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Les marchés à terme pour produits laitiers sont lancés

Deux contrats à terme pour la poudre de lait écrémé viennent d’être créés en Europe. Ces marchés peuvent éviter aux entreprises — et plus tard peut-être aux éleveurs — de perdre gros en cas de baisse des cours.

Salle des marchés chez Nyse Euronext. Le premier contrat à terme sur la poudre de lait écrémé (24 t), sera lancé à l'automne. Devraient suivre un contrat pour le beurre et un pour la poudre de lactosérum.
Salle des marchés chez Nyse Euronext. Le premier contrat à terme sur la poudre de lait écrémé (24 t), sera lancé à l'automne. Devraient suivre un contrat pour le beurre et un pour la poudre de lactosérum.
© DR
En mai dernier, la bourse Eurex lançait un contrat à terme pour la poudre de lait écrémé. Et en juillet dernier, c’était au tour de Nyse Euronext. Mais quelle mouche a piqué ces deux grandes bourses européennes, pour proposer des marchés à terme sur les produits laitiers? Il existe de tels marchés pour des grandes cultures (blé, colza), ainsi qu’un pour les produits laitiers aux États-Unis, le Chicago mercantile exchange (CME). 
« Dans l’histoire, la création des marchés à terme a concordé avec la fin d’encadrement des marchés. Cela répond aux besoins des opérateurs pour se couvrir à long terme, pour assurer leurs marges », explique Benoît Labouille, directeur général d’ODA (offre et demande agricoles). 

Ces marchés ne sont pas un outil de régulation 

Le démantèlement des outils de régulation du marché laitier a renforcé les fluctuations de prix et le manque de visibilité. De l’envolée des prix du beurre et des poudres en 2007 à la déprime en 2009, les industriels, qu’ils soient transformateurs laitiers ou utilisateurs de produits laitiers (chocolaterie, biscuiterie…) et les éleveurs ont perdu beaucoup d’argent. 
Contrairement à ce qui a pu être dit, « le marché à terme n’est pas un outil de régulation des marchés. C’est par contre un bon outil pour se protéger de la volatilité des prix, au sein d’une entreprise », indique Benoît Labouille. C’est un outil pour se couvrir contre des hausses (pour les acheteurs) ou contre des baisses (pour les transformateurs laitiers, les éleveurs). 
Ce sont des marchés virtuels. Le contrat à terme ne donne quasiment jamais lieu à une livraison physique. C’est un engagement financier entre un acheteur et un vendeur, de prendre livraison ou de livrer un produit, dans des conditions standard d’échange : quantité, qualité, lieu et date de livraison prévue. Comme ils sont standardisés et anonymes, ces contrats sont facilement échangeables. Celui d’Eurex est de 5 tonnes de poudre de lait écrémé (PLE). Celui de Nyse Euronext est de 24 tonnes. 
Pour comprendre comment on utilise un marché à terme, nous avons pris l’exemple d’un transformateur laitier (voir page 16). 


La biscuiterie et la chocolaterie davantage intéressées 

Comme le montre l’exemple, l’inconvénient du système est que le transformateur peut rater l’occasion de faire un coup à la hausse. « Il n’est pas sûr que les transformateurs soient intéressés », estime Gérard Calbrix, d’Atla. Surtout si le prix du lait suit celui du beurre poudre. 
Les industriels acheteurs de produits laitiers (biscuiterie, chocolaterie…) ont davantage intérêt à utiliser les marchés à terme. Ils négocient un prix de vente à l’année avec la grande distribution. En cas de hausse des prix du beurre poudre, il leur est difficile de les répercuter à la grande distribution. Le marché à terme leur permettra de fixer leur marge en se couvrant contre un risque de hausse. 
« On pressent que ce sont les acheteurs qui vont amorcer ces marchés. S’ils prennent des positions sur le marché à terme, cela devrait in fine pousser les vendeurs à y aller », pronostique Dominique Chargé, président de la FNCL. 
Un autre intérêt pour la filière laitière, et notamment pour les producteurs, est souligné par Nicholas Kennedy de Nyse Euronext: « Le marché à terme va apporter des références européennes en terme de prix de la poudre qui seront accessibles à tous. Les opérateurs auront une vision sur les prix à long terme (jusqu’à 18 mois) et pourront bloquer un prix qui les intéresse en se positionnant sur le marché à terme. » 
Nyse Euronext et Agritel ont organisé en juillet dernier une cession d’information pour répondre aux interrogations des opérateurs de la filière. Les investisseurs financiers sont indispensables au bon fonctionnement d’un marché à terme ; pour faire du volume de transactions, et compenser les opérations de vente et d’achat des industriels. Leur présence fait craindre un renforcement de la volatilité. « Les études sur ce thème ne le montrent pas. Le blé dur qui n’a pas de marché à terme connaît souvent une volatilité de prix supérieure à celle du blé tendre qui a un marché à terme. C’est sans doute dû au fait que le marché à terme rend les intervenants plus sereins, puisqu’ils se sont couverts », indique Maxime Jouenne, d’Agritel. 

Des prix de référence européens pour toute la filière 

Autre crainte : que le marché à terme perde pied avec la réalité. « Aujourd’hui sur le marché à terme du blé, 500 000 tonnes par jour sont échangées ; 80 % des utilisateurs sont des opérateurs de la filière », précise Nicholas Kennedy. Il ajoute: « Pour qu’un marché à terme fonctionne bien, il faut que la corrélation entre le marché physique et le marché à terme soit forte. Nous proposons des contrats où la marchandise est potentiellement livrable. Cela concerne moins de 3 % des volumes échangés, mais ça suffit à faire la corrélation. » ■ 

ODA (Offre et demande agricoles) et Agritel sont deux sociétés qui proposent des analyses de marchés et des formations. ODA, tél. 02 48 69 86 90 / www.oda-agri.fr 
Agritel, tél. 01 53 05 96 70 / www.agritel.fr

Benoît Labouille, directeur général d’ODA Offre et demande agricoles : « Les éleveurs pourront y aller à certaines conditions » 

« Pour l’instant, il n’existe pas de contrat sur le lait. Il faudra voir s’il y a une bonne corrélation entre les cotations poudre et le prix du lait. Si la corrélation est forte, un éleveur, ou un groupement de producteurs, pourra aller se couvrir sur le marché à terme. Les cotations du marché à terme pourraient alors aussi servir de référence dans les négociations entre éleveurs et industriels, et dans les contrats. Comme ça peut être le cas aux États-Unis. »

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