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Des nurseries confortables pour les veaux et l’éleveur en sept points clés

Ventilation naturelle, blocs dédiés par classe d’âge… Les préconisations pour le logement des veaux de la naissance au sevrage ont évolué vers plus d’ouvertures tout en protégeant le veau des courants d’air et du soleil.

« Il y a une dizaine d'années, il se montait des nurseries neuves qui étaient parfois fermées pour tenter d’en maîtriser l’ambiance avec un extracteur d’air et une ventilation mécanique. Après des années de pratiques, il s’avère que ce type de bâtiment ne fonctionne pas toujours très bien avec des problèmes de santé des veaux, expose Tanguy Morel, chef de projet en bâtiment d’élevage à l’Idele. En plus, il coûte cher. Le conseil s’est donc orienté sur des bâtiments à ventilation naturelle, moins coûteux. » Les trois experts interrogés partagent ce constat avec des nuances.

1 - Ouvrir un long pan voire les deux

« Les bâtiments fermés ont du mal à ventiler naturellement, car un veau produit peu de chaleur par mètre cube, donc il génère peu d’effet cheminée (air chaud qui monte vers le faîtage), plante en préambule Bertrand Fagoo, chef de projet en bâtiment d’élevage à l’Idele.

« Si les veaux de moins de 3 semaines sont sensibles au froid humide et aux courants d’air, pour les génisses plus âgées, il n’est pas utile de trop fermer le bâtiment, présente Jacques Charlery, conseiller au GIE Élevages de Bretagne. Avec des vêlages étalés toute l’année, l’idéal est un bâtiment évolutif, qui s’ouvre l’été sur au moins un long pan exposé Est, voire Sud-Est si le débord de toit est suffisant pour éviter le rayonnement sur les cases. Et qui peut se fermer l’hiver avec un filet brise-vent, ou une bâche si besoin. »

Pour Bertrand Fagoo, on peut ouvrir davantage. « L’idéal est un bâtiment très ouvert mais avec une toiture isolée pour tamponner les variations de températures, car les veaux n’aiment pas les amplitudes thermiques notamment dans les périodes intermédiaires quand il gèle la nuit et fait plus de 20°C en journée. »

En outre, ouvrir permet de bénéficier d’un bâtiment lumineux. La préconisation est la même que pour les autres bâtiments d’élevage : un éclairage naturel par les longs pans, pas par le toit. « Avec débord de toit pour éviter le rayonnement direct sur les animaux et pour protéger les bandeaux éclairants potentiels positionnés en façade exposée au soleil », précise Bertrand Fagoo.

2 - De l’air sans courant d’air

Dans une nurserie idéale, l’air est renouvelé pour évacuer la chaleur, l’humidité, les microbes, l’ammoniac et les poussières. Mais les veaux ne supportent pas les courants d’air sur eux, surtout l’hiver. « En présence de courants d’air ou avec un taux d’humidité important, la température ressentie par le veau peut être inférieure de 2 à 4°C à celle mesurée au thermomètre, rappelle Jacques Charlery qui insiste : « les entrées et sorties d’air doivent se situer bien au-dessus des veaux ».

« En présence de portes, il faut s’assurer de leur étanchéité pour éviter les courants d’air parasites, pointe Bertand Fagoo. Dans les pouponnières avec extraction d’air, un sas peut être aménagé. Le couloir de visite permet aussi d’éloigner les veaux des portes et des bardages rayonnant le chaud ou le froid. »

3 - Séparer des vaches, séparer les âges

« La nurserie doit être séparée du bâtiment des vaches laitières pour ne pas pénaliser la ventilation de la stabulation des laitières, ni celle de la nurserie, pour séparer les microbismes et réduire ainsi les risques sanitaires », expose Bertrand Fagoo. En raisonnant la nurserie comme un bâtiment indépendant, on peut choisir la meilleure orientation possible. Et il restera évolutif.

« Une erreur souvent vue est la nurserie ouverte sur le bloc traite : l’humidité arrive alors sur les veaux, fait remarquer Jacques Charlery. Autre erreur : l’absence d’accès par l’extérieur qui oblige à passer par la stabulation des vaches. »

Le conseiller rappelle que « les veaux de moins de 3 semaines, fragiles, doivent être séparés des plus âgés, par une cloison ou un bardage, pour mieux maîtriser le sanitaire ». Contruire deux bâtiments est aussi envisageable : une pouponnière pour les nourrissons et une nurserie pour les veaux de 3 semaines à 5-6 mois.

