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« Un robot de traite, mais avec du pâturage, pour concilier temps libre et revenu dans notre exploitation laitière du Finistère »

Le Gaec de Kergouézan, dans le Finistère, mise sur un système productif aux coûts maîtrisés grâce à la qualité de ses fourrages. Le robot de traite et un salarié ont permis d’atteindre l’objectif de temps libre des éleveurs.

« Nous avons tous les deux le même âge [34 ans] et nous partageons les mêmes objectifs : dégager du revenu pour vivre, rembourser l’emprunt de notre maison d’habitation, les prêts JA et des emprunts pour l’achat de foncier. Et aussi dégager du temps libre pour nos familles : nous avons chacun de jeunes enfants », plantent Adrien Jaouen et Nicolas Diverres, qui sont amis et associés depuis 2017 sur le Gaec de Kergouézan, dans le Finistère. Ils ont également des engagements extérieurs, comme Adrien, responsable de la Cuma. « Nous prenons deux à trois semaines de vacances par an et de vrais week-ends du vendredi soir au dimanche soir inclus », ajoutent-ils.

Mais cela a pris du temps. Suite à l’installation de Nicolas Diverres avec la réunion des exploitations des deux familles, la référence laitière et la charge de travail ont augmenté. Or en 2022, le Gaec perd de la main-d’œuvre avec le départ des parents d’Adrien Jaouen, qui étaient restés salariés. Même si le père d’Adrien Jaouen et celui de Nicolas Diverres aident bénévolement sur la ferme, la charge est trop élevée et il faut anticiper leur départ. En 2022 le Gaec embauche un salarié à deux tiers temps.

Un salarié et un robot de traite pour pallier la perte de main-d’œuvre

L’installation d’un robot de traite en 2023 répond également à cette problématique. « Avec le salarié et le robot, nous atteignons notre objectif de pouvoir travailler seul le week-end. Depuis l’arrivée du robot, nous travaillons chacun trois week-ends en deux mois, et le salarié travaille un week-end par mois. »

Fiche élevage

Gaec de Kergouézan en 2024-2025

2 associés et 1 salarié à temps partiel

160 vaches laitières prim’Holstein à 9000 l/VL/an

170 ha de SAU, dont 70 ha de prairies temporaires, 25 ha de prairies permanentes, 50 ha de maïs dont une partie est valorisée en farine et 25 ha d’orge dont une partie est autoconsommée. Environ 40 ha de dérobées à base de ray-grass d’Italie et de trèfles annuels.

L’autre argument qui a motivé l’achat d’un robot est qu’Adrien, qui accomplissait la majorité des traites, commençait à avoir mal aux épaules.

L’investissement dans le robot de traite a pu être réalisé en anticipation du départ définitif des deux pères, grâce au fait que le Gaec se garde toujours une marge de manœuvre pour investir. Aujourd’hui encore, le Gaec a toujours une capacité d’investissement.

Du pâturage tournant jusqu’à la moitié de la ration quotidienne

Par contre, Adrien Jaouen et Nicolas Diverres voulaient conserver le pâturage comme pierre angulaire de leur système. Le pâturage des vaches traites démarre dès que le sol est portant début mars, et s’arrête en novembre.

Les 145 vaches traites disposent de 22 hectares accessibles, soit 15 ares par vache, ce qui est peu. Mais ces prairies temporaires (ray-grass anglais et trèfle blanc) découpées en 21 paddocks pour du pâturage tournant (1 ha/j) permettent quand même d’assurer la moitié de la ration en période de forte pousse de l’herbe.

 

<em class="placeholder">robot de traite Boumatic double stalle </em>
Les trois stalles du robot de traite Boumatic (une double stalle et une troisième stalle, à chaque bout de la zone de couchage qui forme un U), avec les racleurs, le repousse fourrage, le système d’amenée des aliments au robot et d'évacuation des eaux, ont coûté environ 300 000 euros. © C. Pruilh

Pour pouvoir concilier pâturage et robot de traite, le Gaec a investi dans trois stalles, dont une double stalle pour maîtriser le coût.

 

<em class="placeholder">porte de tri dans une stabulation de vaches laitières</em>
Le plus difficile a été d'instaurer les entrées et sorties au pâturage. Et il faut passer un peu de temps pour que les génisses apprennent à se servir de la porte de pâturage. © C. Pruilh

Les vaches qui ont été traites peuvent sortir au pâturage entre 8 heures et 16 heures. En saison de pâturage, la ration est distribuée à 16 heures, pour que les vaches soient incitées à sortir le matin et à rentrer le soir. En hiver, la ration est distribuée le matin. Elle se compose de 20 kg brut d’herbe enrubannée, 37 kg d’ensilage de maïs, 750 g de tourteau de soja classique, 1,2 kg de maïs grain et 500 g de minéraux. La ration est équilibrée pour 26 kg de lait par vache.

