Sénalia mise sur la logistique agro-industrielle et l’entreposage pour pallier l’érosion des exportations céréalières
Entre une récolte céréalière catastrophique et un rétrécissement de l'hinterland, la campagne 2024-2025 s'est révélée acrobatique pour Sénalia. Le prestataire de service a réussi à maintenir son chiffre d'affaires grâce à ses activités secondaires qu'il compte développer pour pallier aux aléas des récoltes céréalières.
Entre une récolte céréalière catastrophique et un rétrécissement de l'hinterland, la campagne 2024-2025 s'est révélée acrobatique pour Sénalia. Le prestataire de service a réussi à maintenir son chiffre d'affaires grâce à ses activités secondaires qu'il compte développer pour pallier aux aléas des récoltes céréalières.
Les volumes de grains exportés par Sénalia ont chuté de 3,823 Mt en 2023-2024 à 1,828 Mt en 2024-2025, en raison de la très faible récolte de l’été 2024 et d’un hinterland qui rétrécit comme peau de chagrin. Si cette dernière campagne apparaît comme un accident de parcours dépendant de la médiocre collecte associée, il n’en reste pas moins que les tonnages de grains chargés par le prestataire de service rouennais suivent une tendance baissière, avec des tonnages de 4,054 Mt en 2021-2022 et 4,069 Mt en 2022-2023.
La diversification des destinations et la ségrégation « sur mesure » des marchandises ne suffisent plus à compenser le caractère aléatoire de l’activité Céréales Export du groupe Sénalia. C’est pourquoi ces dernières années l’entreprise cherche à développer d’autres sources de revenu, comme la logistique agro-industrielle et l’entreposage.
Un hinterland qui se rétrécit
« L’hinterland du port de Rouen se resserre comme à chaque faible campagne, chaque opérateur privilégiant les débouchés les plus locaux », indique Sénalia. En conséquence, la Normandie représente 24 % des réceptions, en hausse entre 2023-2024 et 2024-2025, comme le Centre-Val de Loire (26 %) qui profite d’un programme de transport massifié par train. Si les Pays de la Loire, le Grand-Est et la Bourgogne Franche-Comté se maintiennent en termes d’acheminement de grains (8 % globalement), les réceptions en origines Île-de-France et Hauts-de-Seine (42 % globalement) s’amenuisent d’une campagne sur l’autre.
L'acheminement des grains par péniche est en retrait, mais en hausse par train
« Le resserrement de l’hinterland est peu propice aux transports massifiés [péniche et train, NDLR] qui se maintiennent néanmoins à 41 % [en 2024-2025 contre 48 % en 2023-2024, avec le camion qui passe de 52 % à 59 %, NDLR] », indique Sénalia. Bien qu’en retrait de 36 % à 25 % d’une campagne sur l’autre, la voie d’eau reste le principal mode de transport massifié. La part du ferroviaire se développe, quant à elle, de 12 % à 16 %.
Cette hausse de la voie ferrée dans les acheminements de grains vers les silos de Sénalia fait figure d’exception. « Lorsque l’on explique très régulièrement que le fret ferroviaire baisse en France, l’acheminement des marchandises par train chez Sénalia témoigne d’une tendance inverse. Nos volumes acheminés par ce mode de transport sont passés de 8 % il y a dix ans à entre 12 et 14 % aujourd’hui », a expliqué Alain Charvillat, directeur Cérales Export de Sénalia (source : Voxlog).
Des destinations qui se diversifient
« En 2024-2025, 80 % des volumes ont été réalisés avec 15 destinations, contre 6 à la dernière campagne », commente Sénalia. En tête de ce palmarès, arrive le Maroc avec 17 % des volumes chargés (contre 19 % en 2023-2024), pour l’essentiel du blé tendre. Puis vient le Portugal, avec 11 % des volumes. Ces deux pays compensent « les pénuries [de demande] sur ses marchés historiques », comme l’Algérie (10 % des volumes en 2023-2024), et les faibles importations de la Chine (seulement 9 % des volumes en 2024-2025, contre 35 % la campagne précédente). Dans ce contexte, l’Union européenne qui passe de 5 % à 21 %.
Des savoir-faire et capacités en matière de ségrégation éprouvées
A noter que « les savoir-faire et capacités en matière de ségrégation de Sénalia [400 cellules de 130 t à 5 000 t], et ce quels que soient les modes d’apport et les assemblages au chargement », ont permis de fournir de l’orge de brasserie au marché colombien, exigeant en la matière. « Le cahier des charges imposait des écarts maximums de 1 point sur la protéine entre chacun des lots qui constituaient le navire », souligne Sénalia.
Une activité Logistique agro-industrielle qui se développe
Si le chiffre d’affaires de Sénalia s’est grosso modo maintenu d’une campagne sur l’autre, à 43 M€ en 2024-2025, contre 45 M€ en 2023-2024 (source : Mer et Marine), sa répartition a évolué. La part de l’activité Logistique agro-industrielle a largement progressé, passant de 40 % en 2023-2024 à 49 % en 2024-2025, au détriment de celle de l’activité Céréales Export qui passe de 53 % à 43 %. L’activité Entreposage, qui a démarré il y a quatre ans avec un entrepôt basé à Grand Quevilly et s’est décuplé en 2025 avec l’ouverture de deux nouvelles plateformes, représentant une surface totale de 75 000 m2 (vrac et palette), a vu sa part dans le chiffre d’affaires du groupe Sénalia augmenter de 1 % à 8 %, d’une campagne sur l’autre.
Selon Philippe Lestrade, directeur général de Sénalia depuis le 1er juillet 2025, cette récente activité « illustre la capacité du groupe à diversifier ses activités et à saisir les opportunités ».
Lire aussi : Sénalia : des exportations céréalières divisées par deux en 2024-2025
Les coopératives, une force
Durant la réunion d’information annuelle, qui s’est déroulée le 9 janvier au Cirque d’hiver à Paris, Sénalia a mis en avant les actions et les atouts du monde coopératif pour nourrir le monde. Les coopératives, qui soutiennent les agriculteurs dans leur démarche responsable, contribuent à mettre sur le marché des produits de qualité.
« Les coopératives nous rappellent que rien de tout cela ne tient sans le collectif », a déclaré Didier Verbeke, président de Sénalia Union, et d’ajouter : « nous restons confiants dans notre capacité à construire un avenir durable grâce à l’engagement de tous ».
De fait, en 2026, Sénalia compte « avancer collectivement pour répondre aux besoins, mutualiser les outils et renforcer la compétitivité ». Pour ce faire, « il est essentiel d’investir dans la production, la recherche et le développement afin de pouvoir continuer à nourrir le monde », conclut Didier Verbeke.