4 - Une exposition plutôt Est

« Souvent, quand les niches sont posées le long de la stabulation des vaches laitières, elles donnent sur le Nord-Ouest : c’est une erreur car c’est une exposition froide et humide. Le mieux est de les orienter vers le soleil levant : Est en hiver, Nord-Est en été », estime Jacques Charlery.

« Nous conseillons toujours Est Sud-Est même quand il y a des veaux l’été. Dans ce cas, il convient d’installer des voilages pour ombrager les niches à veaux, ou de repositionner les niches à l’ombre, sous les arbres ou sous un bâtiment de stockage non utilisé », conseillent Tanguy Morel et Bertrand Fagoo.

5 - Limiter le volume d’air du bâtiment, donc la hauteur

Les trois experts trouvent qu’il y a encore trop de volume d’air dans les nurseries des très jeunes veaux. « On voit des hauteurs de 3 mètres voire plus, alors que 2,50 mètres serait suffisant, indique Tanguy Morel. À cette hauteur, un petit télescopique peut passer, donc c’est compatible avec le travail de curage et paillage. Toutefois, les éleveurs préfèrent souvent des hauteurs plus élevées pour être sûr de pouvoir passer avec différents types de matériel et pour que le bâtiment reste évolutif. » Si le bâtiment est fait trop haut, « il faut prévoir un faux plafond pour réaliser une zone de repli pour le veau », suggère Jacques Charlery.

Mais Bertrand Fagoo met en garde car « tout cloisonnement a un impact sur la circulation de l’air et l’évacuation du microbisme ».

6 - Des petites cases plutôt que des grandes

Bertrand Fagoo rappelle qu' « il ne faut pas plus de 3 semaines d’âge entre le veau le plus jeune et le veau le plus âgé dans la même case, pour éviter la transmission de la coccidiose et les phénomènes de compétition ».

Jacques Charlery ajoute qu’il « vaut mieux prévoir plus de cases de petite surface pour assurer des lots homogènes, et un bâtiment modulable avec des jeux de barrières pour constituer des cases plus ou moins grandes. On pourra ainsi s’adapter à un changement de stratégie de vêlages ou à des décalages de reproduction ». Et aussi qu' « il faut bien calculer ses besoins en places individuelles en fonction du temps d’occupation, des périodes de vide sanitaire et du regroupement ou non des vêlages ».

7 - Circuler aisément pour allaiter, curer, pailler et surveiller

Pour faciliter le travail de l’éleveur, « nous conseillons un couloir devant pour distribuer le lait et les concentrés, un couloir derrière pour surveiller si les veaux ont la diarrhée, pour stocker de la paille et pailler facilement, et des couloirs sur le côté pour circuler aisément sans entrer dans l’aire paillée. Ces couloirs permettent aussi d’éviter le contact direct des veaux sur les murs », détaille Jacques Charlery.

<em class="placeholder">couloir dans une nurserie pour les veaux </em>
Le couloir de service facilite le travail et éloigne les veaux des murs qui peuvent être froids ou chauds. © B. Fagoo

Il faut pouvoir curer, pailler, nettoyer les niches facilement, « grâce à des jeux de barrières pratiques pour curer au moins une fois par mois les cases collectives, rappelle Bertrand Fagoo. Les niches sont à monter sur caillebotis paillés, drainants et faciles à enlever pour curer ».

Niches et igloos : intéressants, sous conditions

Sur une plateforme bétonnée, sous un toit, avec des filets ou voiles d’ombrage, les niches et les igloos ne sont pas de simples éléments à poser par terre en plein air.

La niche et l’igloo offrent une zone de repli au veau, c’est-à-dire un lieu cocooning protégé des courants d’air où il se sent bien. C’est pourquoi ils peuvent très bien fonctionner en extérieur, mais à certaines conditions. Les installer sur une plateforme bétonnée en pente permettra de collecter les jus pour les envoyer dans une fosse.

Pour protéger de la pluie, il est conseillé de couvrir au moins les courettes, la zone d’alimentation et une partie de la niche ou de l’igloo, soit en profitant de la toiture d’un bâtiment existant, soit en installant un toit monté sur poteaux. L’ombrage doit être suffisant l’été.