En période de pâturage, la quantité de ration distribuée diminue en fonction des quantités d’herbe à pâturer. Le correcteur azoté peut être baissé, en fonction du taux d’urée dans le lait.

Des fourrages de très bonne qualité sans fertilisation minérale

Pour faire leur revenu, la stratégie des deux éleveurs est d’allier la production par vache (9000 l/VL/an) et par UTH avec la maîtrise des dépenses. « Nous ne cherchons pas à maximiser la production de lait par vache, mais à produire le lait au maximum grâce aux fourrages : pâturage, herbe conservée, ensilage de maïs. Pour maîtriser les quantités de concentrés. » La qualité des fourrages contribue à contenir leur coût (25 €/1000 l).

Pour l’herbe enrubannée destinée aux laitières, le Gaec a implanté des prairies temporaires riches en protéines, à base de luzerne et de trèfle violet (20 kg de luzerne, 2 kg de trèfle violet et 2 kg de RGA).

 

<em class="placeholder">balles d&#039;herbe enrubannée</em>
Les terres sont profondes à bon potentiel. Les dérobées (RGI et trèfles annuels), entre un orge et un maïs, donnent 10 à 12 bottes d'enrubanné par hectare, soit 3 à 4 tMS/ha. Les prairies pâturées font du 10-12 tMS/ha, la luzerne 12 tMS/ha en moyenne annuelle. Le maïs ensilage coupé à 45-50 cm de haut sort à 16 tMS/ha. © C. Pruilh

En 2025, les analyses donnaient 22 à 24 de MAT. « Pour ces prairies, nous privilégions la qualité avant le volume, avec des fauches précoces. Pour pouvoir intervenir dès que nous le souhaitons, nous avons notre propre matériel, une presse enrubanneuse achetée en 2022. »

Le maïs ensilage est coupé haut (45-50 cm) pour qu’il soit plus dense en amidon. Une analyse d’un maïs à 35,4 % de matière sèche donne : 0,95 UFL, 48 PDIN, 64 PDIE, 439 g d’amidon par kilo.

 

<em class="placeholder">épandeur tonne à lisier </em>
Beaucoup de matériels sont en Cuma : épandeurs à lisier et à engrais, déchaumeur, outil de fenaison, etc. L'objectif du Gaec est de valoriser au maximum ses effluents d'élevage, et du lisier de porcs (plan d'épandage), pour ne pas avoir à appliquer des engrais minéraux sur les prairies et le maïs. © C. Pruilh

Le coût des fourrages est réduit aussi grâce à la valorisation des effluents d’élevage. Il n’y a pas d’engrais minéraux sur le maïs, ni sur les prairies. « Nous épandons notre lisier de bovins sur les prairies. Du lisier de porcs issu d’un plan d’épandage et notre fumier de bovins vont fertiliser les parcelles de maïs en fonction des précédents et des besoins de la culture. Grâce au potentiel de nos sols, le rendement est de 16 à 17 tonnes de matière sèche par hectare. »

Le coût de leur herbe (pâturée et récoltée en enrubannage) est évalué en moyenne à 25 euros la tonne de matière sèche et celui du maïs ensilage à 42 euros (coût des semences, traitement, travaux de récolte).

Un faible coût des concentrés

Au robot de traite, deux aliments sont distribués. Le premier est du tourteau de soja matière première en farine, le même que celui mis à l’auge. « Nous passons des contrats pour des grandes quantités (plus de 10 t), par le biais d’une filiale de notre coopérative Even. Cet hiver, il a coûté 330 euros la tonne plus 20 euros de livraison », expose Adrien Jaouen.

 

<em class="placeholder">Deux silos-tours pour stocker les concentrés des vaches laitières </em>
Les quantités de concentrés sont maîtrisées (198 g/kg de lait) grâce à des fourrages de qualité et une ration bien valorisée. En outre, les éleveurs travaillent en matière première (tourteau de soja) et avec leur maïs et leur orge, ce qui permet un coût unitaire faible des concentrés. © C. Pruilh

Le deuxième aliment est un concentré de production à 19 de MAT distribué en moyenne à 2,5 kg par vache et par jour. « La VL est préparée par notre coopérative. C’est un service à la carte. Notre nutritionniste nous prépare la recette en fonction des valeurs alimentaires des fourrages, qui sont tous analysés, et de la composition de la ration. Even se sert de la moitié du maïs grain que nous lui livrons pour concocter cette VL », détaille Nicolas Diverres.

