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Fertilisation : les effluents d'élevage ont de la valeur !

Lisier, fumier, compost ou digestat, tous les engrais organiques ne se valent pas. Leur efficacité à alimenter les plantes dépendra aussi de la période d’épandage et de la culture concernée.

Les effluents ont de la valeur : fertilisante et amendante. Ils pourraient être mieux valorisés et complémentés par les engrais minéraux. Le plan prévisionnel de fumure complet (N, P, K, Ca, Mg, S...), la balance des minéraux, et la calculette en ligne d’Arvalis Fertiliser avec des produits organiques sont autant d’outils permettant de relever ce défi.

Un défi car le sujet est complexe et continue à faire l’objet d’expérimentations. « Nous conduisons des essais chez des éleveurs du Forez sur prairie de fauche, où sont comparées des doses croissantes de fertilisation minérale azotée sur des bandes avec et sans fertilisation organique (lisier/fumier), expose Pascale Faure, de la chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme. Les premiers résultats font réfléchir les éleveurs pour substituer davantage les apports minéraux par de l’organique. Par exemple, 20 m3 de lisier non dilué (fosse couverte, peu d’aires d’exercice découvertes) s’avèrent aussi efficaces que 50 unités d'azote minéral sur le rendement de la première coupe ensilée. »

 

Mieux connaître la vraie valeur des effluents

Les conseillers préconisent de plus en plus de faire analyser les effluents, surtout les lisiers pour lesquels les valeurs peuvent être très différentes selon le niveau de dilution de l’effluent par les eaux de pluie ou par les eaux blanches issues du lavage du bloc traite.

« Avec les nouveaux bâtiments où il y a moins d’aires d’exercice découvertes, et qui ont parfois des fosses couvertes, il arrive que les analyses montrent des lisiers à 5 unités d’azote par mètre cube de lisier. Cela devient un véritable or noir, et peut alors valoir le coup de le transporter un peu plus loin pour en faire bénéficier plus de surfaces », expose Christelle Samson, de la chambre d’agriculture de Bretagne.

Les analyses ont un intérêt « si on est capable d’évaluer correctement les tonnages épandus (pesées de chantiers). Dans le cas contraire, une étude plus normative des flux d’azote donne déjà une bonne idée des unités d’azote disponibles. Ce flux tient compte du nombre d’animaux, de leur temps de présence en bâtiment, du type de litière et de ration », indique Daniel Hanocq, de la chambre d’agriculture de Bretagne.

À chaque effluent son usage

En fonction de la composition des effluents et de leur coefficient d’équivalence en azote minéral, ceux-ci doivent être positionnés aux périodes propices et sur les cultures qui les valoriseront le mieux.

Pour réaliser le plan prévisionnel de fumure, il faut déterminer la part d’éléments minéraux apportés par les effluents et valorisables par les cultures. Cet apport est le produit entre la composition de l’effluent et son coefficient d’équivalence en élément minéral.

tableau de la compostion de 3 effluents d'élevage bovin

La composition varie selon l’alimentation des animaux, leur mode de logement, le niveau de paillage, le type de stockage des effluents, la dilution éventuelle par les eaux de pluie et les eaux blanches issues du lavage du bloc traite.

tableau de coefficient d'équivalence en azote minéral pour 2 effluent d'élevage bovin

La part d’éléments qui ont minéralisé et sont valorisables par la culture en place dépend de la date d’apport des effluents, de la vitesse de minéralisation de ces derniers et de la période et durée d’implantation de la culture qui suit l’épandage.

Le lisier qui contient une forte proportion d’azote ammoniacal, est à positionner comme un engrais minéral, au plus près des besoins des cultures. A contrario, un fumier pailleux ou un compost vont permettre d’enrichir le sol en matière organique et l’azote organique sera minéralisé à plus ou moins long terme.

Il est recommandé d’épandre les fumiers pailleux au moins un mois avant la période de semis, voire en fin d’été-automne précédant le semis.

« On considère que la potasse et la magnésie des effluents d’élevage sont disponibles à 100 % et le phosphore entre 70 et 95 %. Les effluents apportent aussi du soufre, calcium et oligo-éléments », ajoute le Satège Nord-Pas-de-Calais.

Le plan de fumure prend également en compte les arrières effets des effluents d’élevage – fumier et compost notamment – pour l’azote, dans la partie sur la minéralisation du sol.

Mise en garde

La méthanisation impose la vigilance car dans le digestat, l’azote est principalement sous forme minéralisée. De plus, le digestat est plus pauvre en matière organique qu’un lisier. Il faut donc retourner au sol des couverts par exemple, pour éviter un appauvrissement du sol.

Attention au phosphore et au potassium !

Le phosphore et le potassium sont-ils apportés de façon suffisante par une fumure de fonds : fumier ou compost ? « Si ces apports sont réguliers, en général oui. Il est alors possible de faire l’impasse d’un apport minéral additionnel pendant plusieurs années, reconnaît Grégory Véricel, d’Arvalis. Mais certaines parcelles éloignées des lieux de stockage des effluents ne reçoivent pas d’apport organique, ou trop peu. D’autres parcelles ne reçoivent que du lisier, moins concentré que le fumier, notamment en potassium. Or, les cultures fourragères (ray-grass, trèfles, luzernes, maïs fourrage) en exportent beaucoup… Il faudra veiller à équilibrer les bilans entre fertilisation et exportations pour chaque parcelle. »

Laurent Varvoux, de Terrena, ajoute : « Un manque de chaulage, de phosphore ou de potassium, cela ne se voit pas forcément immédiatement, contrairement à une carence en azote. Le fumier apporte certes du potassium, mais dans une rotation avec du blé dont les pailles sont enlevées, suivi d’un ray-grass dérobé puis d’un maïs fourrage, le fumier seul ne suffira pas. » Tous les deux préconisent une analyse de sol régulière, tous les quatre à cinq ans, dans les parcelles à risque.

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