Sécheresse 2026 : reconstituer les stocks de fourrage avec maïs et coproduits
La hausse des coûts engendrée pour reconstituer les stocks de fourrage aura des répercussions sur les revenus des éleveurs sur un voire deux ans. Le risque de baisse de production laitière et de décapitalisation est élevé.
Alors que les éleveurs ont entamé dès juillet les stocks destinés à cet hiver et qu'aucune pluie n'est annoncée d'ici la mi-août, les conseillers et les éleveurs estiment les bilans fourragers et les déficits à combler. « Le premier levier à actionner pour reconstituer ses stocks fourragers est l'achat de maïs sur pied. En ce début août, ceux qui ont de la trésorerie ont pu anticiper et en réserver : il ne reste plus beaucoup de disponibilité », indique Hugues Chauveau, conseiller fourrage chez Seenovia.
Des achats de maïs sur pied jusqu'à 150 €/tMS
Il y a quelques élans de solidarité avec des maïs ensilage proposés par des éleveurs qui espèrent une bonne récolte et en réserve une partie à la vente sur pied. Et il y a des maïs grain d'exploitations en polyculture élevage ou céréalières. « Quand le potentiel en grains est limité, les céréaliers ont intérêt à vendre leur maïs aux éleveurs, plutôt que d'engager des frais de récolte en grains et de séchage vus les cours actuels. Le bémol est que cette année en Pays de la Loire, il y a eu environ -30% d'implantation de maïs grain par rapport à 2025 à cause d'un manque de rentabilité », expose Hugues Chauveau.
« J'ai deux exemples de négociations entre des éleveurs et des céréaliers méthaniseurs qui ont abouti à un échange de mauvais maïs ensilage contre de beaux maïs, et les éleveurs s'engagent à payer la différence de valeur », pointe Lionel Vivenot, conseiller lait à la coopérative ULM, pour illustrer le rôle que peuvent jouer les méthaniseurs.
Selon le conseiller, la valeur d'un maïs sur pied est de 135 €/tMS pour un maïs à 32% d'amidon, mais tombent à 60 €/tMS s'il titre moins de 10% d'amidon. Seenovia part sur des prix un peu plus élevées : jusqu'à 150 € pour un maïs à bon potentiel et moins de 120 €/tMS pour un maïs pauvre en grains.
Des achats de coproduits humides : la pomme de terre 2025 reste abordable
Pour substituer en partie l'ensilage de maïs, les coproduits humides sont une option dans certaines régions. « Les éleveurs qui avaient de la trésorerie et qui ont bien anticipé ont pu acquérir des ressources de qualité. Aujourd'hui, il n'y a pas de disponibilité pour les pulpes de betterave. Même si beaucoup ont acheté des pommes de terre de la récolte 2025, il en reste encore. Les prix n'ont pas trop augmenté : 30 à 40 euros la tonne », résument Hugues Chauveau et Lionel Vivenot.
Les coproduits à plus de 50% d'amidon et le corn gluten (105-133 €/t brute, 45% MS au 20 juillet) sont aussi recherchés et les prix augmentent. « La disponibilité est régulière pour les fibres de blé (120-140 €/t, 45% MS soit 265-310 €/tMS) », ajoute Hugues Chauveau.
Des achats de céréales et de coproduits secs
Pour concentrer les rations en énergie, il faudra ajouter des céréales, issues de la ferme ou achetées. Ou acheter des coproduits secs.
« Les prix des grains de maïs ont flambé (280 €/t début août) et risquent de grimper encore », pointe Lionel Vivenot. Fin juillet, « le corn gluten sec (230-260 €/t), l’Amyplus (210-247 €/t), la chapelure (215-225 €/t) ou la farine de biscuit (215-275 €/t) sont des options intéressantes », présentait Seenovia.
Génisses : ration sèche et ajustement des effectifs
Hugues Chauveau évoque aussi un autre levier : « Passer en ration sèche pour les génisses. En achetant ou en autoconsommant de la paille, complémentée par ses céréales ou des coproduits secs. Cela permet de réserver les meilleurs fourrages pour les vaches. Et on peut réduire les effectifs de veaux à élever au strict besoin en renouvellement. »
Impossible de semer des dérobées d'été
En l'absence de pluie significative annoncée d'ici le 15 août, les semences de dérobées restent dans les sacs. « Cela devient trop tard pour semer la plupart des dérobées. En Pays de la Loire, si au 15 août, la pluie revient vraiment, il sera encore possible de semer du colza fourrager en vu de le pâturer. On pourra semer des prairies sous couvert de méteil à partir du 20 septembre, à la place de quelques hectares de cultures de vente. Vues les marges de ces dernières années, les éleveurs l'envisagent sérieusement », pointe Hugues Chauveau.
Seenovia incite à reconstituer les stocks tout en renforçant la capacité des exploitations à faire face aux épisodes climatiques extrêmes.
Des surcoûts importants qui pèseront sur la pérennité des élevages
Lionel Vivenot pointe qu'il y aura des frais de resemis de prairie ou de sursemis. Des frais d'implantation de prairie temporaire et/ou de céréales à récolter immature en ensilage. Des frais de récolte. Et un manque à gagner en arrêtant les grandes cultures sur certaines surfaces.
« Tous les leviers représentent soit des recettes en moins soit des coûts supplémentaires. Cette année et les suivantes, les exploitations qui s'en sortiront le mieux face aux déficits fourragers sont celles qui ont suffisament de surfaces et de diversification des cultures fourragères et de vente. Ou qui sont dans des régions avec des coproduits et des céréaliers avec des disponibilités », résume Lionel Vivenot. Il ajoute qu'avec cet épisode critique « le risque est une baisse de production ou une décapitalisation, des difficultés à reconstituer les stocks en 2027 et des impacts sur la trésorerie, le revenu et la pérennité des exploitations ».