Ainsi, le coût unitaire de ces deux aliments est optimisé : 342 euros la tonne en moyenne en 2024-2025. Par ailleurs, le poste "Concentrés achetés affectés aux vaches laitières" est contenu (76 €/1000 l), également grâce à des quantités de concentrés maîtrisées. Même si depuis le robot, les quantités ont augmenté, il y a eu plus de lait par vache produit en parallèle. Sur 2024-2025 et jusqu’à ce début d’année 2026, les quantités distribuées ont été un peu plus importantes (plus de 2 t/VL) qu’en 2023 afin de chercher à exprimer encore plus le potentiel laitier des animaux, et profiter ainsi du rapport entre le prix du lait et le prix des concentrés.

Réduire encore les coûts sans rogner sur la qualité

Pour optimiser encore son système, le Gaec va investir dans une nouvelle fosse à lisier couverte pour augmenter la durée de stockage et maintenir une bonne valeur fertilisante de cet effluent.

Les éleveurs viennent d’achever de nouveaux silos pour passer de l’enrubannage à l’ensilage d’herbe coupe fine. « Cela fera un fourrage moins cher, qui sera plus facile à manipuler et l’ingestion s’améliorera probablement. Comme les travaux par ETA pèsent lourd dans le coût d’un fourrage, nous avons investi dans notre propre ensileuse d’herbe, achetée d’occasion pour limiter l’investissement [25 000 €] », détaillent Adrien Jaouen et Nicolas Diverres. Cette stratégie est possible car Adrien — ancien mécano — sait entretenir le matériel.

Enfin, avec le retournement de la conjoncture, les deux éleveurs ajusteront les concentrés. « En mars et avril, le prix du lait est à 405 euros les 1000 litres. Avec la guerre au Moyen-Orient, le prix du tourteau de soja a flambé. La cotation d’avril était à 398 euros départ du port. »

Du volume, et des charges opérationnelles maîtrisées

Cet exercice 2024-2025 est le deuxième qui suit l’installation des trois stalles de robot de traite.

Résultats économiques du 1er avril 2024 au 31 mars 2025
Produits893 711 €Charges656 531 €
Atelier lait779 372 €Charges opérationnelles290 537 €
dont lait vendu695 029 €dont aliments achetés155 086 €
          ventes animaux 
          et variation de stocks
84 343 €intrants aux cultures (engrais, semences...)71 092 €
  frais vétos, repro, suivi41 193 €
  mat. premières et fournitures23 166 €
Produits végétaux 
(vente et cessions)
70 438 €Charges structure 
hors amortissements
365 994 €
Aides PAC et subventions43 901 €dont travaux délégués (ETA, Cuma)21 720 €
  eau et énergie51 276 €
  entretien et réparations63 007 €
  carburant779 372 €
  personnel et charges sociales76 797 €
  foncier (fermage, MAD...)49 085 €
  locations (crédit-bail, matériel)55 247 €
  impôts et taxes2 860 €
  fournitures et autres services46 002 €
EBE : 237  180 €
Approche comptableApproche trésorerie
Amortissements156 123 €Annuités143 632 €
Frais financiers10 439 €Produits financiers- 141 €
Produits financiers141 €Autres produits17 094 €
Autres produits17 094 €  
Résultat courant87 571 €Revenu disponible110 501 €
Source : Cerfrance Finistère.

L’EBE de cet exercice est inférieur aux deux exercices précédents et ne reflète pas le fait que 2025 « sera sans doute la meilleure année de la décennie », selon les éleveurs. Ceci est lié au fait que le Gaec a profité de la bonne conjoncture pour réinvestir en mobilisant du crédit-bail, ce qui a fait gonfler les charges de structure (+30 % par rapport à l’exercice précédant). Le recours au crédit-bail a un intérêt fiscal. Il génère une charge annuelle tout en permettant le renouvellement du parc traction. Il faut cependant avoir suffisamment de trésorerie.

Le niveau d’endettement est maîtrisé. Malgré l’investissement dans le robot de traite, le Gaec conserve une marge de manœuvre pour investir. Relativement chargé en annuités, le Gaec doit maîtriser les charges opérationnelles pour se dégager de la capacité à investir. Les associés s’autorisent à baisser les concentrés et la production laitière en cas d’effet ciseau marqué : baisse du prix du lait et hausse des prix des intrants.

