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Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : « Des cas peuvent se déclarer plus de 40 jours après vaccination »

Après la découverte d’un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans un élevage du Doubs, dont les animaux étaient vaccinés depuis plus de trente jours, des interrogations apparaissent sur les réseaux sociaux. Pourquoi des éleveurs ayant vacciné leurs bovins sont impactés par la maladie ? Le point avec Kristel Gache, vétérinaire et directrice de GDS France.

Kristel Gache, directrice de GDS France, sur un plateau TV au Space
« Le délai de 21 jours après la vaccination correspond à une protection vaccinale complète. Si un animal est piqué par un stomoxe ou un taon infecté entre l’injection et ce délai de 21 jours, il peut toujours développer la maladie », explique Kristel Gache, directrice de GDS France.
© Capture d'écran vidéo Youtube

Le 28 novembre, un cas de DNC a été déclaré dans un élevage du Doubs, dont les vaches étaient vaccinées depuis plus de trente jours. Comment cela s’explique-t-il ?

Kristel Gache, directrice de GDS France : Il faut avoir en tête que le délai de 21 jours après la vaccination correspond à une protection vaccinale complète. Donc, si un animal est piqué par un stomoxe ou un taon infecté entre l’injection et ce délai de 21 jours, il peut toujours développer la maladie. Comme la période d’incubation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) peut être longue, jusqu’à 28 jours, il est tout à fait possible de voir des animaux déclarer la maladie au bout de 35, 40 voire 45 jours. De plus, les premiers signes cliniques peuvent passer inaperçus : perte de production laitière, abattement… Cela peut encore allonger le délai entre l’injection du vaccin et la découverte du cas de DNC. Enfin, et c’est vrai pour toutes les maladies, aucun vaccin n’est efficace à 100 %. La vaccination est une mesure très efficace pour éviter la propagation de la maladie, mais des foyers peuvent se déclarer dans des élevages vaccinés.

Combien de temps le vaccin couvre-t-il les animaux ? Y aura-t-il des rappels pour les animaux déjà vaccinés ?

 K. G. : Le vaccin protège les bovins entre 12 et 18 mois. Pour ce qui est d’éventuels rappels au printemps, une expertise et un arbitrage sont en cours, au niveau du ministère de l’agriculture.

Lorsqu’un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est découvert dans un troupeau, pourquoi n’analyse-t-on pas l’intégralité des animaux pour savoir s’ils sont porteurs ou non ?

 K. G. : Tant qu’un bovin ne présente pas de nodules, il est très difficile de savoir s’il est atteint de la DNC. Le seul test vraiment fiable est une analyse PCR de la peau des nodules. En effet, la présence du virus (virémie) dans le sang est fugace et fluctuante. Ainsi, les prises de sang peuvent donner des résultats négatifs à tort.

Lire aussi : Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : 108 foyers dans 73 élevages recensés en France

Pourquoi continuer la stratégie d’abattage total des animaux des foyers détectés, même lorsque le troupeau est vacciné ? Ne pourrait-on pas abattre seulement les animaux pour lesquels le diagnostic de la DNC est posé ?

 K. G. : Les animaux qui présentent des nodules, ce n’est que la face émergée de l’iceberg. D’autres animaux peuvent être infectés asymptomatiques, ou en période d’incubation. 

Les animaux qui présentent des nodules, ce n’est que la face émergée de l’iceberg

Il est important d’évaluer la stratégie mise en place au regard de l’objectif fixé, à savoir l’éradication de la dermatose nodulaire contagieuse de notre territoire. Garder des animaux potentiellement porteurs de la maladie, c’est risquer de la voir disséminer et contaminer les élevages autour.

Et mettre les troupeaux en quarantaine ?

 K. G. :  Cela pourrait être envisagé dans le cas d’une maladie qui se transmet par un contact mufle à mufle entre animaux. Mais ce n’est pas le cas de la DNC. C’est une maladie vectorielle, et les élevages français ne disposent pas de bâtiments d’élevages complètement hermétiques aux vecteurs que sont les stomoxes et les taons. Mettre en quarantaine les troupeaux infectés ne suffirait pas à éradiquer la maladie.

Sur les réseaux sociaux, certains éleveurs comparent la gestion de la DNC et celle de la FCO ou de la MHE…

 K. G. : Nous n’avons peut-être pas assez communiqué sur la gravité de la dermatose nodulaire contagieuse. C’est une maladie bien plus grave que la FCO ou la MHE. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est catégorisée A au sens de la règlementation européenne, c’est-à-dire à éradication immédiate et obligatoire. Nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser la maladie s’installer et de voir si nous pouvons vivre avec. L’impact serait bien plus important que les 2700 à 3000 bovins abattus dans le cadre de la stratégie d’éradication. Lorsqu’on considère l’ensemble du cheptel français, autour de 17 millions de bovins, et si on évalue la mortalité de la DNC à 5%, cela représente tout de même 850 000 bovins. De plus, ce chiffre de 5% est une hypothèse optimiste, cela pourrait être plus sur un cheptel naïf comme le nôtre, et cela ne prend pas en compte les animaux qui ne mourraient pas de la maladie mais deviendraient improductifs. 

Nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser la maladie s’installer et de voir si nous pouvons vivre avec.

Même si c’est dramatique pour les éleveurs concernés par l’abattage, et même si d’autres cas peuvent encore survenir, les mesures portent leurs fruits. La bataille est loin d’être perdue face à cette maladie, mais nous ne pourrons espérer l’éradiquer complètement qu’en continuant la stratégie qui repose sur : la surveillance quotidienne des animaux, la vaccination, l’abattage des foyers et les restrictions de mouvements.

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