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Protéines : la recherche pointe les besoins de produire plus

Faire coller offre et demande en protéines reste complexe tant en nutrition humaine qu’animale alors que la souveraineté protéique est au cœur des débats en Europe. Les scientifiques réunis au sein des GIS Grandes Cultures et Avenir Elevages listent les gaps de connaissances à combler pour progresser. 

Tribune avec écran et intervenants.
Les GIS Avenir Elevages et Grandes Cultures ont organisé, le 18 décembre 2024 dans les locaux de Chambres d’agriculture France à Paris, un colloque consacré aux protéines.
© Yanne Boloh

L’Union européenne importe toujours autour de 65 % de ses besoins en matières premières riches en protéines et la France reste en déficit de 45 %, avec une moindre dépendance liée aux biocarburants. Ce constat d’un certain immobilisme a été rappelé le 18 décembre, lors du colloque commun des groupements d’intérêt scientifique (GIS) Avenir Elevages et Grandes Cultures sur les grands enjeux relatifs à la production et la consommation de protéines en France et à l’échelle mondiale. 

Lire aussi : La nutrition animale à la recherche de protéines

Les protéines animales resteront présentes dans nos régimes alimentaires

Sur les quelques 160 millions de tonnes (Mt) de matières premières pour la nutrition de ses animaux d’élevage, l’Union européenne n’en produit donc que 127 Mt,  ce qui représente respectivement 16,6 et 13,4 Mt de protéines brutes. Dans les grandes lignes, les flux de matières premières devraient rester assez similaires dans le futur car les experts sont d’accord : les protéines animales restent et resteront présentes dans nos régimes alimentaires pour des raisons culturelles et nutritionnelles. Les substituts de produits animaux existent et se développent mais restent des niches (sauf les substituts du lait qui détiennent jusqu’à 9 % de parts de marché). 

Les substituts de produits animaux existent et se développent mais restent des niches.

Au niveau mondial, la croissance de la demande en productions animales est même très soutenue puisqu’elle est estimée à +21 % en 2050 par rapport à 2020 explique Marion Hamon vétérinaire, qui appartient à la division Productions et santé animale à la FAO.  Les apports nutritionnels des produits animaux sont en effet confirmés et bien documentés. Il est donc loin le temps du rapport « long shadow » qui avait donné du grain à moudre aux détracteurs de l’élevage en soulignant l’impact de l’élevage sur l’environnement. D’autant que les élevages ne sont que peu en compétition avec l’homme. 86 % de l’alimentation animale n’est ainsi pas comestible par l’homme et 52 % des terres utilisées pour l’alimentation des animaux ne peuvent être cultivées. 

La France reste dépendante de l'azote qui compose les protéines

Toutes ces confirmations ne donnent pas pour autant la solution en termes de productions de protéines pour couvrir nos besoins.  Dans les conditions françaises, le colza est intéressant pour un producteur dès que son prix dépasse 2,1 fois celui du blé mais la production de pois n’est quasiment plus jamais intéressante, à l’inverse de la situation au Canada

En France, le colza est intéressant pour un producteur dès que son prix dépasse 2,1 fois celui du blé mais la production de pois n’est quasiment plus jamais intéressante.

Pourtant, la France exporte des protéines végétales (notamment sous forme de céréales) et de protéines animales : « mais elle reste très dépendante de l’azote qui les compose », rappelle René Baumont (Inrae, président GIS Avenir Elevages). 

Réduire les pertes et gaspillages de protéines

Pour s’en sortir, il faut avant tout réduire les pertes et gaspillages, utiliser encore plus les coproduits et améliorer l’efficience des systèmes. 

Place aux légumineuses et aux ruminants

En productions végétales de nombreux leviers existent : place des légumineuses, travail génétique pour augmenter le taux protéique des grains, utilisation des biostimulants, nouveaux systèmes de culture comme les associations. 

Lire aussi : Décarbonation : vers une baisse de 600 000 ha de céréales au profit des légumineuses et du tournesol pour atteindre les objectifs gouvernementaux

Quant aux protéines animales, selon Christian Huygues (Inrae), il faudrait par exemple réduire la production de monogastriques pour augmenter la part des ruminants élevés à l’herbe mais, dans tous les cas, améliorer l’efficience de l’utilisation de l’azote des animaux d’élevage. Il est également possible de modifier les sources d’azote comme engrais. Par exemple en extrayant, dans le respect du sanitaire, les nutriments des effluents urbains mais surtout, en recouplant l’animal et le végétal. Les effluents d’élevage sont en effet un gigantesque réservoir d’azote.

La décarbonation avant tout

La décarbonation semble de fait le seul vrai levier à actionner pour massifier les productions de protéines végétales, encore faut-il leur trouver une valorisation jusqu’au consommateur de produits animaux pour inciter les agriculteurs.

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