Résultats techniques 2024-2025Résultats technico-économiques 
2024-2025 en €/1 000 l
 GaecQuart supérieur du groupe(1) GaecQuart supérieur du groupe(1)
(1) Élevages laitiers spécialisés avec robot de traite 2024-2025 source Cerfrance Bretagne. 
Source : chambre d’agriculture de Bretagne.
Nombre de vaches161103Produits de l’atelier552 €556 €
Lait vendu en l1 439 556960 900dont produit lait483 €478 €
UTH totaux32,3           produit viande55 €71 €
Lait en l/UTH totaux455 556416 800          divers, aides15 €3 €
Lait/vache en l/VL8 9009 300Charges opérationnelles182 €200 €
TB -TP en g/l40,5 - 32,743 - 33,6dont coût alimentaire troupeau140 €158 €
Âge au premier vêlage27 mois28 mois           coût alimentaire des vaches101 €130 €
Concentré des vaches194 g/kg de lait 220 g/kg de lait            coût concentré76 €99 €
Concentré des vaches 1,99 t/VL2,25 t/VL           coût fourrage25 €31 €
   Frais d’élevage (véto, repro, services, paille...)42 €46 €
   Marge brute370 €349 €
   Marge brute en €/vache3 308 €3 244 €
 Approche trésorerie
   Prix d’équilibre446 €/1 000 l 

Les charges opérationnelles sont toutes maîtrisées. Leur coût de l’herbe est un des plus bas du groupe, en lien notamment avec le fait que les éleveurs fauchent et récoltent eux-mêmes. Ce qui se retrouve dans des charges de mécanisation plus élevées. Les frais d’élevage sont au niveau du quart supérieur du groupe des éleveurs de Finistère spécialisés en lait conventionnel.

« Les éleveurs tirent parti de la qualité agronomique de leurs sols »

Céline Favé, conseillère à la chambre d’agriculture de Bretagne

<em class="placeholder">Céline Favé, conseillère à la chambre d&#039;agriculture de Bretagne</em>
Céline Favé, conseillère à la chambre d'agriculture de Bretagne © C. Fave

« L’atout du Gaec est d’avoir des sols à bon potentiel, dont Adrien et Nicolas tirent parti avec des rendements et de la qualité pour les prairies, les dérobées et le maïs.

La particularité du Gaec est qu’avec des vaches productives (9000 l/VL/an), les éleveurs ont misé sur une part d’herbe importante dans la SFP et la ration. Le maïs ne représente que 25 à 30 % de la SFP, bien moins que beaucoup d’élevages bretons qui ont environ la moitié de leur SFP en maïs ensilage quand les vaches sont à 9000 litres et plus. S’ils avaient plus de maïs, leurs coûts des fourrages seraient bien supérieurs. Leur herbe récoltée coûte bien moins cher à l’hectare, notamment parce qu’ils récoltent eux-mêmes.

Ils ont un faible coût alimentaire (101 €/1000 l pour les vaches) dont seulement 76 euros de coût de concentré pour les vaches. Or bien contenir son coût alimentaire est le premier levier pour dégager du résultat.

En 2025 et encore en début d’année 2026, ils cherchaient à produire du volume de lait. Mais si le prix du lait continue de baisser et que les aliments se renchérissent, ils ajusteront les concentrés pour maintenir la rentabilité de leur atelier lait.

Leur faiblesse est la main-d’œuvre, même si c’est bien mieux depuis l’arrivée du robot de traite et du salarié à temps partiel. Bientôt, ils prendront un salarié à plein temps pour remplacer leur salarié qui quitte le Gaec pour s'installer, et pour compenser le départ définitif du père d’Adrien et celui de Nicolas, qui étaient restés bénévoles jusqu’ici. »

Pas de tourteau pour les génisses

Pour les génisses après sevrage, le Gaec n’a pas besoin d’incorporer du tourteau de soja dans la ration grâce à la qualité de l’herbe enrubannée et en foin, complémentée par du maïs grain. « Si nous amenions de l’ensilage de maïs, de par son encombrement, il faudrait baisser les quantités d’herbe conservée, et il faudrait alors équilibrer la ration avec du correcteur azoté », exposent les éleveurs. La ration est composée de 12 kg brut d’enrubanné, 2 kg de foin, 2 kg de maïs grain.

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