Aller au contenu principal

Lait bas carbone : pourquoi certains pays s'engagent et d'autres non

Lors de la journée des coopératives laitières en avril dernier, trois pays ont présenté des pistes de décarbonation de la production laitière. Mais beaucoup d'autres pays ne veulent pas faire d'effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

vaches laitières croisées en Irlande - septembre 2022
L'Irlande vise la réduction de la fertilisation minérale grâce aux prairies comportant du trèfle blanc et autres espèces.
© F. Mechekour

Irlande : additifs et réduction des engrais

John Brosnan, de l'Icos (association des coopératives d'Irlande), indique que « pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (-25 % de GES à horizon 2030 pour l'agriculture), les actions sont encore volontaires. Le Teagasc (recherche et développement agricole) explore plus particulièrement la réduction d'engrais grâce aux légumineuses, l'emploi d'additifs alimentaires pour les bovins et d'additifs pour les effluents d'élevage stockés l'hiver. La voie génétique est également étudiée. Nous sommes en retard sur le biométhane, mais une proposition sera publiée et cela va se développer en Irlande. La réduction du cheptel bovin n'est pas un objectif ; elle se fait "naturellement", surtout en bovins viande, à cause d'un manque de renouvellement des générations. »

Bavière : une génétique bovine bas carbone

Johannes Hegenberger, de la laiterie Zott, expose que son entreprise a démarré un programme de décarbonation il y a deux ans, avec une ONG. « Nous sommes prêts à payer une prime au litre de lait pour avancer plus vite. Les principaux leviers sont la voie génétique et la réduction de la consommation de concentrés. Mais aussi la réduction des consommations d'énergie et la substitution par des énergies renouvelables. L'utilisation de solutions de nutrition animale est étudiée, mais nous pensons que l'emploi d'un additif chimique comme Bovaer sera difficile par rapport à l'opinion publique. » 

Nouvelle-Zélande : la taxation des GES à l'étude

Chris Carson, conseiller agricole de la Nouvelle-Zélande auprès de l'UE, rappelle les engagements de réduction de GES de son pays : -10 % d’ici 2030 et selon les productions agricoles entre -24 et -47 % d’ici à 2050 par rapport à 2017. « Pour y parvenir, le gouvernement propose un système de taxe sur les émissions de GES par exploitation, pour éviter un plan de réduction de cheptel. L'idée est de calculer pour chaque exploitation la taxe en fonction du nombre d'animaux, de la quantité d'engrais utilisée, de la production laitière, et des mesures prises pour réduire les émissions de l'exploitation. En parallèle, il y aurait des soutiens financiers aux éleveurs qui mettent en place des leviers de décarbonation. Pour l'heure, le gouvernement travaille sur la méthode de calcul du système de taxation. » Parmi les solutions pour baisser les émissions, Chris Carson évoque la recherche d'un vaccin. Mais « pour l'heure, les essais publiés ne sont pas concluants », estiment l'Institut de l'élevage et l'Inrae. 

À retenir

L'objectif européen est de -55 % d'émission de GES d'ici 2030 par rapport à 1990 et d'atteindre la neutralité carbone en 2050, tous secteurs confondus.

Avis d'expert : Olivier Antoine, directeur d'ORAE Géopolitique

Olivier Antoine, directeur d'ORAE Géopolitique
Olivier Antoine, directeur d'ORAE Géopolitique © ORAE

 « La Chine, la Russie et les autres pays du groupe Brics ne veulent pas freiner leur économie »

« La Russie perçoit le changement climatique comme une opportunité, pour accroître sa production agricole notamment. Quand l'Europe parle de décarbonation aux pays d'Amérique du Sud, ceux-ci rétorquent qu'ils ne sont pas si émetteurs par rapport à nous. Et qu'ils veulent se développer librement, comme les Occidentaux ont pu le faire auparavant.

Donc attention à ne pas faire porter trop de contraintes à nos filières, alors que le problème est mondial, avec des pays, comme les Brics(1) et les pays d'Amérique du Sud, qui ne veulent pas faire d'effort.

Le repli sur le marché intérieur européen prôné par certains n'est pas une solution. Nous prendrions le risque que ces pays moins-disants en matière de normes environnementales, sociales et politiques, augmentent leurs parts de marché à notre détriment.

Je pense qu'il est possible pour la filière laitière d'allier la productivité, la compétitivité, avec la durabilité et la protection de l'environnement. Sauf si les contraintes règlementaires sont trop fortes. »

(1) Russie, Brésil, Chine, Inde, Afrique du Sud. Les ont rejoint en 2024 : Iran, Égypte, Arabie saoudite, Éthiopie et Émirats arabes unis.

Les plus lus

<em class="placeholder">Elisabeth et Mickaël Lepage, éleveurs bio à Changé, en Mayenne </em>
Élevage laitier bio : « Nous vivons à deux avec 200 000 litres de lait bio », en Mayenne

Mickaël et Élisabeth Lepage, éleveurs en Mayenne, vivent avec à peine 200 000 litres de lait biologique vendus. Grâce à…

<em class="placeholder">Bovins lait / sécheresse / prairie desséchée / troupeau laitier au pâturage en Poitou-Charentes</em>
Assurance prairies : « Tous les hectares de prairies, assurés ou non, peuvent bénéficier d’une indemnité en cas de pertes de rendement de plus de 30 % »

Face à un épisode de sécheresse qui continue de s’étirer dans le temps sur la majeure partie de la France, les pertes de…

<em class="placeholder">maïs desséché avec moins de 5 feuilles vertes</em>
Maïs fourrage : que faire des maïs desséchés par la canicule ? Ensiler précocement ? Pâturer ? Affourager ?

Les températures au-dessus de 36 °C et le stress hydrique mettent à dures épreuves les maïs fourrage, surtout dans les…

Les trois asociés du Gaec Aron et Chère
« Nous faisons pâturer nos vaches en deux lots en traite robotisée », en Loire-Atlantique

Le Gaec Aron et Chère a mis en place une organisation originale du pâturage de ses 114 laitières à plus de 12 000 litres grâce…

<em class="placeholder">Parcelle de maïs grains, sécheresse, Cazère-sur-l&#039;Adour, Landes.</em>
Maïs fourrage : quelles recommandations pour ensiler maintenant les maïs desséchés par les canicules ?

Les maïs fourrage subissent les conditions caniculaires de ces dernières semaines, entraînant leur dessèchement. S’il reste…

<em class="placeholder">logettes bien dimensionnées grand troupeau au top Côtes d&#039;Armor</em>
Votre bâtiment compte-t-il moins ou plus d’une logette par vache laitière?

Avez-vous moins d’une logette par vache afin de rentabiliser votre bâtiment ? Ou bien, pour de meilleures conditions de…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 91,80€/an​ TTC
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière