DNC : « Nous ne tournerons jamais tout à fait la page » dans notre élevage laitier de Haute-Savoie
Le Gaec Ferme de la plaine, en Haute-Savoie, a fini de repeupler son cheptel le 5 avril, après avoir été touché par la dermatose nodulaire contagieuse bovine. Si une nouvelle page s’écrit, l’abattage puis l’attente avant de pouvoir traire à nouveau en bâtiment et avant de repeupler ont été très durs à vivre.
Le Gaec Ferme de la plaine, en Haute-Savoie, a fini de repeupler son cheptel le 5 avril, après avoir été touché par la dermatose nodulaire contagieuse bovine. Si une nouvelle page s’écrit, l’abattage puis l’attente avant de pouvoir traire à nouveau en bâtiment et avant de repeupler ont été très durs à vivre.
Le 22 avril, David Rey et Philippe Chaffarod, associés du Gaec Ferme de la plaine, à Saint-Ferréol, en Haute-Savoie, ont perçu le solde des indemnités pour perte de production, liée aux mesures de lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Au global, les montants sont corrects : nous rentrons dans nos frais et nous avons pu repeupler avec des animaux de qualité », estiment les deux éleveurs.
Neuf mois après le début du drame, qui a vu 59 bovins euthanasiés à cause d’une vache déclarée positive à la DNC le 22 juillet 2025, une nouvelle page est en train de s’écrire sur le Gaec. Fin avril, il restait aux éleveurs à se faire rembourser des frais de repeuplement et à retrouver un rythme de croisière avec le cheptel reconstitué à partir de leurs animaux sauvés et de ceux rachetés.
En 2025, 59 vaches et 5 veaux abattus
Il y a neuf mois, alors que la DNC était en train de se propager à toute vitesse dans les Savoie depuis le 29 juin 2025, les éleveurs repèrent une vache avec des nodules. Un prélèvement est effectué le 17 juillet pour un test PCR, qui est déclaré positif le 20 juillet. Entre-temps, la vaccination avait démarré sur des génisses et des taries qui étaient au pâturage.
L’euthanasie du foyer a lieu deux jours plus tard : 59 vaches en lactation, qui fréquentaient le bâtiment pour la traite, et 5 veaux qui étaient en bâtiment. « C’est très dur d’accepter l’abattage de ses vaches quand on les voit en pleine santé », se souvient avec émotion David Rey, installé depuis six ans sur la ferme.
« Par rapport aux premiers éleveurs touchés, nous avons été bien soutenus : deux heures après l’annonce au téléphone que notre vache était positive à la DNC, des personnes du réseau Réagir de la chambre d’agriculture, une personne de la DDPP, plusieurs personnes de la FDSEA et de JA et des voisins sont venus sur place. Cette présence a été un soutien important. »
Génisses et taries étaient au pâturage
« Heureusement, à cette période de l’année, les vaches taries et les génisses de plus de huit mois sont dans les prairies : 25 taries et 81 génisses ont pu être sauvées », expose le jeune éleveur. Le Gaec élève beaucoup de femelles car il augmente son cheptel par croissance interne. À ce moment, 30 génisses avaient entre 2 et 3 ans, avec des vêlages prévus dans les semaines et mois à venir.
Un trop long processus de nettoyage
« Finalement, le plus difficile à vivre a été l’attente des opérations de nettoyage, qui ont traîné à cause du retard de l’État dans son appel d’offres et son financement », témoignent les deux éleveurs.
Le nettoyage a concerné d’abord le bâtiment vache laitière : tous les sols et les murs jusqu’à 3 m de haut. Puis, le bâtiment des génisses et enfin la fumière. Le protocole consiste en un premier lavage à l’eau chaude sous haute pression. Puis, une désinfection, suivie d’une désinsectisation. Après au moins dix jours de vide sanitaire, un second lavage et désinfection est réalisé. Il faut ensuite au moins vingt-huit jours de vide sanitaire avant de faire entrer de nouveau des animaux dans le bâtiment. « S’il n’y avait pas eu de retard de l’État, nous aurions pu traire les vaches en bâtiment début septembre. Mais du fait des retards, la première traite en salle de traite a démarré fin octobre. »
Une forte solidarité des autres régions
Avant cela, la traite a pu être effectuée au pâturage, grâce à une salle de traite mobile, prêtée par d’autres éleveurs. « Heureusement que dans nos zones de montagne, il y a pas mal de salles de traite mobiles : cela a permis d’aider les éleveurs qui comme nous avaient des vaches coincées dans les pâtures, soit à cause du délai de nettoyage et vide sanitaire, soit à cause de la zone réglementée qui a bloqué les mouvements d’animaux d’un site à un autre jusqu’au 22 octobre. » Leur coopérative Fermiers savoyards les a aussi aidés en leur prêtant un tank mobile.
Les mouvements d’animaux - nécessitant une bétaillère - étant bloqués, il a fallu affourager les animaux qui ne pouvaient plus quitter leurs paddocks. « Là aussi la solidarité nous a bien aidés, avec des envois de râteliers auto bloquants qui sont venus notamment du Doubs. »
La galère avec les veaux bloqués
Pour les veaux, « nous avons dû les élever dans des bétaillères et dans des igloos prêtés. C’était énormément de travail. Nous avons eu aussi beaucoup plus de problèmes sur les veaux dus à une situation sanitaire moins bonne qu’en bâtiment ». Pour ne rien arranger, les premiers veaux que les éleveurs ont pu faire partir chez des négociants l’ont été autour du 15 septembre, soit presque deux mois après les premières naissances, « à un prix environ 30 % moins élevé que le marché ».
40 animaux achetés venant de neuf fermes
La vaccination 2025 a eu lieu sur les génisses et les taries qui étaient dans les prairies, entre le 18 et le 21 juillet. « Il n’y a pas eu d’effet secondaire notable du vaccin », assurent les éleveurs.
Le Gaec a acheté 35 vaches, « à différents stades de lactation, car nous sommes en vêlages étalés » et 5 génisses. Les animaux viennent de neuf fermes différentes, toutes en zone vaccinale sur la Savoie et la Haute-Savoie. Ils étaient donc vaccinés depuis l’été 2025. Les vaches sont arrivées en plusieurs fois du 30 octobre au 5 avril.
Peu de difficultés d’adaptation des vaches
« Nous avons eu peur qu’il y ait des difficultés d’adaptation et des pertes d’animaux, mais en fait il y a eu peu de phénomènes de domination et compétition et elles se sont bien adaptées. » Les vaches achetées venaient principalement du même système de bâtiment que celui du Gaec (logettes et caillebotis), et de système entravé (vaches à l’attache). « Nous avons fait attention de ne pas acheter de vaches en système aire paillée, pour faciliter leur adaptation. Notre bâtiment récent, avec de la place et une bonne ambiance explique peut-être aussi la bonne adaptation des nouvelles vaches. »
« Il y a eu une belle solidarité. Les éleveurs nous ont vendu des vaches de bonne qualité génétique et saines au niveau de la qualité du lait (pas de cellules ni de germes) à un prix raisonnable, ce qui est important pour nos filières AOP reblochon qui demandent une qualité du lait qui irréprochable. »
Chiffres clés
En 2025 avant la DNC, le troupeau comptait 84 vaches et 86 veaux et génisses de 0 à 3 ans, pour la relève et la croissance de l’atelier lait du Gaec.
Le 22 juillet 2025, 59 vaches en lactation et 5 veaux ont été euthanasiés, soit plus d’un tiers du troupeau.
Aujourd’hui, 95 vaches composent le troupeau avec 81 veaux et génisses.
Des aides qui permettent de repartir
Après « le choc de l’abattage est venue la crainte des pertes économiques et de ce que l’on allait toucher comme indemnités », témoigne David Rey. Au final, les indemnités permettent au Gaec Ferme de la plaine de repartir avec des animaux de qualité.