) et d’émietter en surface sur au moins 1,50 m de largeur. Puis d’installer un paillage, de préférence biodégradable (de type feutre, amidon de maïs, broyats de bois ou mulch), qui permettra de limiter la pousse et la concurrence des adventices, mais aussi de réduire les arrosages. « La période idéale pour la préparation est l’automne pour une implantation de fin novembre à mi-mars ce qui permet d’utiliser des plantes racines nues sauf pour quelques espèces comme les genêts qui seront plantés en godets », précise Armelle Vinet. Par ailleurs, dans les secteurs à risque, il est conseillé de protéger les arbustes des lapins et lièvres.

5. Bichonner les plants les premières années

Pendant les cinq premières années, l’entretien de la haie est déterminant pour à la fois l’étoffer et maîtriser sa hauteur. « Dans notre région, il est prudent de prévoir l’arrosage au moins pour la première année, afin de sécuriser la reprise. Et une taille régulière de formation, au moins une fois par an, est conseillée », recommande Éric L’Helgoualch.

voir plus loin

Combien ça coûte ?

Il faut compter entre 5 et 10 euros par plant, selon que l’on intègre, ou non, la préparation du sol, le paillage, le suivi et l’entretien. Un investissement qui peut être financé par des aides, comme le souligne Cédric Lauret. Ainsi, en Gironde, un nouveau dispositif "infrastructures agroécologiques" permet de prendre en charge 80 % de l’investissement. « Et le soutien du département à la plantation de haies vient d’être reconduit pour 2018, avec des aides qui peuvent atteindre 40 %. » Pensez donc à vous renseigner dans votre région.

Marine et Florent Justo, du château La Bienveillance, en Gironde

« Une barrière phytosanitaire »

« Notre domaine est en conversion bio et afin de nous isoler vis-à-vis des voisins, qui sont en conventionnel, nous avons décidé d’implanter des haies sur les limites de la propriété. Avec l’appui de l’Association arbres et paysages, nous avons planté près d’un kilomètre de haies en 2017. Notre première tâche a été de borner l’ensemble de nos parcelles, afin de choisir l’emplacement des haies. Dans certaines situations, nous avons dû arracher un ou deux rangs de vigne. Nous avons nous-même préparé le sol avec une sous-soleuse, puis un passage de disque. En revanche l’Association arbres et paysages est intervenue pour l’installation des plants, la mise en place des protections contre les lapins, et le paillage. Une vingtaine d’essences ont été sélectionnées, dont des pruniers sauvages, des chênes, des aubépines… Il est encore trop tôt pour voir le bénéfice de ces haies, qui ont été financées à 100 % par l’entreprise Caudalie. »

Hugues Meffre, du domaine du Bois des Dames, dans le Vaucluse

« Accroître la biodiversité »

« Pour accroître la biodiversité, j’ai implanté une haie à titre expérimental au milieu des vignes en 2002. Une trentaine d’essences avaient été sélectionnées par la chambre d’agriculture du Vaucluse : des feuillus, mais aussi des essences à fleurs. Pour contenir son développement à une hauteur maximale de 2,50 m sur 1,5 m de largeur, l’entretien est quasi annuel, 2 à 3 jours de travail pour 200 mètres de haies. L’objectif biodiversité fixé au départ est en partie atteint avec plus d’auxiliaires à proximité de la haie, mais l’effet s’estompe dès qu’on s’éloigne. Il faudrait planter une haie tous les 10 rangs… difficilement imaginable ! »

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