<em class="placeholder">igloos pour les veaux sous un toit </em>
L’hiver, on souhaite que le soleil tape sur la niche pour la réchauffer. Mais l’été, il faut soit pouvoir déplacer les niches pour qu’elles soient davantage exposées Est Nord-Est, soit les couvrir d’un voile d’ombrage. © B. Fagoo

« Il faut installer le logement dans une zone qui ne soit pas aux quatre vents. Idéalement, exposition Sud-Est pour le confort en hiver. Et prévoir des filets ou voiles entre le bout du toit et le toit des niches pour éviter les entrées de pluie et de soleil direct sur les veaux », développe Tanguy Morel, de l’Idele.

L’inconvénient du système peut être pour le travail de l’éleveur car il est « moins facile et rapide à nettoyer et pailler qu’un bâtiment où on travaille au tracteur avec des barrières intercases rangées. De même, la surveillance est beaucoup plus rapide en bâtiment que quand il faut inspecter toutes les niches », expose Tanguy Morel.

L’avantage des niches et igloos est qu’ils sont facilement démontables et vendables. De plus, « ils peuvent s’adapter à une éventuelle évolution de la réglementation. S’il faut élever les veaux par deux dès la naissance par exemple, on pourra placer les niches côte à côte et réunir leurs courettes », suggère Tanguy Morel.

« Mieux vaut choisir des niches avec une petite fenêtre à l’arrière pour surveiller les veaux et aérer », conseille Jacques Charlery. Et des igloos avec une ouverture en haut pour ventiler, et permettre de pailler plus facilement.

Un toit isolé n’est plus une option

« Dans une nurserie, il ne faut plus de toit en tôle métallique ou en fibrociment. Le toit isolé n’est plus une option, plante Bertrand Fagoo, de l’Idele. Il vise à protéger le veau en hiver, comme en été, des températures extrêmes, ainsi que des variations de température lors des saisons intermédiaires. »

« Ce n’est pas une véritable isolation, une épaisseur de 4 centimètres suffit. On cherche plutôt à couper les ponts thermiques [transmission des calories à travers le matériau], entre l’extérieur et l’intérieur), à réduire l’impact du rayonnement solaire et à éviter la condensation sous le toit. Cela permet de garder un écart de température entre l’intérieur et l’extérieur de la nurserie », développe Tanguy Morel, de l’Idele.

Les matériaux adéquats pour les bâtiments d’élevage sont le panneau sandwich de 4 centimètres d’épaisseur et le Bartic. Les planches Bartic, légères, permettent la circulation de l’air entre les couches de matériaux, ce qui lui confère des propriétés thermorégulatrices et anticondensation.

Côté éco

Aujourd’hui, une nurserie neuve clé en main coûte plus de 2000 euros par veau. Le système niches et igloos a aussi un coût si on prend du matériel de qualité et que l’on compte les aménagements autour.

Repères

La seule obligation réglementaire de surface minimale par veau est celle pour la case individuelle autorisée jusqu’à 8 semaines. Longueur minimale = longueur du veau x 1,1. Largeur minimale de la case = taille du veau au garrot.

Pour les veaux après 3 semaines d’âge, la recommandation est de 2 m² par veau de couchage jusqu’au sevrage. La réglementation pourrait évoluer jusqu’à 3 m², voire au-delà.

Les nurseries entièrement fermées fonctionnent difficilement

« Les bâtiments fermés avec une extraction d’air et de la ventilation forcée peuvent fonctionner à condition que le bâtiment soit bien étanche, que la toiture soit isolée, de bien réduire l’humidité à l’intérieur, et de réserver le bâtiment aux veaux d’une même classe d’âge », souligne Bertrand Fagoo, de l’Idele.

« Contrairement à des élevages de volailles ou de porcs hors sol, où le bâtiment est soit rempli, soit vide, une nurserie n’est jamais complètement remplie ou totalement vide, il y a des entrées et des sorties de veaux régulièrement. Ce fonctionnement complique la gestion de l’ambiance d’un bâtiment fermé sur ses quatre côtés avec ventilation mécanique. Car il faut alors sans cesse régler la ventilation en fonction du nombre de veaux présents. Cette contrainte génère des loupés », détaille Tanguy Morel.

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