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Ouverture du marché à terme italien du blé dur

Le nouvel outil de couverture est lancé le 21 janvier par Borsa Italiana. Avec des volumes mondiaux de blé dur serrés, des opérateurs italiens non rompus à son usage et des industriels à convaincre,… sa liquidité pose question.

Le marché à terme du blé dur est lancé le 21 janvier par Borsa Italiana. Il est destiné à « tous les opérateurs du marché physique », explique Ennio Arlandi, responsable Matières premières de la bourse. Apportant de la visibilité sur les prix, elle « comblera un manque pour les utilisateurs mondiaux, estime Jean-Philippe Everling, directeur exécutif de Granit Négoce. Mais pour cela, sa liquidité doit être suffisante. » Ce qui n’est pas gagné d’avance. Il faudra notamment sensibliser les Italiens à son intérêt de sécurisation des marges.

« Lorsqu’on vendra du blé dur français sur le Maroc indexé sur le marché à terme du blé dur, le pari sera gagné ! », résume Jean-Philippe Everling, directeur exécutif de Granit Négoce, à propos de l’outil lancé le 21 janvier par Borsa Italiana. Sa présentation a attiré quelque 130 professionnels, le 15 janvier à Milan. Cette nouvelle place électronique (cf Le marché à terme européen du blé dur va devoir convaincre) est destinée à « tous les opérateurs du marché physique : producteurs, semouliers, industriels des pâtes,… ainsi qu’aux intermédiaires financiers qui permettent l’accès au marché et assurent la compensation », explique Ennio Arlandi, responsable Matières premières de Borsa Italiana. Apportant de la visibilité sur les prix, elle « comblera un manque pour l’ensemble des utilisateurs mondiaux », estime Jean-Philippe Everling. « Mais pour cela, sa liquidité doit être suffisante », tempère-t-il. Le professionnel émet, comme beaucoup, certaines craintes sur ce point, la production mondiale de blé dur et le volume des échanges étant sans commune mesure avec celle des autres grandes espèces céréalières (35 Mt de production environ, contre 615 Mt pour le blé tendre). Tous les marchés à terme ont besoin de temps pour démarrer. Malgré les différents freins qui existent pour le blé dur, le représentant de Granit Négoce, engagé en tant que “market maker”, se veut optimiste : « Dans six mois à un an, il devrait fonctionner. Le marché du blé dur est mondial. Ce nouvel instrument devra rassembler les multiples opérateurs travaillant les différentes origines.»

Une sensibilisation à mener

La fluidité, compromise par l’étroitesse du secteur du blé dur, est essentielle au fonctionnement d’un marché à terme. L’exemple de l’orge de brasserie, aux volumes physiques plus importants, n’est pas rassurant : la fréquentation de sa place électronique ne décolle pas. Et ce, notamment par ce que « les malteurs ont du mal à y travailler », selon Jean-Philippe Everling. Or « il faut de la liquidité pour que les financiers s’y intéressent et l’alimentent. Et pour les attirer, il faut que les opérateurs du physique y participent. » Pour le blé dur, il est donc, selon lui, nécessaire de mener un important travail de « sensibilisation, notamment auprès des producteurs italiens et des transformateurs de toutes origines, et leur expliquer l’intérêt pour sécuriser leur marge ». Mais, « en Italie, le marché est moins transparent qu’en France et certains négociants voire semouliers redoutent que cet outil en apporte trop ». Quant aux transformateurs français, ils se montrent réservés. Comme la Semoulerie de Bellevue de Panzani (cf Le marché à terme européen du blé dur va devoir convaincre), Alpina Savoie s’inscrit « dans une démarche contractuelle de long terme », explique Antoine Chiron, directeur du moulin. Un tiers au moins de nos achats sont contractualisés. » L’entreprise triture 45.000 t/an. Le marché à terme n’est donc « pas un outil pour nous ». « On ne peut pas dire qu’on ne le suivra pas du tout, mais il devra faire ses preuves pour qu’on l’utilise. » Car « la contractualisation n’empêche pas la couverture sur le marché à terme pour sécuriser sa marge », estime Jean-Philippe Everling. « En blé tendre, OS et meuniers mettent en place des contrats à prime, en s’engageant sur des qualités, des volumes et une logistique. Le marché à terme est un outil de pricing qui n’exonère pas de contractualisation entre deux opérateurs », a-t-il argumenté lors de la journée de présentation du marché italien.
Le point de livraison retenu, à Foggia, dans le sud du pays, peut en outre laisser entendre que ce marché à terme n’est destiné qu’aux Italiens. « Il se peut que des opérateurs mondiaux ne se sentent pas concernés et sécurisés par cette localisation. C’est psychologique. Ce marché ne doit pas être considéré comme italien, mais international », assure Jean-Philippe Everling. « Pour qu’un marché à terme fonctionne, il doit être là où il y a le plus de production, en l’occurrence le Canada (cf. encadré), ou là où les échanges se concentrent. Cela justifie le choix de l’Italie, et particulièrement de Foggia, au cœur d’une grande région de production, d’importation et de transformation, avec d’importantes capacités de stockage. » Par ailleurs, comme le soulignent les opérateurs, il ne doit pas être utilisé comme un marché de livraison. Ce que redoute le représentant de Granit Négoce : « Beaucoup d’Italiens, non habitués à ces marchés, pourraient le considérer comme tel. Il ne le faut surtout pas ! » Quant au sous-jacent, il est de qualité assez basse (inférieure aux blés français), or « c’est ce qu’il faut pour qu’un marché à terme fonctionne ». Cependant, le fait qu’il soit mis en place par Borsa Italiana avec le London Stock Exchange « pourrait poser quelques soucis aux acteurs français pour trouver des compensateurs ».
Pour les débuts, « certains gros opérateurs se sont engagés à assurer la liquidité », indique Ennio Arlandi. Ces “market makers” « acceptent d’acheter ou vendre, quel que soit le moment, avec un spread limité à 8 €/lot sur les quatre premières échéances et à 10 pour la cinquième », pour une construction progressive de ce nouvel outil.

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